06
Juin
Crédit: Lucélia Ribeiro
Publicité alimentaire : les enfants canadiens encore ciblés
Publicité alimentaire : les enfants canadiens encore ciblés

Le Québec peut s’enorgueillir d’être un exemple en matière de restriction sur la publicité alimentaire destinée aux enfants. La Loi sur la protection du consommateur des années 1980 a permis une réduction du taux d’obésité infantile dans la Belle Province. Aujourd’hui, c’est au tour du Canada de s’attaquer à ce fléau national.

Depuis septembre 2016, le Parlement canadien étudie un projet de loi visant à interdire la publicité d’aliments et de boissons pour les 13 ans et moins dans tout le pays. Inspiré du modèle québécois, le projet de loi S-228 vise à freiner le taux d’obésité chez les enfants canadiens, qui n’a cessé de croître dans les dernières décennies.

À la suite de l’adoption du projet de loi, une réglementation sera élaborée pour bannir les publicités alimentaires ciblant les enfants. Les objectifs principaux sont d’éliminer l’étiquetage et l’emballage alimentaire ciblé, ainsi que les publicités visuelles. Les mesures concrètes pour y parvenir restent à déterminer, notamment en ce qui concerne la télévision et l’Internet.

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« Les enfants sont particulièrement vulnérables aux publicités commerciales et susceptibles de voir leurs préférences alimentaires influencées par ces publicités », indique le texte du projet de loi. Généralement, les aliments publicisés sont riches en sel, en gras ou en sucre, et pauvre en nutriments.

Les consommateurs de demain

Cœur + AVC a lancé, au mois de mai, une campagne sous forme de parodie mettant en scène une agence de publicité qui ciblerait exclusivement les enfants. La fausse agence 16 ans et moins expose les techniques de marketing utilisées par les compagnies alimentaires pour séduire le jeune public, des noms accrocheurs aux jingles entraînants.

« Nous tenons à rester vagues. C’est pour cela que nous disons « l’ingrédient secret, c’est la magie »! Même si l’ingrédient secret, c’est le sucre », explique le conseiller interne en santé de la fausse agence. Cette dramatisation illustre un phénomène réel de stratégies de vente directe aux enfants. D’après le Bulletin de santé 2017 de Cœur + AVC, les enfants voient plus de 25 millions de publicités d’aliments et de boissons par année sur leurs sites Web préférés. « Les spécialistes du marketing savent que 90 % des achats de boissons et aliments sont décidés par des enfants », affirme le chef du marketing et des communications à Cœur + AVC, Geoff Craig, dans le Bulletin.

L’autoréglementation inefficace

Le projet S-228 vient pallier les faiblesses actuelles de la protection contre la publicité chez les enfants. Depuis une décennie, l’Initiative canadienne pour la publicité sur les aliments et les boissons destinée aux enfants (IPE) encourage les entreprises à s’autoréglementer. L’initiative est administrée par l’organisme national Les normes canadiennes de la publicité (NCP).

De nombreux experts s’entendent pour dire qu’il s’agit d’un échec. « C’est bon pour l’image des entreprises, mais au-delà des paroles, il n’y a pas d’action concrète. On voit plutôt une augmentation de la publicité ciblant les enfants », explique le responsable des relations gouvernementales à la Fondation des maladies du cœur et de l’AVC (Cœur + AVC), Kevin Bilodeau.

Cœur + AVC a commandé une étude intitulée The Volume of Digital Food and Beverage Marketing to Children and Teens in Canada. Les chercheuses de l’Université d’Ottawa Monique Potvin Kent et Elise Pauzé y constatent que les publicités d’aliments malsains télévisées continuent de viser les jeunes. Sur Internet, elles occupent de plus en plus d’espace sur les sites visités par les enfants.

Des marques comme Fruit Loops, par exemple, proposent deux versions de site Web. Celle pour les enfants d’abord, qui propose une panoplie de jeux mettant en vedette les céréales sucrées. Ensuite, tout en bas à droite, une version pour les adultes, qui vante les supposées qualités nutritionnelles du produit.

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Soutien aux parents ou ingérence?

D’après un sondage de Cœur + AVC, 77 % des Canadiens trouvent difficile de surveiller la publicité adressée aux enfants. L’accès accru aux téléphones intelligents, tablettes et autres électroniques entraîne une plus grande exposition des utilisateurs aux stratégies marketing. Cela se fait souvent à l’abri des parents. Cœur + AVC défend que la réglementation gouvernementale est essentielle afin d’assainir l’environnement et de simplifier la tâche des parents.

« On vit dans un univers obésogène. Les produits malsains sont partout autour de nous. Les parents s’acharnent à véhiculer de bons messages à leurs enfants, mais ils combattent des industries qui investissent énormément d’argent dans des publicités », constate Kevin Bilodeau. Pour celui-ci, l’État a un rôle à jouer pour faciliter le rôle éducatif des parents en faisant en sorte qu’ils n’aient pas à se battre contre des logos de personnages animés, par exemple.

« Le fédéral pourrait couvrir encore plus large que le provincial. Le marketing collé sur les produits, comme des jus de la Reine des Neiges, le fédéral pourrait légiférer pour éviter ça. Le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes pourrait aussi encadrer les sites Web ou les publicités à la télé aux heures de grande écoute », suggère Kevin Bilodeau.

Il s’agirait en somme d’un meilleur encadrement de l’univers des communications sur le plan de l’influence aux enfants. L’adoption du projet de loi S-228 permettra, espérons-le, d’imposer de véritables restrictions à la publicité ciblée.

Le projet de loi S-228 place la limite à 13 ans, soit 3 ans de moins que ce que demande Cœur + AVC. Ce que souhaite l’organisme : des restrictions sur l’étiquetage et l’emballage des produits, et un encadrement de la visibilité des publicités d’aliments malsains destinées aux enfants. Un environnement plus sain permettra le développement de bonnes habitudes alimentaires qui les suivront toute leur vie.

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