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Fév
Ma mère a besoin de moi
Ma mère a besoin de moi

Les relations mère-fille sont parsemées de hauts et de bas. Les adolescentes ont parfois tendance à tenter de se définir à travers cette relation, tout en s’y opposant. Mais vient un moment où la roue tourne, et qu’on devient adulte. Soudain, la mère qui vieillit a besoin de ses enfants.

Relations parfois difficiles, parfois fusionnelles, les relations mère-fille font l’objet de nombreuses études psychologiques. «C’est drôle, comme les choses changent : vous cessez d’avoir besoin de votre mère et elle a soudainement besoin de vous», écrit Christine Schrum dans une lettre très personnelle parue dans The Globe and Mail.

Elle y raconte le moment où la situation s’est renversée et que sa mère, maintenant âgée de 69 ans, a eu besoin d’elle. C’est dans un mélange de culpabilité et d’amour profond que Christine s’est occupée de sa maman.

- partenaire -

Reconnaissance

La plupart des mères méritent certainement nos bons soins. Attention, dit la sociologue Patricia Delahaie, dans un texte paru dans le Coup de Pouce. «Il peut certainement y avoir des périodes où on se rend disponible pour sa mère, mais certainement pas 24 heures sur 24. »

Effectivement, la vie suivant son cours, c’est plutôt vers ses propres enfants qu’une femme doit se tourner, dit-elle. Cela ne veut pas dire qu’il faut délaisser ses parents vieillissants. Au contraire, les personnes âgées, de plus en plus isolées, ont besoin de ces relations dans leur vie.

Une lettre touchante

Voici un extrait de la touchante lettre de Christine Schrum parue dans The Globe and Mail en octobre dernier. Plusieurs se reconnaîtront dans la relation décrite ici.

« Les mères sont faites pour rester. En effet, les mères sont faites pour être meilleures, plus fortes et plus rapides que le reste d’entre nous. Elles ont des yeux tout le tour de la tête et ce mystérieux sixième… non, 16e sens. Ma mère, je la croyais invincible. […] Pourtant, j’ai commencé à garder les lettres qu’elle m’écrivait régulièrement l’année de ses 69 ans. Peut-être était-ce à mon tour, d’avoir un 16e sens.

Dieu sait que les lettres de ma mère n’ont jamais été courtes. Ma boîte aux lettres recevait une après l’autre ses missives colorées. Chacune était couverte d’autocollants brillants et remplie de paillettes étincelantes. Quand elle n’écrivait pas, ma mère me téléphonait. Généralement, elle le faisait à 5 heures du matin. Elle laissait toujours un message sur ma boîte vocale. En me réveillant, quand je rappelais, il n’y avait jamais d’urgence. «Oh salut ma chérie, je voulais juste entendre ta voix. On dirait qu’on ne s’est pas parlé depuis une éternité», me disait-elle.

C’est drôle, comme les choses changent. Vous cessez d’avoir besoin de votre mère et elle a soudainement besoin de vous. Heureusement, on a toujours de la gratitude lorsque ça arrive. Et surtout, beaucoup d’amour. Donc, pour la femme qui a cousu mes costumes de récitals de danse après avoir travaillé des nuits à l’hôpital, j’ai fait l’effort de retourner ses appels téléphoniques aux petites heures du matin. Et puis, quand ses courriels quotidiens sont arrivés, j’ai fait de mon mieux pour répondre le même jour.

Je me suis souvent émerveillée du niveau d’énergie de ma mère. Mais malgré sa vigueur sans bornes, ma mère est morte d’une crise cardiaque à l’âge de 70 ans. Coïncidence, ça faisait exactement un an que je gardais ses lettres.

En l’absence de ses chaudes étreintes et de son rire pétillant, ces lettres restent réconfortantes. En les relisant, je remarque que son écriture flottante est devenue un peu pressée au cours de la dernière année. C’est comme si elle manquait de temps, mais en avait encore beaucoup à dire. Savait-elle, à un certain niveau, qu’elle allait mourir? […] Heureusement, les malentendus que nous avions l’habitude d’avoir ne se retrouvaient pas dans ces lettres. Toutes les fois où nous nous endormions alors que nous étions chicanées, les fois où je lui criais dessus et celles où elle me raccrochait au nez… Pouf! Disparues! Il ne reste que ses cartes de vœux. La douceur de notre relation distillée, toute l’amertume filtrée.

Finalement, ma mère n’a probablement pas réalisé, mais elle m’a envoyé deux versions différentes de la même carte au cours de la dernière année. Les deux images de fleurs sauvages dansant dans le vent.  Dessous, les mots: «Tu es une de mes plus belles pensées». Toi aussi, Maman, tu es ma plus belle pensée. Toi aussi.» [Traduction libre]

À lire aussi: Édito: Briser le cycle

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À propos de Marilou M. Robitaille

Finissante au Baccalauréat en journalisme de l’UQAM, Marilou Muloin-Robitaille est passionnée des technologies et des enjeux de société. Elle aime alimenter les débats et découvrir de nouvelles cultures. D’abord stagiaire pour Planète F, Marilou continue d’évoluer en tant que journaliste au sein de cette équipe.

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