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Mar
Pétition pour une vraie éducation
Pétition pour une vraie éducation

C’est jour de budget provincial. Le quart des élèves du Québec sont en difficulté. Plusieurs milliers de citoyens considèrent que les écoles québécoises ne répondent pas à leurs besoins. Ils ont signé la pétition « Ça va pas la tête », dans l’espoir que les choses changent.

Pour François-Olivier Pinard-Herkel, l’homme du duo à l’origine de la pétition, enseigner relève de l’impossible. L’enseignant à l’école secondaire spécialisée Espace jeunesse, située à Montréal, a sous son aile une classe de douze élèves ayant des troubles du comportement. La majorité d’entre eux sont confrontés à d’autres difficultés, comme un trouble du langage.

À la classe de M. Pinard-Herkel, seul un éducateur spécialisé est assigné. Ce dernier a une autre classe à sa charge. Il ne peut donc être aux côtés de l’enseignant à plein temps.

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Les commissions scolaires ont été victimes des mesures d’austérité du gouvernement libéral. Alors que Québec devrait l’injection de 600 millions supplémentaires en éducation en 2017-2018, François-Olivier Pinard-Herkel rappelle que les EHDAA sans diagnostic sévère ont vu leur aide diminuée de moitié. Pour lui, les enveloppes offertes aux jeunes en difficulté ne devraient pas être à la merci des gouvernements, elles devraient être garanties et intouchables. « Aujourd’hui, 47 % d’entre eux décrochent, contre 16 % chez les élèves sans diagnostic », rappelle-t-il.

pétition en éducation

Enseignant-pompier

M. Pinard-Herkel compare son travail à celui d’un pompier. « J’ai trois élèves dans ma classe qui ont de la difficulté en lecture. Ils ont besoin d’une attention particulière. Quand je m’assois avec ces élèves dans le but de les aider, de les rassurer, j’en ai neuf autres qui vont probablement mal vivre le fait que je ne leur donne pas d’attention. En raison de leur trouble du comportement, leur réponse est souvent négative. » L’enseignant qui dit consacrer la majeure partie de son temps à « éteindre des feux ». Pour transmettre son savoir et mettre de côté son boyau d’arrosage, M. Pinard-Herkel aurait besoin d’un éducateur spécialisé en tout temps, sinon, d’une classe moins nombreuse.

« Les élèves en difficulté ont besoin d’adultes. Un enseignant, ce n’est pas suffisant. Il faut un éducateur, un psychologue, un orthopédagogue, un orthophoniste, parce que chaque spécialiste apporte des outils différents à l’enfant en difficulté », souligne-t-il. À ses yeux, l’expertise des intervenants est souvent confondue. À son école, l’orthopédagogue en a beaucoup sur les épaules et doit parfois se faire orthophoniste. « Le quart des élèves québécois sont en difficulté. Et pour le moment on les laisse tomber. Les jeunes ayant un même diagnostic ne peuvent être soutenus de la même manière. Ce sont des individus différents. Et pour venir en aide aux individus, il faut des spécialistes », affirme M. Pinard-Herkel.

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Besoins criants

Comme d’autres enseignants, M. Pinard-Herkel manque de temps. De temps pour lire les dossiers des jeunes, qui sont souvent incomplets, imprécis ou indisponibles, car ils n’ont pas été déplacés en même temps que l’élève vers l’école spécialisée.

De temps pour retrouver les ordinateurs qui sont fournis par la commission scolaire pour aider les dyslexiques, mais qui ont disparu quand l’élève a changé d’école. Pour sensibiliser les élèves à leurs difficultés et à celles des autres. Et surtout de temps pour répondre aux besoins des jeunes, un à un.

M. Pinard-Herkel manque aussi de matériel et de soutien technique. Deux de ses élèves ont droit à des logiciels de lecture vocale sur leur ordinateur, qui ne fonctionnaient pas en période d’examen. « Il y a quelque chose qui ne fonctionne pas dans l’école publique. On hésite à inscrire nos enfants à la polyvalente. Mais quand vient le temps des élections scolaires, les taux de participation tournent autour du 5 %. Il faut arrêter de dire que l’éducation c’est important. Il faut se réveiller », dit-il.

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