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Oct
10 questions des femmes enceintes à leur médecin
10 questions des femmes enceintes à leur médecin

Les médecins Lisa Merovitz et Cleve Zeigner ont cru bon informer (et divertir!) de futurs médecins en présentant des questions fréquentes reçues de leurs patientes enceintes.

Cette conférence a été livrée lors du plus récent symposium du département d’obstétrique et de gynécologie de l’Université McGill, le 16 septembre dernier. Le symposium sur la santé des femmes vise à partager les résultats de nouvelles études et les dernières pratiques avec des gynécologues, des médecins de famille, des résidents en médecine et des professionnels de la santé. 

Puis-je teindre mes cheveux?

La sécurité des produits capillaires est souvent remise en question, d’après les docteurs Merovitz et Zeigner.

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La plupart des études n’ont démontré aucune augmentation du risque de cancer que ce soit pour un usage personnel ou un usage professionnel de teinture pour cheveux. Il n’y a aucune preuve que ces produits ont un effet tératogène (qui provoque le développement de malformations congénitales). De plus, leur absorption par le bébé demeure minime.

Puis-je utiliser un médicament contre l’acné?

La majorité des médicaments contre l’acné sont à usage topique, c’est-à-dire que le produit agira seulement là où il est appliqué.

Cependant, les multiples options de traitement contre l’acné ont différents ingrédients actifs. « Pour ce qui est des médicaments à base de peroxyde de benzoyle ou d’acide salicylique [à partir duquel on peut fabriquer l’acide acétylsalicylique, mieux connu sous le nom d’Aspirine®], les quelconques risques sont peu probables. Par contre, en ce qui concerne les rétinoïdes topiques, quatre études de cas ont démontré des anomalies congénitales à la naissance des bébés. Deux plus petites études semblaient ne démontrer aucun risque… donc on évite l’usage de ce produit! », avertit la Dre Lisa Merovitz.

Si je mange une papaye, est-ce que je risque de provoquer mon accouchement?

« “J’ai lu ça sur internet”, me disent les femmes enceintes qui me posent la question », raconte Dre Merovitz.

En Inde, il se trouve que la papaye est considérée comme un fruit dangereux pour les femmes enceintes. En tamoul, le mot « papaye » s’écrit papali et les mots pappa et ali signifient respectivement « petit enfant » et « détruire ». De là, la croyance populaire. Mais, qu’en est-il, scientifiquement parlant?

Des scientifiques de l’Université nationale de Singapour se sont penchés sur la question en 2002. Dans l’étude, un groupe de rats a consommé de la papaye bien mûre et un autre groupe de la papaye non mûre en comparaison avec un groupe de rats témoins. Alors qu’aucune anormalité n’a été décelée dans le premier groupe de rats, les rongeurs qui ont consommé le fruit alors qu’il était encore vert ont éprouvé les effets équivalents à celui de l’ocytocine stimulant la contraction de l’utérus pendant l’accouchement!

« Apparemment, mieux vaut éviter la papaye si elle n’est pas mûre », résume Dre Lisa Merovitz.

Est-ce vrai que les femmes enceintes ne doivent pas se baigner dans un spa?

Une étude sur le sujet, publiée dans le Journal de l’Association médicale canadienne, répondait déjà au questionnement du Dr Zeigner en 1981. Les chercheurs ont alors tenté de déterminer la période de temps requise pour qu’une femme soit en hyperthermie maternelle (température corporelle de 38,9 °C). Cet état peut causer des malformations congénitales lors des premières semaines de la grossesse.

Les chercheurs ont établi qu’une femme peut rester dans un spa jusqu’à 15 minutes si la température de l’eau est de 39 °C et jusqu’à 10 minutes si la température est de 41,1 °C.

Une étude plus récente menée par des scientifiques américains arrivait même à la conclusion qu’une femme qui utilisait un spa plus d’une fois et pour un minimum de 30 minutes lors du premier trimestre de grossesse était à risque de déformations congénitales spécifiques.

Si je vais à un concert rock, est-ce que le bruit pourrait nuire à mon bébé?

Même si l’abdomen et l’utérus de la mère filtrent la plupart des sons de fréquences élevées et réduisant les niveaux de décibels de 20 ou 30, il est recommandé d’éviter de s’exposer à des sons de plus de 115 décibels, soit l’équivalent du bruit d’une scie à chaîne.

En 2012, aux États-Unis, un cercle d’étude sur les effets du bruit y allait des recommandations suivantes : tous les programmes pour compléter l’expérience auditive fœtale ne sont pas recommandés. Les appareils sonores, y compris des écouteurs, ne doivent pas être placés directement sur l’abdomen d’une femme enceinte. Finalement, la voix et les sons du corps de la mère sont suffisants pour le développement auditif normal du fœtus.

En camping, puis-je utiliser un chasse-moustique?

Connu depuis les années 1950, le DEET (N,N-Diéthyl-m-toluamide) est l’un des ingrédients actifs les plus efficaces utilisés dans les chasse-moustiques. Son application est topique, donc la majorité des effets secondaires observés sont localisés sur la peau. Une réaction cutanée peut alors survenir.

« L’Agence américaine de protection de l’environnement (EPA) recommande aux femmes d’appliquer un chasse-moustique lorsqu’elles sont enceintes [particulièrement pour éviter le virus Zika]. Seulement quelques rapports ont fait état de crises d’épilepsie ou d’encéphalopathie, mais à des doses d’expositions extrêmement élevées », explique Lisa Merovitz.

J’ai droit à combien de tasses de café?

« Ici, c’est plutôt difficile à dire, avoue la docteure. Les données scientifiques à ce sujet sont contradictoires. »

Dans une méta-analyse publiée en 2015, des chercheurs chinois ont tenté d’y voir plus clair. Ils ont donc cherché au sein PubMed, une base de données bibliographiques en sciences biomédicales, et analysé les études avec les mots-clés « caféine », « café », « boisson », « fausse couche », « avortement spontané » et « perte fœtale ». Leur conclusion : la consommation de caféine et de café pendant la grossesse semble augmenter le risque de perdre le bébé.

« Et cela dépend de la dose de caféine, ajoute Dre Merovitz. À moins de 150 mg par jour (environ une tasse de café), les résultats étaient non significatifs. »

Santé Canada recommande aux femmes enceintes de ne pas dépasser plus de 300 mg de caféine par jour pour les femmes qui désirent tomber enceintes, enceintes et qui allaitent.

Qu’en est-il de l’aspartame? Ai-je le droit de boire des boissons gazeuses qui en contiennent? 

Les édulcorants, comme l’aspartame ou le sucralose, ne semblent pas être toxiques pour le fœtus à la dose quotidienne recommandée.

« Des études sur les humains avec des doses jusqu’à 5 fois plus élevées que la dose quotidienne recommandée ont démontré que les substituts au sucre étaient non toxiques et n’entraînaient aucun risque de malformation. Néanmoins, mieux vaut s’en tenir à la dose quotidienne recommandée », avise Lisa Merovitz.

À lire aussi: Sugar Coated: Bibitte à sucre

Pourquoi n’ai-je pas le droit de manger des sushis ?

Le souci avec les sushis? Les parasites que peuvent contenir les poissons crus!

Aux États-Unis, on rapporte que 22 femmes enceintes sur 10 000 contractent d’une infection parasitaire. Les principaux impacts de ce genre de contamination sont souvent reliés à de l’anémie et le mauvais fonctionnement du système immunitaire.

« Le poisson cru doit être consommé avec modération. De plus, il existe des techniques de réfrigération rapide qui permettent de se prémunir contre les parasites. La Ville de New York a d’ailleurs adopté un règlement cet été en ce sens : les poissons utilisés dans la préparation de sushi dans les restaurants doivent être congelés au préalable », rapporte Dre Merovitz.

Est-ce que je peux avoir des relations sexuelles?

La théorie actuelle sur le sujet indique que les rapports sexuels peuvent stimuler le travail de plusieurs façons: stimulation physique de la partie inférieure de l’utérus, libération endogène d’ocytocine à la suite de l’orgasme, action directe de la prostaglandine dans le sperme et exposition plus accrue aux agents infectieux.

Or, une étude américaine datant de 2001 semble réfuter l’hypothèse théorique. D’après les chercheurs, il est faux de penser que l’activité sexuelle augmente le risque d’accouchement prématuré, particulièrement entre 29 et 36 semaines de grossesse.

« D’autres études encore plus récentes ont même démontré qu’une fréquence plus élevée de rapports sexuels en fin de grossesse était significativement associée à une grossesse plus longue! », lance Dre Lisa Merovitz.

À lire aussi: La science de la naissance

Et le fin mot de l’histoire? « Gardez votre calme… et répondez aux questions de vos patientes! », ont conseillé les docteurs Merovitz et Zeigner aux futurs médecins présents au symposium.

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À propos de Marie-Eve Cloutier

Malgré une formation en biologie, Marie-Eve Cloutier n’a jamais travaillé dans un laboratoire. Passionnée par la communication, elle s’est plutôt tournée immédiatement vers le journalisme qu’elle pratique maintenant depuis 5 ans. En tant que pigiste, elle vulgarise la science avec l’Agence Science-Presse, touche à tous les sujets à l’échelle hyperlocale lorsqu’elle collabore avec Le Journal de Mercier-Est sur Pamplemousse.ca, en plus de faire des chroniques hebdomadaires sur l’environnement à l’émission Libre-service, sur MATv Montréal. Marie-Eve n’a peut-être pas encore d’enfant, mais elle s’intéresse grandement aux enjeux reliés à la famille et à l’éducation, idée d’être prête le moment venu!

Commentaires

  1. Julie

    Moi, j’ai aussi une question de ce type : si je suis tombée enceinte suite à la FIV avec les ovocytes d’une donneuses, la grossesse est-elle plus compliquée qu’avec ses propres ovocytes ? Y a-t-il une différence quelconque ? J’ai fait la FIV en Ukraine, et je ne peux pas poser cette question à mon gynéco.

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