08
Juin
La protection Web et les jeunes : comment ça marche ?
La protection Web et les jeunes : comment ça marche ?

Nos interactions web laissent des traces. Beaucoup de traces. Chaque publication sur les réseaux sociaux, chaque recherche en ligne produisent des données utilisées à notre insu. Si elles tombent entre les mauvaises mains, la situation peut rapidement dégénérer.

Heureusement, il existe des manières de naviguer sur le Web en optimisant la protection de la vie privée. La tournée Ce que tu publies, penses-y, orchestrée par la ministre responsable de l’Accès à l’information et des réformes démocratiques, Rita de Santis, vise à outiller les jeunes. « On veut sensibiliser les jeunes à la protection des renseignements, au vol d’identité ainsi qu’à ce qu’il faut faire pour conserver une bonne réputation sur le Net », dit-elle.

L’or numérique

Peut-être vous est-il déjà arrivé de voir apparaître des publicités de jouets sur votre fil Facebook. Ce n’est pas un hasard : il y a fort à parier que votre jeune a probablement effectué quelques recherches sur Google. Le moteur de recherche a ensuite vendu vos précieuses données à des compagnies de jouets, qui ont vu là un potentiel acheteur.

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Les applications gratuites comme Facebook et Google trouvent le moyen de s’enrichir autrement que par les poches de leurs clients. Ils le font en récoltant des données sur leurs utilisateurs, puis en mettant ces informations aux enchères parmi les compagnies qui veulent vous vendre des produits. Ce peut être aussi innocent qu’une paire de souliers, mais aussi aller jusqu’aux allégeances politiques. « Cela peut créer une bulle autour de nous, et si on reste à l’intérieur de cette bulle, la liberté de choix qu’on croit avoir n’est pas là », dit Rita de Santis.

Le soi virtuel

« Certains jeunes vivent des situations horribles, parce que des photos qu’ils ont envoyées ont été partagées comme des cartes de hockey », témoigne la ministre. Pour éviter que de telles situations se reproduisent, la tournée a visité plusieurs écoles secondaires du Québec. Des jeunes de 14 à 17 ans ont assisté à une conférence portant sur la protection de la vie privée sur le Web. Plusieurs trucs et conseils leur ont été proposés.

Un bon truc? Il faut donner uniquement les renseignements nécessaires. Notre âge, notre code postal ou notre lieu de naissance contribuent à préciser notre profil virtuel au profit de l’industrie. « Google est un grand Big Brother. Chaque fois qu’on like quelque chose, combiné avec les autres renseignements qu’on donne sur nous, ça contribue à créer notre profil virtuel. Google nous connaît mieux que nous-mêmes, et peut même prédire ce qu’on fera », expose Rita de Santis. Elle rappelle également qu’il n’est pas illégal de mentir sur des informations qui ne sont pas nécessaires à la transaction. On peut bien se rajeunir de quelques années lorsqu’on achète un chandail sur Internet!

S’en parler

« On demandait aux jeunes s’ils aimeraient que leurs parents sachent où ils sont, 24h sur 24, sept jours sur sept. La réponse unanime était « Non! ». Par contre, ils répondaient tous que la géolocalisation de leur cellulaire était toujours active, autorisant d’autres gens à les suivre », constate la ministre.

La désactivation de la géolocalisation, la sécurisation des comptes sociaux et la réflexion avant la publication sur Facebook, Snapchat ou autre: plusieurs écoles secondaires et mêmes primaires abordent déjà ces thèmes avec leurs élèves. La campagne se veut un point de départ à une discussion approfondie, à long terme. « On devrait commencer à en parler en cinquième année, bien avant le secondaire trois », estime la ministre. La Commission d’accès à l’information du Québec propose une section « jeunes », avec des pistes de discussion et du matériel de sensibilisation. Les enseignants et les parents peuvent y puiser information et inspiration.

Naviguer habilement

Il existe également des alternatives aux applications qui récoltent nos données. Groupe Média TFO a signé en mars dernier une entente avec Qwant Junior, un moteur de recherche adapté aux 6 à 12 ans. « L’élément qui nous a interpellés, c’est qu’il protège la vie privée des utilisateurs et refuse tout dispositif de traçage à des fins publicitaires. Il n’installe aucun cookie, donc il ne peut pas suivre les allées et venues des utilisateurs », explique le responsable du développement international et directeur des stratégies d’entreprises chez TFO, Michel Tremblay. Adieu, publicités de jouets.

Qwant a été lancé en France en 2013, et la version canadienne du site junior devrait être lancée à l’automne 2017. Pour l’instant, le moteur est accessible internationalement, mais ses filtres de contenu ne sont pas nécessairement adaptés au vocabulaire d’ici. « Laissés à eux-mêmes, les enfants peuvent tomber sur n’importe quoi. C’est pour ça que Qwant Junior s’oriente vers un créneau jeunesse, parce que c’est une offre rassurante pour les parents ou les enseignants », estime Michel Tremblay. Celui-ci espère faire de Qwant Junior le moteur de recherche de prédilection dans les écoles et les foyers québécois.

Les formes de technologies sont appelées à s’accroître, tout comme les risques y étant liés. Un consommateur averti en vaut deux. Il faudra apprivoiser les dessous des multiples applications qui nous bombardent tous les jours pour ne pas tomber dans le piège des données utilisées contre nous. La conscientisation dès l’adolescence au pouvoir potentiel des données permettra peut-être à la génération numérique de mieux se protéger.

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