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Août
Douleurs après l’accouchement, un calvaire parfois sans fin
Douleurs après l’accouchement, un calvaire parfois sans fin

De plus en plus de femmes prennent la parole pour partager les blessures qu’elles ont subies après avoir donné la vie. C’est le cas de Jennifer. Ses muscles du plancher pelvien étaient si abîmés après l’accouchement qu’ils étaient pratiquement inutiles. Incontinence, douleurs dorsales, rapports sexuels douloureux, des symptômes dont souffrent certaines femmes, mais dont on parle trop peu.

Ce n’est pas nouveau, avant d’être un miracle de la nature, accoucher est une épreuve à ne pas sous-estimer. C’est un acte brutal qui provoque parfois des blessures sévères, difficiles à traiter. Très sollicité, il arrive que le périnée ne supporte pas l’accouchement. S’ensuivent alors des déchirures périnéales, des fistules obstétricales, voire des fractures pelviennes. Une étude américaine aurait conclu que 15% de femmes souffraient de blessures pelviennes aux conséquences irréversibles. Et une autre que presque une femme sur quatre est incapable de faire des exercices de Kegel, de rééducation périnéale.

Pourtant, on parle peu de ce problème. Ce n’est que récemment que certaines trouvent le courage de témoigner. Parce qu’il n’est pas facile d’avouer qu’on n’arrive pas à se retenir jusqu’aux toilettes des mois après avoir accouché, même à son entourage. On souffre de devoir se résigner à porter des couches, parfois plus que son propre enfant. « Il y a un côté honteux de ne pas pouvoir se contenir, se retenir. C’est tout l’apprentissage de la propreté, quand on est grand, quand on est capable de se retenir. (…) Quand on est jeune maman, on a cette honte d’en parler. Et médicalement, on pose rarement la question. Beaucoup de femmes n’en parlent pas. », explique Bernadette de Gasquet, médecin et professeur de yoga. Cela explique pourquoi des mères restent dans l’ignorance pendant des années, avant de découvrir que leur douleur est due à une plaie importante.

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« Si les médecins ne demandent pas, c’est sûr que les femmes ne vont pas en parler. Mais quand on voit le nombre de serviettes vendues, quand on voit la pub de Tena ou Always, on comprend que le marché est énorme. Et c’est dans tous les pays. »
Bernadette de Gasquet

Prévenir ces maux

Pour le docteur spécialisé en rééducation périnéale, il faut repenser l’accouchement. « Plus la femme est immobile sur le dos, plus elle va forcer et il y a de façon très fréquente, des espèces de vrille et d’asymétrie dans le bassin, qui donnent des douleurs de type sciatique, souvent à vie. », explique Bernadette de Gasquet.

La position médicale classique complique la sortie du bébé, car elle est fermée et oblige ainsi la future mère à pousser plus qu’elle ne devrait. En poussant trop fort, elle fait descendre ses organes et, au contraire, fait remonter le bébé. Et l’épisiotomie n’a pas aidé à réduire les risques de déchirures. « On a cru que ça allait régler le problème. Il s’est avéré que non et qu’il y a autant d’incontinence suite à une épisiotomie que si on n’en fait pas. Le risque de déchirure existe, mais il n’y avait pas 100% de déchirures alors qu’on faisait 100% d’épisiotomie, puisque c’était systématique. ». Aujourd’hui, la pratique de l’épisiotomie a grandement baissé, mais elle fait toujours débat.

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« Le vrai enjeu, c’est de ne pas pousser vers le bas », résume Bernadette de Gasquet. L’incontinence est avant tout due à une descente d’organes, car, lors de l’accouchement, la femme ne fait pas seulement descendre le bébé en poussant. Les organes comme la vessie et les intestins sont également amenés vers le bas, ce qui explique les troubles ressentis ensuite. Et ce, même sans déchirure périnéale ou autre blessure notoire. Sans compter la durée des poussées, encore bien trop longue au Québec, qui prend parfois plusieurs heures. On commence cependant à reconnaître les bénéfices d’attendre un accouchement vaginal spontané.

Lors de sa thèse, Bernadette de Gasquet avait remarqué l’intérêt d’attendre un réflexe expulsif, c’est-à-dire le moment où la mère ne peut plus retenir le bébé et que le corps pousse tout seul. Cela diminuait grandement la possibilité de souffrir d’incontinence urinaire, tout comme le fait de pousser moins de dix fois lors de l’accouchement. « Ce réflexe fait sortir le bébé, mais ne fait pas descendre l’utérus. », explique-t-elle. Un phénomène pourtant encore très mal expliqué dans les universités de médecine et trop peu étudié.

Le rôle de la rééducation périnéale

Encouragée depuis des années, présentée comme un remède miracle, la rééducation périnéale ne fonctionne pas toujours selon Bernadette de Gasquet. Et pour cause, ce n’est pas forcément la solution adéquate. « On raconte des histoires aux femmes. », affirme le docteur de Gasquet, après avoir observé elle-même ses effets pendant quarante ans. Muscler le périnée seul n’aura pas beaucoup d’impact, cela peut aider à se contenir une ou deux fois lors d’un effort, mais pas sur le long-terme », croit-elle.

Ce qui aide, c’est la prévention, il faut travailler le périnée avec les abdominaux et le diaphragme. « Tant qu’on reste sur le périnée tout seul, on ne pourra pas avancer, il y a tout le reste du corps qui pousse dessus, ça ne peut pas tellement marcher. », explique-t-elle. On peut ainsi avoir un périnée en parfait état et souffrir d’incontinence urinaire.

Livres de Bernadette de Gaquet sur le sujet
Accouchement, la méthode de Gasquet, Marabout, 2012
Périnée, arrêtons le massacre !, Marabout, 2011

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