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Des cours prénataux en ligne
Des cours prénataux en ligne

Une infirmière offre des cours prénataux en ligne, gratuitement. Ce qui a créé beaucoup de réactions négatives.

Marie Fortier, infirmière en périnatalité depuis de nombreuses années, offrait, jusqu’à tout récemment, des cours prénataux en ligne payants. Elle annonçait dernièrement que ses cours prénataux seraient accessibles gratuitement sur son site web. L’objectif étant de rejoindre le plus grand nombre de parents partout dans le monde avec de l’information prénatale.

Or, cette annonce n’a pas été reçue positivement par tous. Car la gratuité est offerte grâce à un partenariat avec la compagnie pharmaceutique Duchesnay (qui produit entre autres le Diclectin pour les nausées pendant la grossesse et d’autres suppléments) et la multinationale Nestlé. Le logo de Nestlé a toutefois été retiré de la section Partenaires du site web de Marie Fortier quelques jours après l’annonce.

Une réaction vive sur les réseaux sociaux

Plusieurs personnes ont fortement critiqué ces partenariats sur les réseaux sociaux. Laurie, accompagnante à la naissance, s’est rapidement indignée en rappelant les pratiques de Nestlé dans les pays en développement. De son côté, le blogueur Jean-François Quessy demande plutôt aux parents si les cours en ligne les intéressent. Il rappelle aussi que cette entreprise, comme toutes les entreprises de contenus sur le web, tente de rentabiliser son travail…

Plusieurs mères blogueuses ont partagé la nouvelle en pensant que ça intéresserait les lectrices. Quelques-unes se sont plutôt fait inonder de courriels qui dénonçaient l’aspect commercial du partenariat et la mauvaise réputation de Nestlé. Une blogueuse a même décidé d’effacer sa publication et de prendre quelques jours de repos tant la critique a été vive.

Infraction au Code de l’OMS?

De son côté, le Mouvement Allaitement Québec affirme que ce partenariat enfreint le Code de commercialisation des substituts de lait maternel de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), signé en 1981 par 118 pays, dont le Canada. Ce code, sans grande coercition, exige des fabricants de substituts de lait maternel de ne pas faire de publicité au grand public ni d’offrir d’échantillons gratuits aux familles.

5.1 Il ne devrait y avoir ni publicité, ni aucune forme de promotion auprès du grand public de produits visés par le présent Code.

5.2 Les fabricants et les distributeurs ne devraient fournir ni directement ni indirectement aux femmes enceintes, aux mères ou aux membres de leurs familles des échantillons de produits visés par le présent Code.

Code de commercialisation des substituts de lait maternel

Qui plus est, les agents de santé (incluant les professionnels de la santé) ne devraient pas recevoir d’avantages des fabricants.

7.3 Les fabricants ou distributeurs ne devraient pas offrir d’avantages en espères ou en nature aux agents de santé ou aux membres de leurs familles pour promouvoir des produits visés par le présent Code, et de tels avantages ne devraient être acceptés ni par les agents de santé, ni par les membres de leurs familles.

Code de commercialisation des substituts de lait maternel

Infraction à la déontologie?

Le Code de déontologie de l’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec (OIIQ) mentionne qu’une infirmière membre de l’Ordre ne peut pas s’identifier infirmière dans une publicité d’un médicament…

69. L’infirmière ou l’infirmier ne peut associer ou permettre que soit associé son titre professionnel à son nom dans une publicité destinée au public afin de promouvoir la vente d’un médicament, d’un produit médical, d’un produit ou d’une méthode susceptible de nuire à la santé ou d’un traitement miracle.

Code de déontologie des infirmières et infirmiers

Johanne Lapointe, directrice des affaires externes de l’OIIQ affirme que la commandite n’est pas d’office une contravention au code de déontologie. « Mais la question sera envoyée au syndic, précise-t-elle, et ce sera au syndic de décider s’il y a matière à enquête. » Elle rappelle que le contenu des capsules a été fait avant la commandite et que celle-ci n’a donc pas altéré le contenu.

Mme Lapointe rappelle également que Marie Fortier a reçu un prix de l’Ordre pour son initiative de cours prénataux en ligne. « Pour la qualité du contenu, notamment pour les capsules sur l’allaitement qui reposent sur les recommandations de l’OMS », précisant rapidement que ce prix a été octroyé avant l’annonce des partenariats. Décidément, les partenariats avec une compagnie pharmaceutique et Nestlé dérangent à l’OIIQ, sans toutefois accuser d’emblée Mme Fortier de quoi que ce soit.

Il n’est pas clair si les infirmières sont tenues de respecter le Code de commercialisation des substituts de lait maternel de l’OMS. Pour répondre à la question, Mme Lapointe réfère plutôt au code de déontologie qui ne le mentionne pas.

Aucune validation du ministère de la Santé et des Services sociaux

Sur le site internet de Marie Fortier, on pouvait lire les « cours prénataux sont validés par le ministère de la Santé et des Services sociaux ». Dans un récent article, le Journal de Montréal mentionne également cette validation. Vérification faite auprès du ministère, celui-ci mentionne que le contenu des cours prénataux en ligne réalisés par Marie Fortier n’a pas été approuvé. « Le ministère n’a jamais validé de contenu de cours prénataux offerts par le privé », dit catégoriquement Caroline Gingras, porte-parole au ministère de la Santé et des Services sociaux.

 

cours prénataux en ligne

Capture d’écran du site mescoursprenataux.com en date du 16 mars 2016.

Le ministère a d’ailleurs demandé à Mme Fortin de retirer cette mention de son site web. Une semaine suivant l’appel de Planète F au ministère et après avoir discuté avec Mme Fortier, la porte-parole du ministère précise qu’il s’agit d’un simple malentendu.

Des cours prénataux en ligne de plus en plus populaires

Outre les CLSC, de plus en plus de professionnels en périnatalité offrent des cours prénataux. Personnalisés, dans le confort de votre foyer et même en ligne!

Certains de ces cours sont offerts par des infirmières, des sages-femmes, des accompagnantes à la naissance. Il y a même des CLSC qui, par une entreprise du Nouveau-Brunswick, offrent des cours prénataux en ligne gratuitement aux parents qui ne peuvent pas se présenter à ceux offerts sur place.

C’est que la demande est forte. Les horaires atypiques, la volonté de personnaliser les cours aux intérêts des parents, le désir d’avoir une information moins institutionnelle, dans le cas d’un accouchement à la maison par exemple, mènent plusieurs parents à déserter les cours prénataux dits traditionnels pour se tourner vers d’autres façons de s’informer sur la venue de leur premier enfant.

L’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) publiait un rapport à la fin de l’année 2015 concernant les cours prénataux. Dans les dernières années, les CLSC ont constaté une baisse de fréquentation des cours prénataux. L’information abondante sur la toile ainsi que l’envie d’entendre des points de vue différents concernant certains sujets de périnatalité peuvent expliquer la volonté de parents d’aller plus loin que les cours prénataux offerts en CLSC. Le rapport de l’INSPQ mentionne également que les cours prénataux donnés en personne restent essentiels pour beaucoup de parents. Ils augmentent leur sentiment de confiance en plus d’aider à se sentir plus soutenus dans cette nouvelle aventure qu’est la parentalité.

À lire aussi: Cours prénataux en ligne gratuitement : Marie Fortier se défend 

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À propos de Mariève Paradis

Éditrice et cofondatrice, Mariève est journaliste indépendante depuis 2005. Elle travaille sur plusieurs plateformes (web, magazines, hebdomadaires, radio et télévision). Elle cumule deux prix en journalisme, la Bourse Fernand-Seguin en vulgarisation scientifique et la Bourse en journalisme des Instituts de recherche en santé du Canada qui lui a permis de faire des reportages au Nunavik et au Groenland en 2012.

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