Le déclenchement du travail mène-t-il à la césarienne?

Une nouvelle étude conclut que le déclenchement du travail ne mène pas la césarienne. Cette étude confond toutes les méthodes de déclenchement du travail, même les méthodes « naturelles ». Quand les études scientifiques contredisent les données probantes déjà en place, il faut aller plus loin.

Cette méta analyse, publiée dans le Canadian Medical Association Journal le 28 avril dernier, confond toutes les méthodes de déclenchement :

  • mécaniques (décollement ou rupture artificielle des membranes, ballonnet, tige, etc.);
  • pharmacologiques (hormones de synthèse comme le Pitocin par intraveineuse, le tampon de prostaglandine, hormones par la bouche);
  • alternatives (acupuncture, stimulation des mamelons, relations sexuelles, homéopathie, huile de ricin, etc.).

Pour les auteurs de cette étude, toutes ces méthodes peuvent être utilisées pour déclencher un accouchement. Or, au Québec, les « déclenchements par des méthodes pharmacologiques comptent pour environ les deux tiers des interventions et les mécaniques, pour un tiers », selon l’INESSS (p. 47). Les méthodes dites alternatives sont donc très peu utilisées au Québec.

Les auteurs de l’étude n’ont également pas trouvé de bénéfices à l’utilisation de l’ocytocine de synthèse (Pitocin) et la rupture des membranes. Ces deux méthodes de déclenchement sont les méthodes plus utilisées. Il est donc difficile de conclure que l’induction du travail ne mène pas à une césarienne si les méthodes les plus fréquemment utilisées ne sont pas pondérées en conséquence.

Le déclenchement mène… à la péridurale

Dans une autre étude Cochrane (analyses d’études médicales de renommée internationale) publiée en 2009, on démontre que c’est le tampon de prostaglandine qui semble le plus efficace pour le déclenchement du travail pour des raisons médicales (détresse du bébé, prééclampsie, diabète non contrôlé, etc.). L’étude mentionne également que l’ocytocine de synthèse (Pitocin) est une méthode efficace pour déclencher le travail, mais qu’une majorité de femmes ont besoin d’un soulagement pharmacologique de la douleur (péridurale) pour accoucher par voie vaginale.

Le rapport de l’INESSS mentionne que « l’analgésie péridurale seule augmente les interventions obstétricales, les césariennes, l’utilisation de l’ocytocine et l’extraction instrumentalisée et diminue les chances de succès de l’allaitement » (p. 38).

L’étude publiée cette semaine révèle que l’induction du travail (déclenchement artificiel des contractions) n’augmente pas le risque de césarienne chez les femmes qui ont une grossesse à terme (après 37 semaines) ou dépassées du terme (après 40 semaines). Cette étude conclut que le risque de césarienne était à son plus bas (12 %) chez les femmes avec une grossesse à terme (37 semaines) ou passé terme (après 40 semaines), comparé aux femmes qui n’avaient pas reçu d’interventions pour déclencher le travail à terme. Cette étude a analysé 157 études publiées entre 1975 et 2010.

Dans un article du Medical Observer, un médecin commente cette étude, mentionnant que le déclenchement du travail qui mène à la césarienne est « un vieux mythe qui a la vie dure et qui est basé sur de vieilles études ». Pourtant la présente étude inclut des données qui remontent à 1975!

EN RÉSUMÉ : L’étude publiée cette semaine démontre que le déclenchement du travail toutes méthodes confondues (même celles dites « naturelles ») est mieux que de « laisser la nature aller » lorsqu’il y a des inquiétudes médicales ou lorsque la grossesse dépasse 41 semaines. Le déclenchement du travail ne mène pas systématiquement à la césarienne. Cependant, certaines méthodes de déclenchement incluses de l’étude (mais pas toutes) mènent à d’autres interventions, dont la péridurale, qui elle, augmente le taux de césarienne. C’est pourquoi les conclusions de cette étude sont à prendre avec un certain recul.

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À propos de Mariève Paradis

Éditrice et cofondatrice, Mariève est journaliste indépendante depuis 2005. Elle travaille sur plusieurs plateformes (web, magazines, hebdomadaires, radio et télévision). Elle cumule deux prix en journalisme, la Bourse Fernand-Seguin en vulgarisation scientifique et la Bourse en journalisme des Instituts de recherche en santé du Canada qui lui a permis de faire des reportages au Nunavik et au Groenland en 2012.

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