18
Juin
Lettre ouverte: Arrêtez de blâmer et humilier les autres parents
Lettre ouverte: Arrêtez de blâmer et humilier les autres parents

Cette lettre a été écrite par l’auteure Mélissa Fenton, mère de 4 garçons. Avec son accord, Planète F a traduit son texte publié sur Facebook.

Il y a 35 ans, une mère faisait des emplettes dans un magasin Sears. Elle est allée regarder les lampes, et a laissé son enfant de six ans avec un autre groupe de garçons, qui essayaient le nouveau jeu Atari à un kiosque. Le nom de ce garçon était Adam Walsh.

Il y a 30 ans, un bambin de 18 mois est tombé dans un puits dans la cour de sa tante. Les secouristes ont travaillé sans arrêt pendant 58 heures, pour enfin libérer Baby Jessica du puits.

Dans les deux cas, une tragédie est arrivée. Un tragique imprévu a laissé Adam mort, et un accident bête a demandé à un enfant en bas âge de se battre pour sa vie profondément sous terre. Il y a aussi une autre chose en commun : ils avaient tout un pays de mères et de pères qui soutenait les parents en deuil.
Permettez-moi de répéter que TOUT LE MONDE APPUYAIT LES EFFORTS DE SECOURS SANS FAUTE. SANS blâme. Aucun. ZÉRO.

Pas de questions posées, pas un seul commentaire comme : « Où étaient les parents
? » Juste un pays d’autres mamans et d’autres papas, mamies et papis qui regardent avec horreur comme un ensemble des parents, l’un des leurs, traverser l’impensable. Adam était notre fils. Jessica était notre fille.


CES PARENTS SONT NOUS TOUS
!


Retour en 2016, l’année des parents parfaits.


Hier, un garçon de deux ans, dans les éclaboussures des eaux riveraines magiques d’un hôtel de Disney, a succombé à la nature sauvage. Un alligator agressif s’est hissé hors de l’eau, sous les yeux du père de l’enfant qui a tenté de se battre avec l’alligator pour libérer son fils. Pure horreur. Pure terreur. Les parents ont effectivement eu à regarder leur bébé leur être enlevé, comme si le bébé était en plein documentaire africain.

Un accident tragique et imprévisible. Un accident.

Je pleure pour cette mère et ce père. Je suis malade d’angoisse pour la douleur, l’angoisse, la misère, et le regret qui pulsent à travers leurs veines chaque seconde. Et je parie que vous aussi.

Mais pas tout le monde l’est.

Vous voyez, nous vivons maintenant dans un temps où les accidents ne sont pas autorisés de se produire. Vous m’entendez. Accidents, de toute forme, de toute façon, et à tout moment, eh bien, ils ne peuvent pas se produire.

Pourquoi
? À cause du BLÂME et de la HONTE.

Parce que nous sommes devenus une nation qui blâme et humilie.

Et comment ces accidents sont-ils autorisés à se produire si nous ne pouvons pas blâmer quelqu’un
? Certainement, ils ne peuvent pas, non? Je veux dire, des actes aléatoires de la nature, des tragédies inévitables qui changent la vie, des événements fatidiques qui ont lieu dans une affaire de nanosecondes ne peuvent éventuellement avoir lieu si tout le monde est un parent responsable, non? NAN.

Ils ne peuvent pas, parce que ce pays, et sa population de parfaits gérants d’estrade portés par des mères et des pères assis derrière leurs claviers, doit accuser. Ils ont besoin de blâmer, dénigrer, critiquer dans tous les sens et à chaque coin, le rôle parental d’un autre.

Et quand peuvent-ils vraiment se lécher les babines du blâme
? Quand un tragique accident se produit. C’est lorsque la victime est à sa fraîcheur, quand l’émotion brute et l’ignorance entrent en collision. Alors ils creusent leurs griffes de mots et s’accrochent sur ces mères en deuil et ces pères qui ont laissé leur âme.

Et puis, ils déchirent ces gens de l’intérieur.

Écoutez-moi très clairement parents parfaits, très clairement.

J’EN AI ASSEZ.

J’en ai assez de faire défiler les fils de commentaires et de voir encore et encore des questions comme « Où étaient les parents
? » Et des pensées comme : « Voilà ce qui arrive quand vous ne regardez pas vos enfants. »

J’en ai tout simplement assez.

J’ai une question pour les mères et les pères qui blâment et humilient. Vous savez, ceux qui ont immédiatement blâmé les parents, ceux qui vont sur Internet et tapent des commentaires comme : « Ce n’est que la négligence des parents » et « Ils auraient dû savoir mieux. Qui regardait ce petit garçon
? » Et mon préféré, « Je ne laisserai jamais cela arriver à mon enfant ».

Voici ma question.

Avez-vous déjà été à l’enterrement d’un enfant avant
?

Moi oui.


Les funérailles d’un enfant sont un événement dans la vie que vous ne voulez jamais, jamais faire l’expérience.

Maintenant, permettez-moi de vous poser une autre question.

Dans la semaine à venir, ces parents vont rentrer à leur domicile dans le Nebraska sans l’un de leurs enfants. Ils laisseront un lieu de villégiature, emballeront son pyjama Buzz Lightyear et sa couverture préférée, et ils feront un voyage de retour atrocement difficile. Un voyage qu’ils n’ont jamais pensé, dans un million d’années, qu’ils allaient faire.

Ils rencontreront un directeur de funérailles, choisiront un petit cercueil, un costume funéraire minuscule et, entouré de leur famille, ils enterreront leur petit garçon.

Et ils vont souffrir chaque jour pour le reste de leur vie.

Lors des funérailles de ce petit garçon de deux ans qui est mort en face de ses parents, pouvez-vous me faire une faveur
? Pouvez-vous marcher jusqu’à la mère et dire les mots que vous venez de taper la semaine dernière? Pouvez-vous? Pouvez-vous la saluer, l’étreindre, serrer la main du père, puis dire : « Qui regardait ce petit garçon? Vous auriez dû savoir mieux. Je ne laisserai jamais cela arriver à mon enfant ».
Peux-tu faire ça pour moi
? Je veux dire, vous avez ressenti ces mots si profondément dans votre cœur et dans votre âme que vous les avez tapés pour qu’un million de personnes puissent les lire. Certes, vous pouvez le dire directement en personne aux gens à qui s’adressait ces mots, non?

Permettez-moi de vous aider.

Rangez votre fourche pour un moment et essayez.

Pour la mère et le père qui sont allés pour une promenade en vacances pour la dernière fois avec leur petit garçon hier, je suis profondément désolée que vous ayez eu l’expérience de la pire espèce de tragédie possible, un accident. Je pleure avec vous. Votre bébé est mon bébé. Votre fils était mon fils. Je n’ai rien que de l’amour pour vous, l’amour pour vous aider à passer à travers cette douleur d’hier, d’aujourd’hui, et pour ce qui est va sembler un millier de demains. J’enveloppe mes pensées et mes prières autour de votre cœur et de votre âme douloureuse. Que le Dieu de cet univers apporte une paix miraculeuse à vous et votre famille.

Voilà ce que vous dites. Juste ça. Et tout cela.

Arrêtez de blâmer.

Arrêtez la honte.

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À propos de Mariève Paradis

Éditrice et cofondatrice, Mariève est journaliste indépendante depuis 2005. Elle travaille sur plusieurs plateformes (web, magazines, hebdomadaires, radio et télévision). Elle cumule deux prix en journalisme, la Bourse Fernand-Seguin en vulgarisation scientifique et la Bourse en journalisme des Instituts de recherche en santé du Canada qui lui a permis de faire des reportages au Nunavik et au Groenland en 2012.

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