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Oct
Le sexisme au féminin
Le sexisme au féminin

Plusieurs femmes cherchent l’égalité des sexes dans le monde du travail, mais ne l’appliquent pas à la maison.

De nombreuses études montrent que les femmes, même fatiguées et épuisées, cherchent à restreindre (peut-être sans le réaliser) le rôle du père dans la famille de peur que ce dernier ne fasse pas l’éducation des enfants comme elle le ferait. Elles considèrent que la meilleure façon de faire les choses est la leur et s’attachent au stéréotype du rôle de l’homme à la maison, peu présent et parfois maladroit avec les enfants.

Les tâches domestiques sont pourtant de plus en plus faites par les pères, comme nous l’apprend Gilles Pronovost dans un ouvrage sur le temps des Québécois.

Après avoir diminué à 4,4 heures en 2005, le temps que les pères passent à s’occuper directement de leur enfant par semaine est en croissance depuis pour atteindre 6,6 en 2010, tout près des 7,1 heures des mères. Les soins à l’enfant comprennent son hygiène, son éducation ou le temps de jeu.

Le précieux temps des parents, Planète F, 11 septembre 2015

Dans un article du Time, l’auteure Anne-Marie Slaughter évoque le «male looking», cette expression qu’on qualifie ici de chercher avec « des yeux de gars » et qui fait tant rire ses lectrices. Il s’agit de cette manie qu’ont les hommes de chercher quelque chose qui se trouve juste devant leurs yeux. Ça en fait rigoler plusieurs, mais le blogueur Aaron Gouveiz – car oui, les pères blogueurs existent aussi! – dénonce dans un article du Huffington Post cette mauvaise habitude qu’ont les femmes de prendre les hommes pour des idiots. « J’ai vu des pères se faire critiquer et ridiculiser pour la manière dont ils habillent leurs enfants. Pour la manière dont ils les nourrissent aussi. Pour la manière dont ils font les choses différemment des mères », souligne-t-il dans son billet.

Le problème, c’est qu’à force de se faire répéter qu’il n’est pas doué pour s’occuper des enfants, l’homme finira par le croire. « Si on répète souvent à un homme qu’il n’est pas bon pour prendre soin des enfants ou pour cuisiner, ou que la famille va mieux si la femme y joue un rôle plus important, il va commencer à le croire, comme il y est prédisposé de toute façon », explique le professeur de l’Université Rutgers au New Jersey, Start Shapiro. C’est ce qu’explique la psychologie sociale avec la prophétie auto-réalisatrice.

Dans un long reportage publié dans The Atlantic, Andrew Moravcsik, le mari d’Anne-Marie Slaughter, explique pourquoi il a décidé de mettre la carrière de sa femme de l’avant et de rester à la maison pour s’occuper des enfants. Toutes ces années, il a accepté d’être le parent responsable, ce qu’il appelle le « lead parent ».

 

Expérience scientifique

Dans les familles traditionnelles, la mère porte l’enfant et l’allaite. Elle a donc une longueur d’avance sur le père pour acquérir une confiance dans son rôle de mère. Et dans la nature, seulement 5% des mammifères mâles sont des pères très engagés dans la parentalité. Comme il est expliqué dans le Time, les neuroscientifiques Kelly Lambert et Craig Kinsley ont travaillé en laboratoire avec des rats et ont prouvé que la maternité rend les femelles « plus intelligentes, émotionnellement résistantes et physiquement plus agiles. » La même expérience a été faite sur des souris mâles et les chercheurs ont observé des changements similaires et les mêmes hormones sécrétées. Et cette espèce de souris n’est pas la seule espèce où le mâle est affecté par la parentalité : les systèmes endocriniens et les circuits neuronaux sont modifiés d’une manière « étonnamment similaire à celle des mères » chez les ouistitis et … chez les êtres humains!

Écrit par Marilou Muloin-Robitaille

 

Dossier Parents: êtes-vous égaux?

Édito – Les mères, un frein à l’égalité? (accès libre)

Mon papa est féministe (accès libre)

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Le père n’est pas une mère comme les autres (accès payant)

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Les femmes peuvent-elles tout avoir? Entrevue avec Nathalie Collard (accès payant)

L’inquiétude, le labeur des mères? (accès payant)

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À propos de Marilou M. Robitaille

Finissante au Baccalauréat en journalisme de l’UQAM, Marilou Muloin-Robitaille est passionnée des technologies et des enjeux de société. Elle aime alimenter les débats et découvrir de nouvelles cultures. D’abord stagiaire pour Planète F, Marilou continue d’évoluer en tant que journaliste au sein de cette équipe.

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