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Juil
Une Youtubeuse souhaite ouvrir le dialogue sur l’autisme
Une Youtubeuse souhaite ouvrir le dialogue sur l’autisme

 

À 18 ans, Angélique Rivard a reçu un diagnostic en octobre 2015. Asperger. Dans les mois qui ont suivi, elle a réalisé qu’il manquait de documentation faite par les autistes pour les autistes. Elle a donc eu l’idée d’une chaîne YouTube pour ouvrir le dialogue sur l’autisme.

« En général, il manque d’autistes qui s’expriment publiquement. Il y en a. Mais plus il y en aura, plus on pourra normaliser la différence. Ça fait peur le mot autiste », dit-elle.

Un diagnostic récent

Depuis qu’elle est petite, elle sait qu’elle est différente. « Je n’étais pas capable de mettre des mots sur les raisons de cette différence. » Le diagnostic est venu la rassurer. « Je ne suis pas folle. C’est normal ce que je fais ! »

Son entourage a réagi difficilement. « Ma mère a eu un sentiment de culpabilité de ne pas avoir vu ça avant. » Son père s’est toujours identifié à Angélique. Ce sera peut-être à son tour de suivre le processus vers le diagnostic d’autisme. « On pense qu’il a peut-être aussi un TSA », mentionne la jeune fille.

Quand elle était enfant, Angélique, alias Bouing Bouing, était épanouie. « Je faisais des crises comme tous les enfants, mais pas pour les mêmes raisons. » Plutôt que de faire des crises dans un magasin pour avoir un jouet, c’était plutôt la sur stimulation de bruits et d’odeurs qui la faisait paniquer.

Elle avait aussi l’impression d’avoir des difficultés à l’école. « J’ai toujours eu l’impression que je ne réussissais pas bien, mais je me tenais dans les 80 %. Je réussissais bien, mais mon cerveau savait que je pouvais faire mieux. J’avais de la misère à gérer ce qui se passait dans ma tête. » Elle explique ce sentiment par une surabondance de stimulation pour la capacité de son cerveau à trier cette information.

Décrocheuse à 16 ans

En quatrième secondaire, elle décroche de l’école. « Je n’arrivais pas à m’adapter à un changement de milieu à chaque période. Ça me prend une heure à m’adapter, à me concentrer. Chaque fois que je réussissais à m’adapter à ma classe, la période était finie. Ça me demandait trop d’énergie. » Cette stimulation était telle qu’elle s’est retrouvée en dépression, épuisée.

Elle s’est retrouvée à l’école aux adultes. Elle a eu de la difficulté à s’adapter à ce nouveau milieu. L’année suivante, le diagnostic est tombé. « Je devrais retourner à l’école l’année prochaine ! » dit-elle sur un ton motivé.

Tout le monde est normal et différent à la fois

Pour elle, la différence, c’est la beauté du monde. « C’est normal d’être différent, sinon on ferait tous le même travail ! Mon cerveau est connecté différemment, mais je peux faire bien des choses que les autres peuvent faire et aussi des choses qu’ils ne peuvent pas faire. »

Pour elle, c’est très difficile de proposer des solutions pour aider les autistes. « Il faut s’adapter à chaque élève parce que chaque personne est différente. Je préfère être avec des neurotypiques. D’autres autistes préfèrent être entre eux. Un autiste est un humain quand même et ils ont des préférences personnelles. Je ne peux pas parler au nom de tous. »

D’ailleurs, elle passe parfois pour une intruse dans le monde des autistes… Parce qu’elle parle bien, sait s’exprimer de façon cohérente. « J’ai toujours eu assez de facilité à parler avec les autres. Mais je n’arrive pas à percevoir les émotions des autres. Quand j’étais petite, quand un ami était triste, j’avais l’impression d’avoir perdu un ami. »

Dans la grande majorité des cas, les asperger ont une force qui se développe rapidement. Par contre, ce n’est pas tous les Asperger qui ont un quotient intellectuel élevé. « On les appelle des Aspi, mais pas tous les Asperger sont doués. Moi, ma force, c’est la communication. D’autres, ça va être les maths. »

Des capsules vidéo pour ouvrir le dialogue sur l’autisme

Angélique a donc senti le besoin de s’exprimer sur l’autisme, pour briser les préjugés, pour normaliser la différence. Elle souhaite s’adresser au grand public. « Je veux expliquer l’autisme pour qu’on arrête d’avoir peur. » Elle se sert d’exemples imagés, des situations qu’elle doit expliquer à ses parents, à ses proches. « J’ai déjà rodé mon texte pour expliquer comment je vis. Pour chaque capsule, j’écris un gros texte rempli de choses que j’ai dites à mon entourage.  »

Suivie par une éducatrice, elle insère aussi des éléments plus théoriques pour les vulgariser. « Je vais aller chercher des informations pour compléter mon texte, mais en gros je me base sur mon vécu. »

Quand on lui demande ce qu’elle voudrait dire à des parents d’enfants autistes, son seul message est touchant. Prendre soin d’eux-mêmes. « Tu ne peux pas aider ton enfant si tu ne peux pas t’aider toi-même. On a beaucoup besoin de l’attention de nos parents pendant assez longtemps. C’est difficile d’aider quand tu es fatiguée. »

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À propos de Mariève Paradis

Éditrice et cofondatrice, Mariève est journaliste indépendante depuis 2005. Elle travaille sur plusieurs plateformes (web, magazines, hebdomadaires, radio et télévision). Elle cumule deux prix en journalisme, la Bourse Fernand-Seguin en vulgarisation scientifique et la Bourse en journalisme des Instituts de recherche en santé du Canada qui lui a permis de faire des reportages au Nunavik et au Groenland en 2012.

Commentaires

  1. Chloé

    Woooow ! J’ai connu cette fille au primaire et au secondaire jamais j’aurais pensé sa ! Cette fille c’est une boule d’énergie c’est une fille plein d’imagination c’est une personne qui voit le monde plus facile que d’autre ! Je crois pas l’avoir vue triste souvent ! C’est bizare à dire que des personnes aussi proche de nous peuvent avoir quelque chose sans le savoir ! Mais je tiens à dire que jamais j’aurais pris cette personne comme une personne différente car c’est un ange sur terre !

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