25
Août
La route vers l’égalité…
La route vers l’égalité…

Le discours de l’égalité dans les familles est très présent… mais concrètement, il reste beaucoup de chemin à faire pour arriver à un réel partage des tâches équitables dans les jeunes familles québécoises.

C’est la conclusion d’une conférence organisée par le Conseil du statut de la femme (CSF) lors du Congrès international des recherches féministes dans la Francophonie. D’ailleurs, le CSF a émis des recommandations au sujet du congé parental en mai dernier. 

« Il est démontré par la littérature partout dans le monde que lorsque le père s’occupe seul de l’enfant dans la première année de la vie, il s’impliquera davantage dans les tâches domestiques et parentales. Nous avons intérêt comme société à encourager l’implication des pères. » Olivier Lamalice, chercheur au Conseil du statut de la femme.

Au Québec, le congé parental s’étire sur un an. Cinq semaines sont réservées au père (ou autre parent), 18 à la mère biologique. Les 32 semaines restantes peuvent être partagées entre les deux parents. Bien que 80 % des pères prennent leurs cinq semaines, très peu de pères partagent le congé parental de 32 semaines avec la mère, dans les familles hétérosexuelles.

Dans cette étude du CSF, on y apprend aussi qu’un déséquilibre dans la prise du congé parental (la mère prend plus de temps avec le bébé) signifie aussi un déséquilibre des tâches domestiques et parentales. Les tâches domestiques sont effectuées, encore aujourd’hui, à 70 % par les femmes dans les ménages québécois.


Les « nouveaux pères » 

La génération de jeunes parents d’aujourd’hui a la génération des baby-boomers en exemple, leurs parents. Or, en regardant cette génération et l’implication des pères d’aujourd’hui, il y a de quoi se réjouir, selon les trois conférenciers. Par contre, l’égalité est loin d’être acquise.

Marie-Ève Surprenant, de la Table de concertation de Laval en condition féminine, donne l’exemple de la charge mentale. « Les femmes dictent encore en très grande majorité les tâches à faire. Il faut penser à faire l’épicerie, à prendre les rendez-vous, à planifier le calendrier des activités, etc. L’espace mental d’initier les tâches est une tâche encore dédiée aux femmes. C’est dans l’exécution qu’il y a un plus grand partage. »

Elle mentionne également que la représentation de la famille est différente chez les hommes que chez les femmes. « Selon la perception des jeunes entre 20 et 30 ans que j’ai interviewés, être mère, c’est une identité en soi. C’est s’accomplir, c’est être une femme à part entière. Alors que la paternité pour l’homme, ça fait partie du cours normal de la vie. C’est la suite logique après les études et le début d’une carrière. »


Les freins à l’égalité

Mme Surprenant évoque certains freins à l’égalité dans les familles. Le manque de discussion sur le partage des tâches en est un. « Il y a cette pensée magique que si on trouve l’âme sœur, le partage des tâches va se faire tout seul, il va y avoir une complémentarité. » 

Il y a aussi la peur de perdre des repères identitaires, une peur de dévaloriser l’autre parce que l’homme fait la vaisselle plutôt que de sortir les poubelles. La perception et la valorisation sociale de certaines tâches domestiques pour les hommes ont, selon elle, un impact concret dans le partage des tâches.


Plus scolarisés, plus égalitaires
?

Dominique Tanguay, chercheuse au département des sciences de l’orientation à l’Université Laval, a présenté des résultats de recherche sur l’impact de la parentalité sur les études doctorales. Lorsque la femme aux études doctorales devient mère, elle prendra en moyenne deux sessions pour s’occuper de son enfant avant de reprendre les études. Selon sa recherche, Mme Tanguay remarque que les hommes au doctorat prendront cinq semaines de congé et même davantage si la mère doit retourner au travail. Les soins aux enfants restent toutefois une tâche majoritairement féminine, de même que celle de « premier répondant » lorsque les enfants sont malades.

La situation la plus égalitaire se retrouve lorsque les deux parents sont étudiants au doctorat. 

« On y constate une réelle capacité de négocier, de ralentir le rythme. On remarque des discussions et des arrangements dans le couple pour permettre aux deux parents de continuer leurs études. »

– Dominique Tanguay, chercheuse au département des sciences de l’orientation à l’Université Laval

Davantage de place pour le père

Loin de vouloir imposer un modèle comme l’Islande qui verra son congé parental divisé obligatoirement en deux entre le père et la mère dès janvier 2016, le Conseil du statut de la femme souhaite seulement déposer sur la table le débat public d’un partage plus équitable des tâches domestiques et parentales.

« Les hommes se préparent très peu à leur congé de paternité. Ils se sentent exclus des cours prénataux. Il faut une situation grave pour parler du partage des tâches comme de l’épuisement, une dépression de la mère ou une thérapie de couple. »

– Olivier Lamalice, chercheur au Conseil du statut de la femme

Comment aller au-delà du discours égalitaire qui est maintenant acquis dans les jeunes familles? Comment concrètement permettre une plus grande égalité dans un couple avec des enfants? Parce que les parents se disent égalitaires, mais la division du travail n’est pas du tout égalitaire concrètement. Il faut travailler en amont, croit Marie-Ève Surprenant. La lutte aux stéréotypes, selon elle, est significative dans la route à l’égalité. Les jouets genrés, les carrières genrées, les premières expériences de travail (gardiennage vs coupe de gazon) peuvent avoir une incidence sur la perception de ce que devraient être le rôle d’une mère et celui d’un père.


** Aucune des recherches présentées lors de cette conférence n’avait de participants homoparentaux… On aimerait vous entendre
! Comment se passe le partage des tâches de votre famille?

Un dossier à suivre en septembre!

 

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À propos de Mariève Paradis

Éditrice et cofondatrice, Mariève est journaliste indépendante depuis 2005. Elle travaille sur plusieurs plateformes (web, magazines, hebdomadaires, radio et télévision). Elle cumule deux prix en journalisme, la Bourse Fernand-Seguin en vulgarisation scientifique et la Bourse en journalisme des Instituts de recherche en santé du Canada qui lui a permis de faire des reportages au Nunavik et au Groenland en 2012.

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