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Effet Trump : augmentation de l’intimidation dans les cours d’école
Effet Trump : augmentation de l’intimidation dans les cours d’école

L’élection de Donald Trump a eu d’importantes répercussions dans les cours d’école.

L’acte frappe l’imaginaire: une jeune fille de 10 ans qui demande de quitter son école. La raison? Un garçon a touché ses parties intimes sans son consentement. Si le président peut le faire, alors moi aussi, a dit le garçon.

Encore plus que lors des élections précédentes, la campagne électorale opposant Hillary Clinton à Donald Trump a amené d’importantes discussions familiales. Ces échanges se sont transposés jusque dans les cours d’école américaines et canadiennes.

Bien que les enfants canadiens soient moins touchés par la campagne électorale américaine, ils sont en mesure de décrire Donald Trump, parfois même de manière très crue. Les enseignants et les membres des directions de plusieurs écoles, témoins de ces échanges entre les enfants, ont abordé le sujet en classe. «C’est la première fois depuis le 11 septembre 2001 que je ressens autant d’anxiété chez les enfants,» s’inquiète le directeur de l’école primaire Pierre-Elliott-Trudeau à Gatineau, David McFall.

Tristes événements

De nombreux épisodes d’intimidation circulent sur les réseaux sociaux depuis les élections présidentielles. Une vidéo publiée dans le New York Times présente une série d’épisodes, motivés par le racisme, qui ont eu lieu dans des écoles et des universités américaines.

Depuis l’élection de Trump, les crimes haineux envers les Musulmans sont trois à cinq fois plus nombreux qu’avant les élections. Bien qu’aucune statistique n’a été émise, il est possible de constater l’augmentation de l’intimidation et de la violence au cours des 48 premières heures suivant le résultat électoral. Les nombreuses anecdotes rapportées suggèrent une augmentation de l’ordre de 164%, soit la même ampleur que celle observée après le Brexit à Londres, croit le magazine Forbes.

Le rédacteur en chef des affaires juridiques du New York Daily News, Shaun King, a rapporté d’autres événements malheureux. Une mère s’est confiée à lui. Ada Gonzalez a été reconduire son fils, un des rares étudiants hispaniques de son école, au lendemain matin des élections. Elle entendait un groupe d’enfants crier «Construisez un mur!» dans la cour de récréation. Dans l’état de New York, des drapeaux de la communauté gaie ont été brûlés. Dans une école du Michigan, des étudiants se sont alignés pour créer un mur afin d’empêcher les étudiants d’origine hispanique d’accéder aux salles de classe. Toutefois, les opposants de Trump n’ont pas toujours été pacifiques non plus. Certains ont même suggéré sur les médias sociaux de lever une rébellion violente, et ont manifesté violemment.

Parler pour désamorcer

Parler de ces conflits est important. Il faut prendre soin de bien expliquer les choses aux enfants. Le professeur à l’École de psychologie de l’Université Laval, George Tarabulsy, s’est entretenu avec Le Devoir. Il croit qu’il faut adapter son discours à l’âge de l’enfant. «Si on est ado et qu’on est en train de réfléchir à notre place dans le monde, en entendant Trump, on peut se dire : ce n’est pas comme ça que je veux vivre ma vie. Mais si on est enfant et qu’à l’école, on nous apprend à ne pas intimider et à être tolérants, on est face à une contradiction devant ses agissements,» soutient le psychologue dans les pages du quotidien.

Aux États-Unis, 80% des enseignants des écoles publiques sont des femmes blanches. La profession est également fortement démocrate. En effet, seul un enseignant sur cinq s’identifie au parti républicain. Ces enseignants ont la lourde tâche de favoriser un dialogue respectueux dans leur classe dans ce climat post-électoral. Les élèves dans leur classe sont divisés. Certains viennent de familles pro-Trump. D’autres viennent de familles qui vivent dans la peur d’êtres victimes d’actes haineux.

Gregory Michie enseigne à Chicago, où 95% des étudiants sont des immigrants ou des enfants d’immigrants. Un étudiant lui a demandé : «M. Michie, si Donald Trump déporte ma mère, est-ce que je peux venir vivre dans votre famille?», raconte-t-il à The Atlantic. De son côté, Aly A. est professeure de sciences à Miami dans un quartier pauvre principalement peuplé d’Afro-Américains. À deux reprises, des étudiants lui ont demandé si la nouvelle administration présidentielle allait rétablir l’esclavage aux États-Unis.

Les élèves sont bouleversés et ont besoin d’être rassurés. «En tant qu’éducateurs et personnes auxquelles ils font confiance, nous devons leur rappeler qu’ils sont protégés et que nous tenons à eux », a expliqué Angela B, professeure à Philadelphie, à The Atlantic.

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À propos de Marilou M. Robitaille

Finissante au Baccalauréat en journalisme de l’UQAM, Marilou Muloin-Robitaille est passionnée des technologies et des enjeux de société. Elle aime alimenter les débats et découvrir de nouvelles cultures. D’abord stagiaire pour Planète F, Marilou continue d’évoluer en tant que journaliste au sein de cette équipe.

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