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Mar
La Norvège et les services de protection de l’enfance
La Norvège et les services de protection de l’enfance

Comme la plupart des pays scandinaves, la Norvège est idéalisée par plusieurs comme étant un pays où il fait bon vivre. Pourtant, en analysant les politiques familles, il est possible de remettre en question l’image que nous avons du pays.

Dans un reportage français produit par Arte Tv, les journalistes exposent une problématique qui affecte les familles norvégiennes depuis des années. Les services de protection de l’enfance, appelée le Barnevernet, enlèvent la garde d’enfants à leurs familles pour des motifs qui semblent être arbitraires, et souvent sans avoir même rencontré les parents.

Bébé enlevé… même si la mère s’en occupe bien

Ce fut notamment le cas de Christine et Robert, qui ont perdu la garde de leur petit garçon âgé d’un mois à quelques jours de Noël, en 2015. Des agents du Barnevernet se sont présentés chez eux un soir où Christine était seule, afin de venir prendre l’enfant. Elle n’a eu que quelques minutes pour faire ses adieux.

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L’une des raisons, qui expliquerait l’intervention des services sociaux dans le cas de Christine, repose sur une évaluation produite 8 ans auparavant, affirmant qu’elle souffre d’un léger retard mental. Toutefois, cette évaluation n’est plus valide selon les lois du pays. De plus, Christine a consulté deux psychologues qui arrivent à la conclusion qu’elle ne souffre pas de retard.

Une autre raison évoquée dans le reportage, cette fois-ci par la mère de Christine, serait le placement de Christine et de son frère en famille d’accueil lorsque leur mère avait besoin d’aide. Elle a eu recours aux services du Barnevernet. Selon eux, même si Christine n’a commis aucune action permettant de la qualifier de mauvaise mère, aux yeux de l’institution, son enfance et son passé l’empêchent d’avoir la garde d’un enfant.

Au terme d’une saga judiciaire contre le Barnevernet, la famille de Christine a perdu son combat et ne bénéficie plus que de 4 heures de visite avec leur fils par année.

Ce n’est pas un cas isolé

Le cas de Christine n’a rien d’exceptionnel au pays. Selon des statistiques fournies par les journalistes dans le reportage d’Arte Tv, plus de 1600 enfants ont été retirés de leur famille en 2015 sans aucune rencontre préalable avec les enquêteurs du Barnevernet, soit une augmentation de 70% en 5 ans. Cela représente entre 3 à 5 enfants par jour !

Les étrangers qui habitent la Norvège sont aussi affectés en grand nombre par les mesures du Barnevernet. La BBC en parlait un peu plus tôt, en 2016. L’équipe de journalistes anglais couvre l’histoire de Ruth et Marius, des Roumains. En novembre 2015, les agents du Barnevernet sont venus récupérer 4 des 5 enfants du couple. Ils auraient eu des renseignements indiquant que les parents auraient utilisé un châtiment corporel, ce qui est interdit en Norvège. Le lendemain, après avoir interrogé la mère, des agents sont retournés à leur domicile afin de prendre leur bébé. Cette histoire a aussi reçu une couverture par Vice.

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Dans un autre cas, présenté cette fois-ci par Arte Tv, une femme d’origine tchèque a perdu la garde de ses enfants. Malgré un divorce et l’intervention du gouvernement et des médias tchèques dans cette affaire, Eva a perdu son combat contre l’institution et le Barnevernet a dû mettre ses enfants en adoption.

À la suite de plusieurs cas médiatisés, la communauté internationale a critiqué fortement la Norvège. Selon un article dans Le Parisien, des manifestations ont eu lieu dans plusieurs villes du monde. Melbourne, Bucarest et à Hawaï, des citoyens ont protesté contre le retrait des enfants de Ruth et Marius. Précisons que la Norvège a adopté des politiques familiales différentes de celles de l’Union européenne. L’UE a dénoncé à plusieurs reprises cette situation, sans succès.

La position du Barnevernet

Malgré les critiques, l’institution est persuadée qu’elle agit pour le bien des enfants. Selon un agent rencontré par l’équipe d’Arte Tv, plus de 80% des personnes qui ont reçu de l’aide de la part du Barnevernet seraient satisfaits du service obtenu.

Cet agent croit que malgré l’incompréhension de la communauté internationale, la Norvège a un système « plus avancé », dit-il. « Mon obligation, s’il y a le moindre conflit d’intérêts entre les parents et les enfants, c’est de prendre le côté des enfants », explique-t-il.

La couverture de cette politique familiale à l’internationale ont tout de même changé un peu les choses. Le pays a décidé d’appliquer, depuis le 1er juillet 2016, la Convention de La Haye de 1996 sur la protection de l’enfance. Cette convention empêche la Norvège de prendre une décision seule dans le cas d’enfants de nationalités étrangères, rapportait Arte Tv.

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