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Fév
Au-delà de l’école alternative
Au-delà de l’école alternative

Charles Caouette, professeur honoraire au Département de psychologie de l’Université de Montréal, est très critique envers le système d’éducation au Québec : « Ce n’est pas un luxe, il est urgent d’éduquer autrement. On a fait toutes sortes de changements en surface avec les différentes réformes. Pourtant, l’école actuelle est un vrai statu quo. »

De nombreuses personnes s’étaient déplacées pour venir écouter celui qui a cofondé la première école alternative publique au Québec, l’École Jonathan, en 1974. L’événement se déroulait dans le cadre de la Journée-conférence du Réseau des écoles démocratiques du Québec intitulé « L’Éducation autrement : des écoles alternatives au unschooling », le 16 janvier, à l’UQAM.

La différence entre éduquer et diplômer

L’éducation ne doit pas se résumer à instruire et diplômer les gens. « Il faut arrêter de penser qu’il faut simplement transmettre des contenus qui permettent aux gens qui ont une bonne mémoire de réussir. On doit construire des savoirs », fait valoir Charles Caouette.

En ce sens, il faut se défaire des dogmes de la pédagogie traditionnelle, donc cesser d’instruire et de diplômer en série, à la manière d’une usine où la performance et la compétition sont de mise.

« À quoi servent tous ces contenus, tous ces programmes? Ça prépare à l’examen. L’évaluation vise la sélection. On classe, on met les écoles en rang. Ensuite, on fait des palmarès de résultats scolaires, qui servent plus l’image publique de l’école qu’au bien des enfants. Finalement, c’est l’école qui réussit, par l’élève », laisse entendre le professeur.

Et tout ce processus engendre des effets pervers. « L’élève apprend ainsi rapidement à se taire et à [répondre aux exigences] de son enseignant pour réussir [et avoir la note]. Vient ensuite la tricherie institutionnelle », ajoute Charles Caouette.

À lire aussi: L'école alternative, et après?

Pourquoi pas une société alternative? 

Pour Charles Caouette, l’éducation devrait stimuler le processus de croissance des êtres humains en assurant leur développement optimal. Une tâche qui est certainement complexe, mais qui doit impliquer plusieurs intervenants et être vue à long terme.

Investi depuis plus de 50 ans dans les projets d’écoles alternatives (c’est d’ailleurs M. Caouette qui a fondé l’école Le Vitrail, la première école secondaire alternative de la Commission scolaire de Montréal, en 2001), le professeur caresse aujourd’hui le rêve de voir se construire toute une société alternative.

« L’école primaire ne doit pas que préparer nos enfants à l’école secondaire et ainsi de suite. Il faut aider les jeunes dans leur devenir, il faut faire en sorte que les élèves trouvent le sens de leur vie à l’école. C’est ça l’éducation. Et pour ça, nous devons innover et travailler en équipe », explique le conférencier.

« Il faut avoir toutes sortes d’interventions éducatives, de la maternelle à l’université, et pour les personnes de tous âges. Il ne faut pas que des écoles alternatives, mais une société alternative. L’école serait sans murs, sans lieu. La société serait plus saine et plus joyeuse. C’est le projet auquel nous sommes conviés, ici et maintenant », lance Charles Caouette.

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À propos de Marie-Eve Cloutier

Malgré une formation en biologie, Marie-Eve Cloutier n’a jamais travaillé dans un laboratoire. Passionnée par la communication, elle s’est plutôt tournée immédiatement vers le journalisme qu’elle pratique maintenant depuis 5 ans. En tant que pigiste, elle vulgarise la science avec l’Agence Science-Presse, touche à tous les sujets à l’échelle hyperlocale lorsqu’elle collabore avec Le Journal de Mercier-Est sur Pamplemousse.ca, en plus de faire des chroniques hebdomadaires sur l’environnement à l’émission Libre-service, sur MATv Montréal. Marie-Eve n’a peut-être pas encore d’enfant, mais elle s’intéresse grandement aux enjeux reliés à la famille et à l’éducation, idée d’être prête le moment venu!

Commentaires

  1. Julie

    Je suis tout à fait d’accord, quels sont vos implications pour changer le système? Intégrez vous des programmes dans les écoles? Pour ma part j’ai essayé de trouver plusieurs alternatives mais sans succès sans devoir débourser une fortune… que je n’ai pas.

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