07
Juin
Deux pères, une mère, des préjugés
Deux pères, une mère, des préjugés

La plupart des couples homosexuels qui désirent fonder une famille se tournent vers une mère porteuse, en dépit des préjugés et de la voie plus facile qu’est l’adoption au Québec. Isabel Côté, chercheure de l’Université du Québec en Outaouais (UQO), qualifie la démarche des couples gais qui font appel à la gestation pour autrui au Québec de « no man’s land ».

Dans une conférence du 4 juin, organisée par le partenariat de recherche Familles en mouvance, à l’Institut national de la recherche scientifique (INRS), Isabel Côté présentait les conclusions d’une étude qu’elle a menée auprès de 17 couples homosexuels qui ont fait appel à des mères porteuses. Bien que le Québec fasse preuve d’ouverture quant à la diversité sexuelle et à l’homopaternité, il en est autrement de la gestation pour autrui (GPA) qui fait encore l’objet de croyances négatives, selon elle.

En effet, elle avance que certaines personnes croient, à tort, que le recours à une gestatrice est illégal au Québec, voire criminel. D’autres voient d’un mauvais œil l’éthique de la pratique ou considèrent l’enfant comme « abandonné ».

Bien sûr, la majorité des futurs pères jonglent avec l’idée d’adopter un enfant, d’autant plus que la législation du Québec les oriente vers ce choix. Or, ils abandonnent vite cette avenue, découragés par des intervenants et parfois par la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ). Un couple gai n’a que peu de chances de se voir confier un nouveau-né. On leur confie plus souvent un enfant plus vieux en quête d’une famille d’accueil.

Un enfant né d’une mère porteuse amène aussi son lot d’incertitudes. Le statut de père n’est pas toujours facile à faire reconnaître légalement au Québec. Résultat, le conjoint qui n’est pas le père biologique de l’enfant vit dans une situation de précarité juridique.

Redéfinition des frontières familiales

La gestation pour autrui comporte son lot d’obstacles et de questions, dont celle de la définition de la « porteuse ». Est-ce une mère ou une gestatrice? Selon la conférencière, les pères gais parlent de la porteuse comme de la « mère », mais pas comme une maman. La relation avec la mère est importante et valorisée, contrairement à ce que certains peuvent croire.

« Ces hommes sont dépeints comme étant des hommes en mal d’enfant et sujets à instrumentaliser des femmes au nom d’un désir, d’un droit à l’enfant d’autant plus détestable que ce droit-là n’existe pas. »

« Les femmes sont inscrites au cœur même du projet parental, loin d’être évacuées du discours, elles sont plutôt intégrées, en fait, dans la genèse familiale et dans l’histoire de l’enfant comme tel. »

– Isabel Côté

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