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Comment se déplacent les familles ?
Comment se déplacent les familles ?

Le Partenariat de recherche Familles en mouvance de l’INRS organisait une journée de réflexion sur la mobilité des familles. Comment se déplacent les familles ? La ville ou la banlieue ? Quels sont les défis de transport pour une famille qui vit en ville ? Compte-rendu.

La famille typique avec enfants possède deux voitures, vit dans une maison unifamiliale et se déplace en voiture pour les courses et les activités. Or, Annick Germain, sociologue et professeure à l’INRS, mentionne qu’une tendance se dessine. « Les jeunes adultes, qui veulent avoir une famille en ville, souhaitent limiter leurs déplacements en voiture. »

Annick Germain mentionne également que les jeunes familles prennent rarement en compte le cout de la deuxième voiture dans le calcul de déménagement de la ville vers la banlieue. Une dépense qui tourne autour de 600 $ par mois. Elle ajoute les données d’un sondage de la Société d’habitation du Québec qui disait que la proximité des transports en commun n’est pas un critère prioritaire pour les acheteurs de maison.

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« Un sondage réalisé en 2006 auprès d’acheteurs de maisons neuves par la SHQ et l’APCHQ révèle que, parmi les facteurs déterminant le choix de la résidence, la première place est accordée à la superficie habitable. Pour le choix de l’emplacement de la résidence, c’est la qualité du quartier qui prime. La qualité de vie demeure un concept qui prend diverses significations selon le contexte. Ainsi, on peut penser que, pour être considéré de qualité, un quartier de banlieue sera constitué de maisons récentes, à proximité des voies rapides, avec un parc et une école à proximité. La proximité des transports en commun ne sera pas un facteur important, la quasi-totalité des familles disposant d’une et souvent deux automobiles, » explique la sociologue, dans un rapport du Comité de pilotage Montréal= Familles, publié septembre 2013.

D’ailleurs, une carte de Montréal présentée par Mme Germain démontre où les familles avec enfants sont installées principalement. On remarque que les transports en commun ne desservent pas les quartiers où les familles sont les plus nombreuses.

 Comment se déplacent les familles

Limiter l’exode vers les banlieues

Pour offrir aux jeunes adultes un style de vie qu’ils recherchent, en ville et sans voiture, Annick Germain croit qu’il faille augmenter les avantages de se déplacer en famille dans les transports en commun. Il existe d’ailleurs déjà quelques initiatives durant l’année comme la journée des musées où le transport en commun est gratuit pour la journée. « Il faut trouver des avantages à utiliser les transports en commun pour le déplacement des familles pour des activités », dit-elle.

Jacinthe Clossey, conseillère corporative à la Société de transport de Montréal (STM) répond qu’un adulte peut amener jusqu’à cinq enfants dans le métro gratuitement la fin de semaine, les jours fériés et l’été. Une mesure pour inciter les familles à s’approprier les activités offertes en ville.

On peut aussi se demander si l’offre actuelle des transports en commun à Montréal répond aux besoins des jeunes familles. Une participante fait remarquer que si 80 % des familles utilisent la voiture pour se déplacer, c’est peut-être aussi parce que, dans les faits, c’est un non-choix. Les transports en commun bondés deviennent plus difficiles à utiliser pour les familles, notamment avec une poussette ou si les enfants doivent rester debout pendant tout le trajet. On remarque aussi que c’est difficile pour les familles de faire les courses sans voiture tout en conciliant le travail et la famille, surtout dans les déserts alimentaires.

Mme Clossey admet qu’il y a des besoins plus difficiles à desservir pour les familles comme les transports locaux pour se rendre aux garderies, aux écoles de quartier et aux commerces de proximité. « On a des lignes dédiées aux écoles, des taxis collectifs dans des endroits moins denses, des navettes pour les ainés et des lignes spécifiques vers les hôpitaux. » Les poussettes restent un défi majeur pour les familles qui se déplacent en transports en commun. « On peut demander à l’autobus de s’agenouiller. Il y a maintenant des ascenseurs dans quelques stations », mentionne-t-elle. Quelques participants ont rapidement rétorqué que la poussette aux heures de pointe n’est pas toujours la bienvenue dans les autobus de la STM.

À lire aussi: Marcher pour aller à l'école est dangereux?

Des inégalités de mobilité

Les parents ne sont pas égaux dans leur mobilité. Les hommes sont plus souvent conducteurs et les femmes passagères. Elles sont aussi plus nombreuses à utiliser les transports en commun ou le transport actif comme la marche. Et les motifs de la mobilité sont également différents entre les hommes et les femmes.

Cliché, mais les hommes se déplacent pour travailler alors que les femmes le font pour le magasinage et l’épicerie. Les femmes se déplacent maintenant davantage qu’avant pour le travail. Or, la distance parcourue est moins grande chez les femmes. Marie-Hélène Vandermissen, professeure à l’Université Laval, explique cette réalité statistique par le désir des femmes d’être plus flexibles dans leurs déplacements. « Elles ont besoin d’être plus près de la maison pour concilier les responsabilités familiales et professionnelles. »

Comment se déplacent les familles monoparentales?

Dans les familles monoparentales, les inégalités de mobilité restent aussi importantes. Les pères qui sont chef d’une famille monoparentale sont plus motorisés que les mères. Compte tenu du revenu moins grand des mères, le logement se trouve en périphérie du centre-ville. La mobilité des familles monoparentales menées par des femmes est donc moins grande.

Sylvie Lévesque, directrice générale de la Fédération des associations de familles monoparentales et recomposées du Québec (FAFMRQ) aborde justement l’enjeu majeur du logement pour les familles monoparentales. « La monoparentalité est un état de plus en plus transitoire. Les familles se recomposent. Et elles doivent trouver des logements abordables. Pour les grandes familles recomposées, ces logements sont souvent en dehors de leur mobilité », explique-t-elle. Elle affirme également que les programmes et les services doivent prendre en considération les modifications des modèles de famille. Il devrait, selon elle, avoir davantage de constructions dans le centre pour des familles de plus de deux enfants.

Obliger les promoteurs à bâtir des unités à trois chambres ?

Martin Wexler, chef de division de la direction de l’habitation à la Ville de Montréal est conscient de la réalité des familles recomposées en milieu urbain. « Les familles veulent des logements sur deux étages, avec trois chambres à coucher et une cour arrière. Seulement 7 % des mises en chantier correspondent à ces critères », admet-il.

Il mentionne d’ailleurs que la Ville de Montréal a un programme pour stimuler la construction des unités pour les familles. Selon des récents sondages sur les préférences résidentielles des acheteurs, la maison unifamiliale est recherchée par une bonne partie des acheteurs et des futurs acheteurs. Les familles avec enfants choisiraient d’ailleurs davantage des maisons unifamiliales si elles avaient le choix. Le prix moyen des maisons unifamiliales sur l’ile de Montréal est 100 000 $ plus cher que dans les banlieues. Il y a bien l’est de Montréal où les prix des maisons sont compétitifs aux prix des maisons des banlieues. Mais on peut se demander si l’accès aux transports collectifs dans l’est de Montréal correspond à la demande des jeunes familles qui ne veulent pas de voiture. M. Wexler ajoute qu’un projet pilote sera mis en place pour encourager les promoteurs immobiliers à construire des unités pour les familles.

Nordicité et handicap

La mobilité des familles passe aussi par un réel défi de déplacement des personnes à mobilité réduite. À l’Université Laval, François Routhier travaille à développer des applications en réalité virtuelle pour simuler et modéliser ces défis. Faciliter le déneigement, comprendre les obstacles de mobilité des personnes handicapées pour tous les types de handicaps. Parce qu’une pente pour permettre à un fauteuil roulant de monter sur le trottoir peut être un obstacle pour une personne non voyante, pour qui la chaine de trottoir constitue un repère important.

La nordicité devrait également être un aspect important de la mobilité des familles. Une application pour connaitre les passages des autobus en temps réel devrait d’ailleurs être mise sur pied prochainement à Montréal.

La mobilité des jeunes

Les adolescents se retrouvent souvent dépendants de l’automobile… de leurs parents, explique Nabila Bachiri, conseillère sénior à la Communauté métropolitaine de Montréal (CMM). Et le choix de l’école secondaire est rarement fait en fonction de la proximité de la maison, plutôt sur la réputation de l’école ou les activités et programmes offerts. Ainsi, les adolescents deviennent restreints dans leur mobilité, surtout dans un contexte de familles recomposées.

Les données manquent encore beaucoup, notamment pour mesurer les liens des enfants avec leurs résidences, parce que de plus en plus d’enfants vivent dans plus d’une maison au cours d’une année. L’intervention pertinente d’un participant a fait rigoler toute la salle « On a davantage tendance à planifier où on va stationner nos voitures que de planifier où vont aller nos enfants… »

La mobilité des familles passe aussi par le rôle des membres de cette famille. Hélène Belleau, sociologue et professeure-chercheure à l’INRS-Urbanisation Culture et Société, mentionne, en conclusion de cette journée, qu’il faut aussi considérer le rôle des parents dans leur mobilité et leurs déplacements. « C’est quoi être un parent ? C’est amener les enfants quelque part, s’occuper des approvisionnements, partir du travail rapidement pour s’occuper des enfants malades. Est-ce qu’on peut leur demander en plus de prendre les transports en commun ? » Elle mentionne qu’il existe des obstacles réels pour les familles qui veulent utiliser les moyens alternatifs à la voiture pour se déplacer. « La mobilité est imbriquée dans la conciliation travail-famille », affirme-t-elle.

Une affirmation entérinée par Marie Rhéaume, directrice générale du Réseau pour un Québec Famille. « L’organisation du transport, le logement… est-ce que les familles ont tant de choix que ça ? Plus on est jeune, plus on est susceptible de changer d’emploi plus souvent », mentionne-t-elle. La conciliation travail-famille devient alors plus difficile lorsque le travail se retrouve plus loin de la maison. La voiture devient ainsi le moyen de transport de la famille.

Il reste à développer des outils pour aider les familles à faire de bons choix de logement, des choix en terme de mobilité.

Et vous, qu’est-ce qui vous aiderait à utiliser davantage les transports en commun en ville ?

Photo: Mark Nye / Flickr

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À propos de Mariève Paradis

Éditrice et cofondatrice, Mariève est journaliste indépendante depuis 2005. Elle travaille sur plusieurs plateformes (web, magazines, hebdomadaires, radio et télévision). Elle cumule deux prix en journalisme, la Bourse Fernand-Seguin en vulgarisation scientifique et la Bourse en journalisme des Instituts de recherche en santé du Canada qui lui a permis de faire des reportages au Nunavik et au Groenland en 2012.

Commentaires

  1. Valérie

    Prendre les TC quotidiennement? (Beurk) Non merci! Prendre une voiture quotidiennement? (superBeurk) Vraiment pas pour moi!!

    J’habite dans le centre de Montreal, on est une famille vélo cargo, 12 mois par année avec deux enfants d’âge préscolaire. Le principal changement, c’est dans nos têtes qu’il doit se faire!

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