08
Juin
Même plus la force de jouer
Même plus la force de jouer

L’Observatoire des tout-petits a publié un rapport sur la violence envers les 0-5 ans. L’occasion de se demander quelles sont les solutions mises en place pour aider ces familles vulnérables. Entrevue avec Diane Lyonnais, membre du conseil d’administration de la maison de la famille de Vaudeuil-Soulanges.

Diane Lyonnais a travaillé pendant vingt ans en tant que gestionnaire des services familles enfance jeunesse en CLSC. Elle a également été directrice adjointe à la direction de santé publique de la Montérégie. Toute sa vie, elle a côtoyé des familles vulnérables et a constaté l’impact des organismes communautaires sur des situations de violences familiales.

Diane Lyonnais

- Annonce -

Planète F : On constate que 26,5% des tout-petits ont été exposé à de la violence conjugale en 2012 et qu’il y a eu 40 % de signalements en plus à la DPJ ces dix dernières années. Comment expliquer cette augmentation ?

Diane Lyonnais: L’augmentation des cas est dû à plus de sensibilité, mais ça reste triste qu’en 2017 il y ait autant de violence conjugale. L’exposition des enfants à la violence dès le plus jeune âge est un facteur d’augmentation de ces chiffres. Ce qui m’inquiète c’est la suite des choses : est-ce qu’on va investir d’avantage en protection de la jeunesse ou en amont sur les conditions qui ont mené à cette situation-là ? Je suis pour l’intervention en amont. À partir du moment où on sait ce qui cause l’état de détresse chez les parents il faut travailler là-dessus. Sur les situations socio-économiques des parents, sur les mesures de conciliation travail-famille, sur les problèmes de santé mentale, sur les violences conjugales.

Les problèmes sociaux sont les enfants pauvres du réseau de la santé. Globalement, les enfants victimes de violences reproduisent le modèle. On dit souvent « on ne peut pas donner ce qu’on n’a pas eu ». Si on vit dans un climat de terreur psychologique en étant enfant, c’est souvent pour la vie.

Planète F: Le rapport de l’Observatoire des tout-petits montre qu’un tout-petit sur quatre a vécu plusieurs forme de violence en 2012. Est-ce que ces chiffres vous surprennent ?

Diane Lyonnais: Ça ne me surprend pas pour deux choses. D’abord, il y a une plus grande sensibilisation à la situation de violence dans les familles. Le personnel scolaire et communautaire est plus enclin à être attentif et à signaler des violences. Ce qui fait augmenter probablement le volume. De plus, la situation des jeunes familles est difficile: cela amène des cas de violences psychologiques, de la violence conjugale, des problèmes de santé mentale chez les parents, du stress, de la difficulté à concilier travail et famille… Les parents sont débordés, fatigués. Certaines intervenantes me disent qu’ils ne savent même plus comment jouer avec leurs enfants. Ce n’est pas surprenant, mais il y a quand même une certaine forme d’espoir. Il y a des programmes qui sont en collaboration entre le centre jeunesse et les services communautaires. Ça va aider, on est dans les mêmes dossiers ensemble. Il faut trouver le moyen de faire connaître les services communautaires. On n’est pas assez enclin à référer les clientèles aux bons services.

Planète F: Qu’est-ce qui est mis en place par les services communautaires pour aider ces familles ?

Diane Lyonnais: Une maison de la famille comme la nôtre à Vaudreuil-Soulanges propose des ateliers de tous types. On a aussi des haltes-garderies gratuites ou à très faible coût pour donner du répit aux parents. Nos ateliers ne sont pas forcément ciblés pour les familles vulnérables, car les maisons de la famille s’adressent à toutes les clientèles. Ça nous permet d’offrir des services à des gens pour qui ça peut faire une petite différence. On voit beaucoup de choses à travers toutes nos activités, on a un lien avec le parent. Ainsi, nous pouvons intervenir et développer une plus forte intensité de services pour des personnes nécessiteuses.

Planète F: Si vous êtes témoin d’une situation de violence sur un enfant, comment intervenez-vous ? Et quelle est la différence avec l’intervention de la protection de la jeunesse ?

Diane Lyonnais: Quand on pense qu’il y a de la négligence ou maltraitance, on va à chercher à nommer ce qu’on voit avec le parent et à lui offrir des services avant que ça se détériore. Nos intervenants sont formés. On s’assure d’avoir fait tout ce qu’on était capable de faire : multiplication des services, haltes-garderies, soutien financier, on les invite à s’inscrire à nos activités. On va référer le parent pour avoir de l’aide. Tous les parents ont peur de la protection de la jeunesse, même s’ils savent qu’ils sont en difficulté. Aucun parent ne veut voir son enfant placé. Mais si tout cela ne donne pas de résultats, si la situation de violence perdure, il n’y a pas d’autre choix que de signaler l’enfant. Quand le signalement est fondé, la situation est plutôt grave.

Il est avant tout essentiel d’impliquer le parent et lui faire réaliser qu’il est dans une situation qui est hors de son contrôle. Les mesures de la protection de la jeunesse sont coercitives. L’avantage des organismes communautaires est qu’ils ne sont pas du tout vus comme menaçants. Puisqu’on n’a pas la loi et la menace du placement au dessus de la tête, on reçoit beaucoup de confidences donc on est capable de travailler rapidement. Parfois ils se confient à nous, avant même d’en parler à leur travailleuse sociale. Notre approche est différente. On préfère travailler en collectif, les mettre en contact avec d’autres parents en soutien. On les expose à quelque chose qui peut faire la différence.

dandelionsave kids (3)

Également sur Planète F
L’inacceptable vulnérabilité Quatre Québécois sur cinq trouvent inacceptable le nombre d'enfants vulnérables qui débutent la maternelle. C’est la grande conclusion que tire l’Obse...
Des Inuits retirés de leur famille pour apprendre le Danois Comme le Canada a fait avec ses communautés autochtones, les autorités danoises ont déraciné des enfants inuits de leur communauté pour prendre en mai...
Les 3 Magaly : rompre le silence en famille Les 3 Magaly. C’est le récit de trois générations de femmes autochtones de la Bolivie. La grand-mère a été assassinée par sa patronne en toute impunit...
Un observatoire des tout-petits La Fondation André et Lucie Chagnon annonce le lancement de l’Observatoire des tout-petits. Un endroit pour colliger l’information de recherche et les...

À propos de Élodie Potente

Elodie termine sa maîtrise en journalisme et médias numériques à Metz, en France. Elle a traversé l'océan Atlantique pour faire son stage à Planète F. Elle a envie de parler de sujets qui comptent, tout en utilisant ses compétences web. Et elle trouvait que Planète F était parfait pour ça!

Commentaires

Laisser un commentaire