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Août
L’inacceptable vulnérabilité
L’inacceptable vulnérabilité

Quatre Québécois sur cinq trouvent inacceptable le nombre d’enfants vulnérables qui débutent la maternelle. C’est la grande conclusion que tire l’Observatoire des tout-petits à un sondage mené cet été.

En avril dernier, l’Observatoire des tout-petits, créé par la Fondation Lucie et André Chagnon, publiait un dossier sur les écarts de développement des enfants à l’entrée de la maternelle. Dans ce dossier, on y compile qu’un enfant sur trois issu d’un milieu défavorisé sera plus vulnérable dans au moins une sphère de développement : communication, habiletés sociales, lecture et mathématiques ou habiletés motrices. C’est un enfant sur cinq dans les milieux plus favorisés.

À la suite de la publication du dossier, l’Observatoire des tout-petits a organisé un évènement pour trouver des solutions concrètes à cette situation. Plus de 700 personnes ont participé à cet exercice : des professionnels, intervenants, scientifiques, élus municipaux. Les pistes de solution ont ensuite été proposées à des acteurs de la petite enfance pour les prioriser. Un sondage de Léger, auprès du grand public (1501 répondants entre le 12 et le 26 juillet dernier), complète cette démarche.

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La priorité aux enfants vulnérables

Une écrasante majorité de Québécois (91 %) affirme qu’il est important de prioriser davantage les enfants de 0 à 5 ans dans leur bien-être et leur développement.

Que ce soit par un meilleur investissement dans les organismes communautaires famille, dans les services de garde éducatifs, dans les services offerts aux familles dans les municipalités, les Québécois souhaitent que la société s’occupe davantage de petite enfance. Un consensus partagé par les acteurs du monde de la petite enfance.

enfants vulnérables Source: Observatoire des tout-petits

Fait intéressant : les Québécois sont partagés sur la maternelle à 4 ans. Un peu moins de la moitié (48%) des Québécois sondés sont d’accord d’implanter la maternelle à 4 ans pour tous les enfants. D’ailleurs, même dans le milieu académique et scientifique, il n’y a pas de réel consensus au sujet de la maternelle à 4 ans. Il n’y a pas de doute qu’elle est hautement bénéfique pour les enfants des milieux défavorisés. Elle permet de réduire le fossé entre les enfants de milieux favorisés et défavorisés. Son application pour tous les enfants reste toutefois discutable, particulièrement selon les spécialistes qui prônent le jeu libre et les services de garde éducatifs de qualité en petite enfance.

À lire aussi : Compétition en éducation préscolaire?

D’autres solutions pour les familles

Des logements sociaux en plus grand nombre, une offre de transport collectif plus importante en dehors des grands centres, un système de dépistage précoce des problèmes de développement avec des mesures d’interventions, et une transition structurée vers l’école sont aussi des actions qui demandent une amélioration.

enfants vulnérables

Source: Observatoire des tout-petits

Une grande majorité (90 %) des acteurs du monde de la petite enfance considère aussi qu’il est primordial d’aider les parents et de collaborer avec eux pour le bien-être des enfants.

Et les parents, qu’en pensent-ils ?

Les parents d’enfants de 0 à 5 ans n’ont pas été consultés dans la démarche de l’Observatoire des tout-petits. Par contre, l’enquête Perspectives parents, publiée en mai dernier, donne quelques informations au sujet des besoins des parents. Financé, entre autres, par Avenir d’enfants (organisation partenaire entre le gouvernement du Québec et la Fondation Lucie et André Chagnon), ce portrait statistique permet de mieux connaître les parents québécois.

Dans cette grande enquête, on apprenait, entre autres, que les parents avaient du mal à connaître les activités gratuites offertes par les municipalités et les organismes communautaires de proximité.

Une forte proportion de parents ont mentionné les obstacles suivants limitant ou empêchant leur utilisation des services : les horaires des activités (65 %); le manque de temps (69 %); le manque d’information sur les services offerts (48 %) et la difficulté à concilier l’horaire de tous leurs enfants pour ceux ayant au moins deux enfants (46 %).

Perspectives parents

Perspectives parents abordait également le manque de soutien des parents dans leur rôle.

Le quart des parents environ (25 %) déclarent être toujours soutenus par leur entourage lorsqu’ils n’en peuvent plus. Toutefois, près d’un sur quatre (24 %) considère n’être jamais ou être rarement soutenu dans ces moments.

Perspectives parents

On peut donc conclure qu’une meilleure communication des organisations oeuvrant auprès des familles pourrait permettre à davantage de familles de bénéficier de leurs services. Une meilleure référence entre organisation qui offrent des services aux familles pourrait aussi améliorer l’accessibilité à ces services.

Un financement à revoir

À l’automne dernier, les organismes communautaires de la province descendaient dans les rues pour demander un réinvestissement massif dans leurs organisations après un sous-financement dénoncé depuis plusieurs années.

Le gouvernement du Québec et la Fondation Lucie et André Chagnon finançaient trois programmes importants pour les familles de la province : Réunir Réussir (aboli en 2016), Québec en forme (sera aboli en 2017) et Avenir d’enfants (sera aboli en 2019).

Après que Québec ait mis fin au financement de Réunir Réussir, la Fondation Chagnon annonçait en mars dernier ne pas vouloir renouveler le financement des programmes Québec en forme et Avenir d’enfants, disant  être « rendu à une autre étape », selon Le Devoir.

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À propos de Mariève Paradis

Éditrice et cofondatrice, Mariève est journaliste indépendante depuis 2005. Elle travaille sur plusieurs plateformes (web, magazines, hebdomadaires, radio et télévision). Elle cumule deux prix en journalisme, la Bourse Fernand-Seguin en vulgarisation scientifique et la Bourse en journalisme des Instituts de recherche en santé du Canada qui lui a permis de faire des reportages au Nunavik et au Groenland en 2012.

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