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Juil
Avortement : un droit pas si acquis qu’on le croit
Avortement : un droit pas si acquis qu’on le croit

Au Québec, les femmes peuvent bénéficier d’une interruption volontaire de grossesse (IVG)  légale, gratuite et accessible. Et cet automne, la pilule abortive sera également disponible au Québec. Malheureusement, dans beaucoup de pays, le choix d’avoir un enfant ou pas, est un combat.

C’est le drame d’Ashleigh Topley qui a ravivé le débat sur l’avortement en Irlande du Nord. La législation, particulièrement sévère, a contraint la jeune mère à accoucher d’un bébé mort de deux jours. Elle avait appris à sa vingtième semaine de grossesse qu’il ne survivrait pas à l’accouchement.

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Avorter en Irlande du Nord est considéré comme un crime (« felony and criminal offence ») et ce, même si le fœtus est atteint d’une malformation qui peut lui être fatale. Seule solution qui s’offre à ces femmes pour contourner la loi, bénéficier d’une IVG en Écosse ou en Angleterre, où la pratique est légale depuis 1967. Le Royaume-Uni a d’ailleurs accepté le 29 juin de financer l’IVG pour les Nord-Irlandaises qui avortent en Angleterre. La procédure elle-même était déjà gratuite, mais des frais supplémentaires compliquaient les démarches.

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Voyager pour avorter

C’est un peu plus de 800 femmes qui ont quitté l’Irlande du Nord en 2015 pour se faire avorter, affirme Libération. Mais le voyage vers l’Écosse ou l’Angleterre n’est pas toujours aisé. En 2016, une jeune femme avait été condamnée à trois mois de prison avec sursis pour avoir avorté clandestinement. Enceinte à 19 ans, elle avait envisagé le voyage pour avorter. Faute d’argent, elle a commandé des pilules abortives sur Internet. Ce sont ses colocataires qui l’ont dénoncée, après la découverte du fœtus.

Seule exception pouvant rendre un avortement légal en Irlande du Nord, le fait que la vie de la mère, ou sa santé mentale, soit en danger. L’année dernière, l’assemblée parlementaire a rejeté une proposition de loi qui légaliserait l’IVG en cas de viol, d’inceste ou de malformation fatale du fœtus. Un refus qui a entraîné de vives réactions, comme la distribution de pilules abortives par des drones, en signe de protestation. Une seule clinique à Belfast propose l’avortement médicamenteux, mais son accès reste soumis à la dure législation nord-irlandaise. Cela avait néanmoins suffi à créer la polémique lors de son ouverture en 2012.

Le droit à l’avortement encore fragile

Pourtant, le droit de choisir est encore fragile, même dans les pays occidentaux. Ainsi, l’Arkansas prévoit de restreindre l’avortement au consentement du père de l’enfant, ou des parents de la jeune femme si elle est mineure. Un violeur pourra également empêcher sa victime d’avorter.

L’an passé, la Pologne a rejeté l’interdiction totale de l’avortement de justesse et la Russie, premier pays au monde à avoir légalisé l’IVG en 1920, a connu une série de manifestations contre ce droit. L’avortement était autorisé, et même pratiqué de force, en Corée du Nord, mais Kim Jong-Un l’a interdit, ainsi que toute forme de contraception, en 2015.

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La pilule abortive arrive au Québec

A l’inverse, le Québec fait figure de modèle en matière d’accès à l’IVG. Prise en charge depuis 2006, elle est en effet disponible dans beaucoup d’hôpitaux ou de cliniques privées, comme le rappelle Anne-Marie Messier, dans un article de la Gazette des femmes.

Sur une centaine de points de service au Canada, 47 se trouvent au Québec. Pour les femmes à l’Île-du-Prince-Edouard, c’est plus compliqué. Elles doivent se rendre dans une autre province du pays pour bénéficier de l’avortement. Par ailleurs, cette intervention nécessite un seul rendez-vous médical et la patiente est absolument certaine de ne plus être enceinte en repartant.

La pilule abortive sera donc choix supplémentaire. En effet, Gaétan Barrette, ministre de la Santé du Québec, a annoncé que la pilule abortive serait disponible dès l’automne prochain. Approuvée par Santé Canada en 2015, cette pilule sera accessible gratuitement, ce qui permettra aux femmes de mettre fin à une grossesse de 49 jours ou moins, sans chirurgie.

Pour en bénéficier, un médecin devra encadrer l’intervention, notamment en s’assurant que l’avortement soit complet après le traitement. Deux modes de distribution sont à l’étude, la pilule abortive pourrait soit être remise directement par le médecin, soit être prescrite et disponible en pharmacie. Ce sera à la Régie d’Assurance Maladie du Québec (RAMQ) de gérer le programme d’accès.

Une affaire de choix

« Aucune femme ne recourt de gaieté de cœur à l’avortement » expliquait Simone Veil, en 1974. Il n’est pas question de blâmer celles qui n’avortent pas ou celles qui avortent. Chacune a le droit de faire valoir son avis et de juger ce qui est le mieux pour elle. Un droit qu’exprime la journaliste Émilie Laystary, en apportant son propre témoignage, empreint de nuances, dans Slate.

À lire aussi: Nicaragua: lutte pour le droit à l'avortement 

L'avortement dans le monde

Les informations concernant le droit à l’avortement au Sahara occidental ne sont pas disponibles

Source : Le Monde diplomatique

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