03
Mar
Casse-tête et semaine de la relâche : transformons les milieux de travail
Casse-tête et semaine de la relâche : transformons les milieux de travail

Pour la plupart des familles québécoises, la première semaine de mars est un cauchemar organisationnel. Ils sont rares, les parents en congé durant la relâche scolaire.

Le milieu du travail pourrait-il être plus conciliant envers les parents de jeunes enfants ? Planète F s’est entretenu sur le sujet avec Diane-Gabrielle Tremplay, professeure en gestion des ressources humaines à la TÉLUQ et directrice de l’Alliance de recherche université communauté sur la gestion des âges et des temps sociaux.

dgtremblay

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Planète F : La semaine de relâche est-elle un fardeau pour les parents qui travaillent ?

Diane-Gabrielle Tremblay: La semaine de relâche est certainement un défi d’organisation pour les parents sans congé! Notamment pour les femmes, qui sont nombreuses à travailler en santé, en tourisme, en hôtellerie, en restauration ou aux caisses en milieu d’alimentation. Elles n’ont généralement que deux semaines de congé par année, le minimum prévu par les normes du travail. Elles préfèrent souvent les prendre l’été ou à Noël, surtout qu’elles sont souvent réclamées durant la relâche, une semaine très mouvementée et payante dans le service à la clientèle.

Énormément de salariés ne peuvent pas être en congé durant la semaine de relâche. Au Québec, on calcule qu’à peu près le tiers des travailleurs sont dans des situations précaires. Il ne faut pas oublier les gens dans le secteur industriel, manufacturier ou dans la construction, qui n’ont généralement que deux semaines de vacances par année, rarement offertes en mars.

PF: Le milieu du travail pourrait-il s’adapter ?

DGT: Il y a un gros gros enjeu au sein du milieu du travail. On n’arrive pas, sur toute la question de la conciliation travail-famille, à dire, dans nos conventions collectives, on va prioriser la famille. Au sein des entreprises, l’ancienneté, c’est la règle, ça passe avant la famille. Si de jeunes parents qui ne peuvent prendre congé en même temps se plaignent, ils se font répondre par leurs aînés au travail : « nous aussi on a eu nos difficultés, c’est à notre tour d’avoir des vacances au moment qui nous convient ».

C’est une question d’équité. Comment satisfaire les demandes des personnes qui ont de jeunes enfants sans que les plus âgés y voient un problème ? Il y a là un défi, une tension entre les plus jeunes parents et leurs aînés qui ont l’ancienneté et qui viennent enfin d’avoir les dates qu’ils souhaitent. Ces derniers ne sont pas nécessairement prêts à tout sacrifier pour aider les parents qui ont des enfants en bas âge.

PF: L’ancienneté, est-ce un concept dépassé ?

DGT: La question c’est plutôt : quelle autre règle serait aussi universelle ? Ce ne serait vraiment pas évident à définir. Le principe d’ancienneté vient surtout des milieux syndicaux, mais il s’est étendu. Les milieux non syndiqués ne sont pas obligés de le respecter et de fait ce n’est pas toujours le cas. L’intérêt de la règle de l’ancienneté, c’est qu’elle évite l’arbitraire. Un patron ne peut pas donner la semaine de relâche à ses employés préférés. Sauf que la règle de l’ancienneté a effectivement ses inconvénients.

La manière d’accorder des congés devrait être repensée à l’échelle de chaque milieu de travail. Au sein des petites et moyennes entreprises (PME), les employés peuvent discuter et s’arranger entre eux pour obtenir la semaine de relâche. On voit dans les petites équipes une volonté de s’entraider. C’est parfois plus facile d’obtenir des arrangements au sein d’une PME que dans une grande entreprise où il y a des règles, des mesures, des ressources humaines. Les modalités de conciliation-travail famille se font sur une base plus informelle dans une PME.

PF: Et si les normes du travail prévoyaient trois semaines de congé par année au minimum plutôt que deux ?

Ce serait souhaitable! Plus il y a de semaines de vacances, plus la conciliation travail-famille est facile. En France, ils ont cinq semaines de congé au minimum. Ça fait toute la différence pour les parents. Si on ajoutait une semaine de vacances obligatoire, ce serait toutefois d’importants coûts à assumer dans les PME qui ont déjà de la difficulté à assumer et planifier les vacances de leurs employés. Certains commerces n’ont pas le choix de fermer leurs portes si un ou deux de leurs employés sont en vacances.

On pourrait souhaiter une troisième semaine de pause pour l’avenir. Dans beaucoup de milieux de travail, les gens sont stressées, fatigués. Deux semaines, c’est pas beaucoup pour se remettre ! Pour le moment, je ne vois pas trop de discussions ou de demandes là-dessus.

PF: Comment les employeurs pourraient-ils aider les parents sans congé ?

DGT: J’ai déjà vu une entreprise organiser des évènements, des activités théâtrales et artistiques pour animer les enfants sur les lieux du travail. Les patrons invitaient des comédiens, des artistes qui leur faisaient faire de la peinture, de la sculpture ou même des ateliers de sciences tout au long de la semaine. C’est super intéressant ! Sauf qu’une telle organisation ne peut se faire qu’au sein des grandes entreprises. C’est compliqué, ça prend des sous et des assurances. On pourrait toutefois voir, durant la semaine de relâche, de mettre en place de simples garderies dans les PME, par exemple.

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