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Portrait d’une mère qui travaille dans les années 1950
Portrait d’une mère qui travaille dans les années 1950

En 1956, 16 % des femmes ayant des enfants de moins de 6 ans travaillent à l’extérieur de chez elles. Jennie Magill, vingt-sept ans, résidante de Hammond (Indiana, USA) est l’une d’elles. Lorsque LIFE Magazine publie son numéro double spécial sur « La femme américaine : ses exploits et ses difficultés », les éditeurs sélectionnent Magill pour la couverture. Souriant affectueusement à son enfant, qui lui répond avec un sourire adorable, Magill est présentée à l’Amérique comme le visage de ce spécimen rare qu’est la « mère qui travaille ».

Pour situer le contexte historique, cet article est publié sept ans avant la Loi sur l’égalité des salaires interdisant la discrimination salariale fondée sur le sexe, et le livre La Femme Mystifiée exposant la situation désespérée de la femme au foyer, malheureuse. C’était plus d’une décennie avant que la modification de la loi sur l’égalité des droits soit proposée et un demi-siècle avant que grand nombre d’Américains commencent à observer le Jour de paye égalitaire [Equal Payday]. En 2016, ce sera le 12 avril prochain. Ce jour représente jusqu’à quel point dans l’année suivante les femmes doivent travailler pour gagner l’équivalent du salaire des hommes gagné l’année précédente. À l’époque de la publication de l’article de LIFE, les gens parlaient moins de combien les femmes devraient gagner que du fait qu’elles doivent travailler.

La mère qui travaille : un phénomène…

Pour une grande partie de lecteurs du magazine LIFE, Magill a été une introduction au concept de la mère qui travaille. Et contrairement à la stigmatisation répandue contre les mères qui travaillaient à l’extérieur de chez elles, LIFE a dépeint Magill d’une manière extrêmement positive.

Magill travaillait dans le service d’articles de mariage d’un magasin local, et son mari Jim travaillait comme jeune cadre dans une entreprise spécialisée dans l’acier. Son travail lui a donné une vie sociale avec des collègues. Il a aussi permis à sa famille de disposer de plus revenus. Jim et elle ont ainsi trouvé le temps de discuter tranquillement en rentrant chez eux, sans le tourbillon de leur foyer. En passant du temps loin de leur maison et de leurs enfants, ces deux parents voulaient entièrement se concentrer à apprécier le temps qu’ils passaient en famille en rentrant.

Malgré sa perspective indubitablement louable envers le ménage de deux-parents-qui-travaillent, le magazine a omis une chose : la voix de Jennie Magill. Comme l’impliquait le titre, « Ma femme travaille et j’aime ça », les attitudes exprimées dans l’essai photo, aussi progressistes et égalitaires qu’elles pouvaient l’être étaient celles de Jim. Jennie était le joli visage, et Jim la voix confiante, un choix éditorial qui est probablement le fruit d’un effort pour rendre l’histoire acceptable aux yeux des inconditionnels de la société conservatrice.

Il est possible que le côté le plus révélateur dans l’article soit que Magill, qui de toute évidence, possédait ce que nous pourrions appeler aujourd’hui « tout », n’aurait pu réussir ce qu’elle a fait, toute seule. Non seulement elle était « bénie d’avoir une femme de ménage fidèle et expérimentée », mais de surcroit Jim « approuvait avec enthousiasme l’idée » de son travail hors de la maison. Si les deux conjoints travaillaient à l’extérieur de chez eux, ils le faisaient également tous deux chez eux à la maison. Et à Jim de déclarer : « Nous vivons tous ici, alors ne devrions-nous pas tous aider? »

Adaptation de l’article Life Before Equal Pay Day: Portrait of a Working Mother in the 1950s écrit par Eliza Berman, paru dans le Time le 13 avril 2015

Dossier Parents : Êtes-vous égaux?

 

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