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Août
Les mères, le marketing et les blogues
Les mères, le marketing et les blogues

On voit de plus en plus d’agences de marketing se tourner vers les blogues et les réseaux sociaux pour rejoindre les mères, particulièrement celles de la Génération Y. Un changement qui s’opère tranquillement ici, mais qui est largement répandu aux États-Unis.

Nées en 1980 et 1995, les femmes de la Génération Y deviennent mères. Et les entreprises qui souhaitent s’adresser à elles changent leurs façons de faire. La représentation de la mère par les marques sur les réseaux sociaux amène d’ailleurs une certaine réflexion. C’est ce qu’a présenté Manon Niquette, professeure titulaire au département d’information et de communication à l’Université Laval, lors du Congrès international des études féministes dans la francophonie.

Une étude réalisée aux États-Unis fait le portrait de ces mères du millénaire (Millennial Moms). Elles sont abonnées à 3.4 réseaux sociaux et y passent en moyenne 17.4 heures par semaine. C’est quatre heures de plus que la moyenne des mères. Elles se retrouvent à 38 % sur Pinterest, 33 % sur Instagram. Cette utilisation influence ce qu’elles achètent. D’ailleurs, plusieurs mères parlent aussi de cette pression des réseaux sociaux à être parfaite en tout temps.

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Représentation des mères par les marques

Sur les réseaux sociaux, les entreprises tentent de rejoindre les mères en leur demandant de contribuer bénévolement au discours publicitaire et donc au rayonnement de la marque. Il suffit d’un appel de photos sur une page Facebook d’un médicament contre la douleur pour que les photos de bébés affluent dans les commentaires. Manon Niquette remarque que les mères proposent des photos positives de leurs enfants, même si ceux-ci sont en douleur ou percent des dents. « Il y a un effacement des femmes, de leur rôle de soignante, au profit du produit qui soulage », explique-t-elle.

Les images utilisées sur les réseaux sociaux par les entreprises de produits pour les enfants représentent d’ailleurs majoritairement des mères, blanches, hétérosexuelles. Pourtant, aux États-Unis, 15 % des mariages sont interraciaux, les mères seules représentaient 41 % des naissances en 2011 et la moitié des bébés ne sont pas blancs. Quand il y a un homme, c’est plutôt le professionnel de la santé qui conseille la mère pour trouver une solution aux problèmes de santé de son enfant.

Même si la volonté d’égalité est présente dans le discours des couples de la Génération Y, en pratique, il semble que les entreprises perçoivent encore la mère comme celle qui possède le pouvoir pour les achats de la famille. Et c’est la raison pour laquelle les études marketing sont réalisées auprès de celles-ci. La mère devient ainsi, selon Manon Niquette, une courroie de transmission pour l’image de marque de l’entreprise.

« L’exploitation commerciale des réseaux sociaux oriente les représentations des mères utilisées sur internet. »

Manon Niquette, professeure titulaire au département d’information et de communication à l’Université Laval

Aux États-Unis, 14 % des mères sont des blogueuses. Il existe 4 200 000 blogues sur la maternité en Amérique du Nord. Certaines blogueuses gagnent leur vie grâce aux billets commandités par des entreprises. Au Québec, de plus en plus d’agences de marketing ciblent particulièrement les blogueuses. Par contre, il existe peu de données sur l’utilisation des blogues et des réseaux sociaux pour rejoindre les mères du millénaire dans la province. Un sujet à suivre certainement de très près !

Sur le même sujet: Les mères font vendre (accès libre)

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À propos de Mariève Paradis

Éditrice et cofondatrice, Mariève est journaliste indépendante depuis 2005. Elle travaille sur plusieurs plateformes (web, magazines, hebdomadaires, radio et télévision). Elle cumule deux prix en journalisme, la Bourse Fernand-Seguin en vulgarisation scientifique et la Bourse en journalisme des Instituts de recherche en santé du Canada qui lui a permis de faire des reportages au Nunavik et au Groenland en 2012.

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