06
Juil
Surprotection : plus de mal que de bien
Surprotection : plus de mal que de bien

L’ère est à la surprotection de nos enfants. Et c’est loin d’être une bonne nouvelle. Nos préoccupations en matière de sécurité restructurent le jeu, sédentarisent nos enfants et les rendraient moins résilients.

Si, en voulant assurer à tout prix la sécurité de nos enfants, nous les rendions plus fragiles ? C’est la thèse soutenue par plusieurs études qui pointent du doigt cette tendance à la surprotection, notamment lorsque nos enfants jouent.

Interrogés dans le cadre du Ikea Play Report, des parents de 12 pays ont partagé leurs opinions quant à l’encadrement des jeux de leur enfant. Les résultats sont inquiétants : entre 2009 et 2014, les préoccupations en matière de sécurité liées au jeu ont presque doublé. Ainsi, selon les données de 2014, 51 % des parents ayant des enfants âgés de 0 à 18 ans déclarent qu’ils aimeraient que leurs enfants soient en mesure de jouer davantage à l’extérieur, mais qu’ils sont trop préoccupés par leur sécurité. Un paradoxe, puisque certains de leurs souvenirs les plus heureux impliquent du jeu actif en plein air, tels que jouer dans le bois près de la maison, jouer à la cachette avec des amis, courir avec ses amis jusqu’au coucher du soleil, etc.

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Le paradoxe de la protection

L’organisme ParticipACTION qui promeut la santé et l’activité s’inquiète aussi de ces évolutions. Dans le Bulletin de l’activité physique chez les jeunes 2015, il met en garde contre ce qu’il appelle « le paradoxe de la protection ». « Nous surprotégeons nos enfants pour assurer leur sécurité, mais le fait de les garder à proximité et à l’intérieur peut les amener à être moins résilients et plus susceptibles de développer des maladies chroniques à long terme », développe-t-il.

Selon les données 2016 du Bulletin, seulement 9 % des enfants âgés de 5 à 17 ans bougent au moins 60 minutes par jour, comme recommandé. L’organisme, qui a attribué pour la quatrième année consécutive la note D- à l’ensemble de l’activité physique exercée par les enfants et les adolescents canadiens, considère que « nous supervisons parfois trop leurs jeux ».

En limitant leur activité physique, nous dégradons ainsi leur santé. À l’inverse, en jouant dehors nos enfants passeraient moins de temps assis et devant leurs écrans. Ils amélioreraient ainsi leur condition physique (taux de cholestérol, pression sanguine, densité corporelle, etc.), leur santé mentale, sociale et environnementale.

Les bénéfices du risque

Pour cela, nous devons accepter qu’ils prennent des risques. « Les enfants sont plus actifs lorsqu’ils ont la liberté de se déplacer et de prendre des risques », écrit ParticipACTION dans son Bulletin 2015.
l’Université et le Child and Family Research Institute de la Colombie-Britannique abondent dans le même sens. Dans une étude, les deux institutions démontrent que des terrains de jeux dans lesquels les enfants peuvent prendre davantage de risques augmentent la durée d’activités, les interactions sociales, la créativité et la persévérance.

Dans ce sens, cet été, la ville québécoise de Stoneham-et-Tewkesbury testera une rue qui autorise les jeux libres, comme le hockey. Jusqu’à présent, jouer dans la rue est carrément illégal. La loi sur l’autonomie municipale pourrait faire changer les choses en donnant le pouvoir aux villes de se soustraire aux articles du Code de la sécurité routière, qui interdisent d’entraver la circulation automobile.

Une société qui encourage la surprotection ?

Alors, si laisser nos enfants jouer dehors est si bon pour leur bien-être pourquoi les en priver ? Peut-être parce que les conseils et les mises en garde anxiogènes fleurissent sur la toile. C’est en tout cas l’avis de la blogueuse américaine, Leonore Skenay, qui s’est amusée dans un billet, publié le 20 juin, des conseils et recommandations d’experts qui prohibent tout et n’importe quoi. « Creuser un trou dans du sable humide est dangereux, le sable sec présente des problèmes aussi. Et ne me parlez pas de l’eau », écrit-elle.

Déjà dans l’étude du Ikea Play Report 2015, plus de la moitié des répondants considéraient que « nous surprotégeons nos enfants dans la société actuelle ».

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