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Juin
« Free-Range Kids » : un mouvement pour l’autonomie des enfants
« Free-Range Kids » : un mouvement pour l’autonomie des enfants

Le mouvement américain Free-Range Kids prône l’importance de laisser un certain niveau d’autonomie, d’indépendance aux enfants. Il s’agit en fait de leur laisser la même liberté dont leurs parents ont bénéficié dans leur jeunesse, celle d’aller au parc seuls, de jouer avec leurs amis sans la supervision constante d’un adulte, d’aller explorer le quartier.

Free-Range Kids a d’abord été un blogue, lancé en 2008 par Lenore Skenazy après qu’elle ait été vivement critiquée pour avoir laissé son fils de neuf ans rentrer seul en métro à la maison (après l’avoir dûment préparé). Plusieurs histoires de parents ayant été arrêtés ou poursuivis pour avoir laissé leurs enfants sans supervision directe sont venues alimenter son blogue dans les derniers mois. Planète F parlait d’ailleurs de certains de ces cas l’été dernier.

Des parents ou des criminels?

L’histoire des Meitiv, des parents du Maryland aux États-Unis qui ont été poursuivis pour avoir laissé leurs enfants de six et dix ans rentrer seuls du parc, a lancé un grand débat en avril. Lenore Skenazy l’a racontée dans un article sur le site Quartz.

Les deux enfants ont été arrêtés par la police alors qu’ils revenaient à la maison, située à environ 1,5 km du parc où ils étaient allés jouer. Ils ont été détenus dans la voiture de police stationnée à trois coins de rue de leur résidence pendant deux heures sans pouvoir appeler leurs parents, et sans que les policiers ne les préviennent non plus. Ils ont ensuite été emmenés au centre de protection des enfants, où ils sont demeurés pendant plus de trois heures, jusqu’à ce qu’on prévienne leurs parents et qu’ils puissent venir les chercher.

Un garçon de 11 ans jouait au basketball seul dans sa cour en attendant ses parents, qui avaient été retardés par le trafic à leur retour du travail. Quelqu’un ayant prévenu la police, les parents ont été arrêtés dès leur retour à la maison. Leur fils ainsi que son jeune frère de 4 ans ont été placés en famille d’accueil, puis chez un proche ayant accepté de les prendre. La famille a été réunie un mois plus tard, après que l’aîné ait supplié le juge qui entendait leur cause en audience préliminaire de les laisser retourner vivre avec leurs parents. Les deux parents doivent maintenant suivre des cours de parentalité et une psychothérapie ordonnés par le juge. Ils font face à des accusations de négligence et seront entendus en cour criminelle prochainement. Cette histoire a aussi été révélée par Lenore Skenazy dans un article sur Reason.co.

Que craint-on?

À la base du mouvement Free-Range Kids, il y a une grande question : pourquoi refuser aux enfants la liberté dont les parents ont bénéficié dans leur enfance? Peut-être n’est-ce qu’une question de perception. Les parents d’aujourd’hui auraient l’impression que le monde est plus dangereux, selon un article de Megan McArdle paru dans le Bloomberg View. L’apparition des chaînes de nouvelles en continu et des réseaux sociaux a augmenté considérablement le nombre de cas d’enlèvements dont on entend parler, créant ainsi une impression qu’ils sont plus nombreux qu’avant. Le rôle des médias dans la perception des parents aux dangers qui guettent leur progéniture est d’ailleurs un sujet abordé dans notre dossier Pour en finir avec la peur.

Selon Megan McArdle, les parents qui ne veulent pas laisser leurs enfants sans supervision agissent ainsi pour avoir une « assurance de non-regret ». Ainsi, s’il arrivait malheur à leur enfant, ils pourraient avoir la conviction qu’ils ont fait tout ce qui était en leur pouvoir pour les protéger.

Les récentes arrestations de parents qui laissaient leurs enfants sans supervision auraient aussi pu avoir un effet dissuasif sur des parents qui n’auraient pas hésité à laisser leurs enfants sortir seuls avant.

D’après Lenore Skenazy, « nos enfants ne sont pas en danger constamment, et on devrait arrêter de les éduquer comme si c’était le cas. » (Quartz)

Des données qui rassurent

« L’Amérique n’a jamais été plus sécuritaire pour les enfants. » « There’s never been a safer time to be a kid in America. » C’est le titre d’un article du Washington Post écrit par Christopher Ingraham, et il cite de nombreuses données appuyant cette affirmation.

La mortalité infantile a baissé de moitié depuis 1990. Les disparitions de mineurs ont baissé de 40% depuis 1997, et 96% de ces disparitions sont des fugues. En fait, seulement  0,1% des personnes portées disparues ont été victimes d’un enlèvement par un étranger. Le nombre d’enfants s’étant fait frapper par une voiture a quant à lui baissé de deux tiers entre 1993 et 2013.

De plus, toutes ces données sont brutes, c’est-à-dire qu’elles ne prennent pas en compte l’augmentation de population d’environ 30% qu’ont connue les États-Unis pendant ces années. En taux, ces baisses sont encore plus impressionnantes.

Planète F publiait justement une infographie sur les données au Québec en octobre dernier.

Les vertus du jeu libre

Une étude menée par des psychologues allemands a démontré une très forte corrélation entre le temps de jeu libre des enfants et leur succès social, leur flexibilité et leur estime de soi une fois devenus adultes. Et « le pire ennemi du jeu libre est l’adulte, » comme l’écrivait Marie Lambert-Chan dans La Presse.

Le jeu libre, sans surveillance d’un adulte, aurait aussi de grandes conséquences à long terme sur la santé des enfants, d’après un rapport de ParticipAction à la base de cet article de l’Actualité. Les enfants seraient moins susceptibles d’être actifs lorsqu’ils sont sous la supervision d’un adulte. Ils sont également beaucoup plus actifs lorsqu’ils jouent à l’extérieur.

« La tendance des parents à garder les enfants à l’intérieur pour s’assurer de leur sécurité réduirait les occasions qu’ont les enfants de faire de l’activité physique. Et cela contribuerait à compromettre à long terme leur état de santé. »

Le jeu sans supervision se fait souvent à l’extérieur, ce qui augmente d’après plusieurs scientifiques le nombre de bonnes raisons pour laisser les enfants jouer seuls, et à l’extérieur. L’auteur Edward Shepard en donne huit dans son article sur le site Parent.co. Le jeu extérieur améliorerait la vision des enfants, leur capacité de résistance aux maladies, leur forme physique, leur coordination, leurs performances en classe et leur capacité d’attention. Il aiderait aussi à réduire leur stress et à leur permettre d’absorber plus de vitamine D.

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