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Mai
Soutien aux familles : les aidants naturels, oubliés du système
Soutien aux familles : les aidants naturels, oubliés du système

Ils ont plus de 55 ans et sont pour la plupart à la retraite, mais s’occuper de leurs proches est presque un travail à temps plein. Pour la dernière journée du colloque inversé organisé par le Réseau pour un Québec famille, à l’occasion de la Semaine québécoise des familles 2017, la parole a été donnée aux aînés aidants naturels.

« Si vous n’étiez pas là, qui ferait ce que vous faites ? » a questionné l’animateur. Le silence d’abord, puis quelques réponses timides : le gouvernement, d’autres membres de la famille, le sens de la débrouillardise. Pour ces gens qui prennent soin de leurs propres parents, de leurs enfants ou de leurs petits-enfants au quotidien, les ressources semblent peu nombreuses. « La société ne reconnaît pas notre travail, mais ma mère, oui. Elle n’arrête pas de me dire qu’elle est reconnaissante », raconte Sylvie.

Les discussions entre ces 10 aînés, devant un auditoire d’experts assistant à la rencontre, avaient pour but de réfléchir à des politiques publiques mieux adaptées à la réalité des participants. Les pistes de solutions ci-dessous ont émané des histoires entendues.

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  • Une meilleure diffusion de linformation quant aux ressources disponibles

Il est ressorti que les aidants naturels et les aînés estiment avoir une méconnaissance des services dont ils pourraient bénéficier. Plusieurs croient en effet que davantage d’assistance pourrait leur être accordée, mais ils ne savent pas où la chercher. Par exemple, la mère d’un participant est très malade, mais refuse d’aller dans un CHSLD, qu’elle qualifie de « mouroir ». La solution est pour l’instant qu’elle réside dans le haut du duplex dont la famille occupe le bas, ce qui nécessite toutefois beaucoup d’investissement de la famille. Celle-ci se demande si des ressources seraient disponibles pour que leur mère bénéficie d’une aide hebdomadaire pour les tâches du quotidien. « Avec toutes les coupures du gouvernement, on a l’impression qu’il n’y a plus rien, alors on ne prend pas la peine de chercher », déplore Sylvie.

 Une meilleure transmission de l’information pourrait se faire par davantage de publicité aux bons endroits, ou encore par l’embauche d’une personne chargée d’informer les aînés des ressources à leur disposition. Cette personne pourrait également se rendre chez les aînés, puisque le déplacement peut être difficile pour ces derniers. Une « personne-relais » permettrait de rejoindre ceux qui ont des difficultés de lecture, notamment.

  • Des logements communautaires abordables

D’après les chiffres évoqués par les experts, environ 60% des aînés désirent demeurer chez eux, 20% chez leurs enfants et environ 10% en résidence.  « Si ma mère devait déménager, elle perdrait tous ses repères », estime Jocelyn. De conserver son domicile n’est toutefois pas toujours la meilleure solution, et plusieurs peuvent être amenés à souffrir d’isolement.

La création de résidences communautaires, à coût abordable et participatives, peut être une alternative intéressante. De telles initiatives existent déjà au Québec, mais en nombre relativement faible. Il s’agit d’immeubles où chacun a son logement. La particularité est que le tout est géré par les résidents, du conseil d’administration au comité de gestion et aux loisirs. Cela crée une vie communautaire stimulante et contribue à briser l’isolement. Davantage que les CHSLD, ces centres permettent aux aînés de conserver une autonomie. « C’est important d’être stimulé, pour empêcher la perte cognitive », témoigne Jocelyn.

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  • Création despaces intergénérationnels

L’un des experts a présenté un exemple tiré de sa propre expérience : dans un bâtiment qu’il connaît, le Centre Jeunesse Emploi côtoie le Club de l’âge d’or. Ainsi, par des espaces communs comme la cour arrière, tous sont amenés à se fréquenter et à échanger. Cela bénéficie aux deux générations. Si ce mélange s’est fait un peu « accidentellement », il s’agit d’un bel exemple de cohabitation qui aurait intérêt à être reproduit.

  • Davantage de ressources pour appuyer les aidants naturels

Deux besoins importants sont ressortis des discussions entre les citoyens. D’un côté, certains ont exprimé qu’ils aimeraient avoir accès à davantage de services pour les tâches physiques d’aidant naturel, comme de prendre soin d’un proche en perte d’autonomie. Plusieurs CLSC offrent déjà un tel service, mais il serait parfois difficile d’y avoir accès pour diverses raisons. « Ma mère a 81 ans, est autonome et réside encore dans son grand logement, mais elle a besoin d’aide pour les tâches du quotidien. Ça a pris du temps avant que le CLSC envoie quelqu’un pour nous aider, mais ça fait toute la différence », explique Sylvie.

D’un autre côté, certains ont plutôt exprimé que leurs proches – des parents âgés, par exemple – bénéficieraient plutôt d’une aide plus « sociale ». Pour briser l’isolement, un des répondants a  évoqué l’idée d’une personne qui viendrait tenir compagnie à son parent, quelques heures par semaine. Lorsqu’il incombe à une seule personne de briser l’isolement d’un proche, la tâche peut s’avérer lourde. « Ça prend une continuité dans les gens autour des aînés, des repères qui sont là pour rester », témoigne Rémi.

  • Favoriser lentraide dans la communauté

La question du rôle de la communauté dans la prise en charge des aînés a été soulevée. Dans plusieurs autres sociétés, les voisins, l’entourage ou même des bénévoles jouent un rôle important. Ils gardent les aînés actifs et leur assure une certaine qualité de vie. L’encouragement au bénévolat et la mise en place  d’institutions de collaboration entre les citoyens pourrait alléger la tâche des familles. Cela leur donnera le temps de  s’occuper d’eux-mêmes. « Prendre une petite vacance ou aller faire du yoga, c’est important pour conserver son équilibre », estime Alain.  En s’ouvrant davantage les uns aux autres, c’est toute la société qui pourrait en bénéficier.

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