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Fév
Vaincre l’anxiété chez les enfants !
Vaincre l’anxiété chez les enfants !

Les enfants anxieux sont des enfants perfectionnistes et qui ont de l’imagination à revendre.

Devant une salle pleine à craquer, Sonia Lupien, directrice du Centre d’études sur le stress humain de l’Institut universitaire en santé mentale de Montréal, lance cette phrase qui étonne la plupart des participants. La chercheuse explique ici la mécanique de l’anxiété. Les gens sont venus l’entendre dans le cadre d’une conférence nommée L’anxiété de performance chez les enfants et les adolescents : On se calme!

Bien que ces deux caractéristiques apparaissent à priori positives, les enfants anxieux emploient aussi leur imagination… Pour imaginer le pire. Ainsi, la volonté d’être parfaits augmente leur niveau de stress. Comme parent, comment peut-on aider nos enfants anxieux ?

- partenaire -

Comprendre l’origine

Le cerveau de l’être humain détecte les menaces sans arrêt explique Sonia Lupien. Ainsi, quand on est stressé, on crée des hormones de stress qui interviennent au niveau du cerveau. Tout devient menaçant et pour certains, c’est l’anxiété qui s’installe.

À l’origine de notre espèce, notre cerveau détectait les menaces pour chasser le mammouth et autres bêtes sauvages. C’était une question de survie. Le problème est que notre cerveau ne sait pas qu’on est en 2017 et qu’on n’a plus besoin d’affronter ce genre de menaces, indique Sonia Lupien. Notre cerveau continue à créer les mêmes hormones de stress, comme s’il y avait un mammouth à combattre! Il faut dire à notre cerveau qu’il n’y a plus de menaces pour le calmer, explique Dre Lupien.

À lire aussi: Pour comprendre l'anxiété chez son enfant

Difficile nouveauté

Les enfants anxieux n’aiment pas la nouveauté, ils ne chérissent pas les changements, surtout dans leur routine. Les jeunes anxieux choisissent toujours l’évitement lorsque survient des situations inconfortables. Comme parents, on ne doit pas nourrir cet évitement, dit Sonia Lupien. Par exemple, l’enfant peut refuser de manger à l’école, parce qu’il a peur de ne pas avoir des amis. Le parent a tout intérêt à aider son jeune à affronter sa peur. Il n’est pas recommandé de chercher à le rassurer en proposant de l’amener à la maison pendant l’heure de dîner, par exemple. Quand on choisit d’alimenter l’évitement, ceci renforce l’anxiété et on confirme à notre enfant qu’il a raison d’être anxieux par rapport à la situation, et qu’il n’est pas à la hauteur.

L’évitement sous la loupe

Sonia Lupien indique que plusieurs parents choisissent l’évitement car : «  ils ne savent pas quoi faire d’autre! C’est plus facile d’éviter que de combattre, on aime nos enfants on ne veut pas qu’ils souffrent, c’est une intervention plus rapide (..) Aussi, un des parents peut être anxieux et l’évitement est sa solution. »

N’oublions pas aussi la pression intergénérationnelle. Cette pression vient du fait que l’un des membres de la famille n’est pas d’accord avec notre façon de faire comme parent. Par exemple, on laisse notre enfant s’organiser un peu tout seul. Tout semble bien aller jusqu’à l’arrivée de la grand-mère, qui nous explique qu’on ne doit pas faire de cette façon et elle indique sa manière de faire à elle. « Vous allez avoir cette pression intergénérationnelle soit des cousins, cousines, belle-sœur et vous allez lâcher prise » explique la chercheuse.

Parent anxieux, quoi faire ?

Bien que l’anxiété ne soit pas génétique, beaucoup d’enfants qui vivent de l’anxiété ont au moins un parent anxieux, explique Sonia Lupien. Cette anxiété parentale a un effet direct sur l’enfant, dit la chercheuse. Plus les parents sont stressés, plus leurs enfants réagissent en produisant l’hormone de stress. La bonne nouvelle, c’est que ça marche dans l’autre sens aussi : la diminution de 50% du stress chez les parents favorise la diminution automatique de 50 % du stress chez les enfants, affirme la conférencière.

Une des solutions possibles pour le parent anxieux est la thérapie cognitivo-comportementale qui permet de changer la manière de percevoir les choses. Pour que le traitement fonctionne, la personne anxieuse doit vraiment s’investir, car le traitement est demandant. Donc, le parent qui décide de suivre cette thérapie doit être prêt.

Dans un couple, il y a toujours un des deux partenaires qui est moins anxieux. Celui qui est le plus anxieux doit se fier davantage à son partenaire et l’écouter plus souvent. Pourquoi? « Le parent qui est moins anxieux va apprendre quelque chose d’important à l’enfant. Il va lui apprendre à tolérer l’inconfort lié à la prise de risque », dit Sonia Lupien.

Des méthodes pour le combat

Les jeunes ont besoin de leurs parents pour combattre l’anxiété. « C’est un travail d’équipe », rappelle Sonia Lupien. Ainsi, il est important pour les jeunes de ne pas avoir peur des émotions négatives, mais plutôt de nommer ce qui les dérangent. Parents et enfants n’ont pas à de se donner l’étiquette de « personne anxieuse » : « L’anxiété, ce n’est pas nous. C’est juste de l’anxiété », dit-elle.

Les sources d’anxiété peuvent être nombreuses. Plutôt que de chercher à travailler sur chaque source d’anxiété chez les enfants, les parents ont intérêt à se pencher plutôt sur le processus. Le but est de tolérer le stress. Eh oui, on doit apprendre à se mettre en « danger »! « On y va même si on a peur. C’est normal d’avoir peur », dit Sonia Lupien aux participants. Il faut nommer ce qui nous fait peur, dit-elle.

Un peu de stress est une bonne chose car il améliore la performance, dit Sonia Lupien. Pour éviter que ce stress se transforme en anxiété, on peut envisager la situation anxiogène comme un défi à relever, indique Dre Lupien.

Comme parent, il faut toujours garder l’espoir et envisager l’échec, car c’est avec les échecs que nos enfants vont apprendre. Comme parent, il ne faut pas hésiter à chercher de l’aide au besoin. Plusieurs ressources existent pour aider les jeunes à combattre l’anxiété, comme l’application ISmart qui aide à détecter le stress. Plusieurs livres pour les jeunes sont disponibles, comme Incroyable Moi maîtrise son anxiété, un guide pour les enfants anxieux âgés de 6 à 12 ans.

*Pour aller plus loin: Sonia Lupien est sur le Web. On peut la lire dans Mammouth magazine. On peut aussi l’écouter à l’émission Médium large, à ICI Radio-Canada Première.

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