30
Nov
Permettre l’échec à nos enfants
Permettre l’échec à nos enfants

Éliminer tous les risques. Se débarrasser des embûches. Ne faire vivre que des succès à notre enfant. Est-ce possible? Mais surtout, est-ce sain?

Certains parents tentent d’éloigner le plus possible les échecs de la vie de leur enfant. Jessica Lahey, enseignante, auteure et mère qui se qualifiait « surprotectrice », a raconté son histoire à travers son livre The Gift of Failure. Accompagner continuellement notre progéniture et lui éviter tout obstacle ne fait que la priver des ressources indispensables que sont les leçons de vie, mentionne l’auteure.

D’abord, Jessica Lahey explique que ce mode de parentalité, qualifié de moderne, est dirigé par la peur. « Microbes résistants aux antibiotiques, camarades intimidateurs, professeurs injustes, pédophiles cachés », les menaces sont multiples. Ce type de parent sera aussi conduit par le désir de se sentir compétent et impliqué. « J’ai prolongé la dépendance de mon enfant afin de me sentir bien dans mon rôle de mère », confie-t-elle. « Chaque fois que je fais le lunch de mon enfant à sa place ou que je vais à l’école lui porter son devoir oublié, je suis gratifiée par la preuve concrète de mes consciencieux soins maternels. » Ce comportement se définit comme étant de l’enchevêtrement en psychiatrie, c’est-à-dire un état mésadapté de symbiose entre parents et enfants.

Il s’agit d’une attitude envers l’enfant, mais récompensant indirectement le besoin parental de se sentir utile et d’être, dans ce cas-ci, une « bonne mère ». Cette sorte de parentalité moderne peut aussi dégénérer en une certaine compétition entre parents.

« Plus nos enfants réussissent, que ce soit en tant qu’étudiants, athlètes ou musiciens, plus on juge qu’on a réussi en tant que parent. » [Traduction libre]

Jessica Lahey, The Gift of Failure, The Guardian

Ledit enchevêtrement n’est pas sans répercussion chez l’adolescent. En effet, cela crée, selon l’enseignante, des enfants de type « failure-to-lauch ». Ce terme est attribué aux jeunes adultes éprouvant des difficultés lors du passage de l’adolescence à la vie de « grande personne » puisqu’ils n’ont ni développé les aptitudes, ni les outils nécessaires pour accomplir cette transition. La surprotection empêche ces jeunes individus de vivre des expériences déstabilisantes et donc, d’apprendre à jongler avec les responsabilités, les risques et la liberté conférés par l’âge adulte.

« Maintenant que les parents protègent leur enfant à chaque moment de leur vie, nous aboutissons avec des étudiants dépourvus d’échec qui arrivent dans la vingtaine, anxieux sans être capables de fonctionner dans un monde parfois froid, cruel et indifférent. » [Traduction libre]

Jessica Lahey, The New York Times, 2015

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