15
Août
Mon ado est accro aux jeux vidéo
Mon ado est accro aux jeux vidéo

Dans l’univers des jeux vidéo, la ligne est mince entre la passion et la dépendance. De plus en plus de joueurs en font une carrière, mais d’autres tombent dans le piège de l’abus. Pour que le jeu reste un jeu, il faut garder un certain équilibre.

AU-DELÀ DU DIVERTISSEMENT

Durant les trois dernières années, Annie en a vu des vertes et des pas mûres. Son fils, Gabriel (nom fictif), a lâché l’école en secondaire trois en raison d’une dépendance aux jeux vidéo. « Dans le temps, il n’allait pas bien. Il était toujours fatigué. On a réalisé qu’il jouait la nuit, donc on enlevait les jeux avant d’aller se coucher », raconte-t-elle. Bientôt, cette stratégie n’a plus suffi puisque Gabriel a arrêté d’aller à ses cours pour jouer le jour. Annie a dû retirer les jeux pendant la journée aussi. « Il faisait des crises, il vidait les armoires. Il attendait pendant la journée. On lui remettait ses jeux le soir, puis on les enlevait… » Le cauchemar.

Annie a finalement convaincu son fils de suivre une thérapie interne de 8 à 10 semaines au Grand Chemin, un centre qui vient en aide aux jeunes aux prises avec une dépendance. Gabriel avait alors 14 ans. Il a complété 6 semaines du programme. « Il ne comprenait pas trop ce qu’il faisait là. Quand il est sorti, ça a été un peu plus facile pendant un temps. Il consultait la psychologue de son école, était dans une classe spécialisée », explique Annie.

- partenaire -

Impossible toutefois d’arrêter complètement les jeux vidéo. « On a mis des limites : des plages de jeu définies, l’interdiction de jouer dans sa chambre. Mais c’est encore difficile, on aimerait qu’il retourne en thérapie », témoigne la mère. Aujourd’hui, Gabriel a 17 ans et complète son secondaire. Il parle d’éventuellement travailler dans les jeux vidéo, mais l’aspect « discipline » demeure son point faible. « Il manque d’envie, de motivation. C’est comme une drogue », constate Annie, qui doit toujours ranger les jeux vidéo la nuit.

Un phénomène en hausse

Si cette histoire vous sonne des cloches, dites-vous que vous n’êtes pas seul. La cyberdépendance et la dépendance aux jeux vidéo sont de plus en plus fréquentes. Devant les demandes de parents et même d’adolescents, le Centre de réadaptation et dépendance (CRD) de Montréal a créé en 2001 un programme d’intervention en jeu pathologique. « On crée des plans d’intervention individualisés, à long terme. Le suivi peut s’étendre sur un, deux ans, avec une trentaine de rencontres », explique le travailleur social du programme, Gino Simard.

Le programme vient en aide aux dépendants, mais aussi à tout leur entourage, qui est également affecté. « Souvent, il n’y a plus de dialogue, constate Gino Simard. On essaye de le rétablir. Les parents ressentent parfois une impression d’échec. Ils doivent comprendre que ce n’est pas de leur faute. » Le jeune n’a pas nécessairement conscience de sa dépendance, ou encore il la minimise. Cela rend la situation difficile à gérer, et de nombreux facteurs peuvent influencer la démarche. Dans tous les cas, il s’agit de reprendre le contrôle d’une obsession qui a dégénéré.

« On détermine des limites claires et des objectifs atteignables. Pour certains, ce sont des buts simples comme de dormir la nuit, de bien s’alimenter et d’avoir une bonne hygiène. Pour d’autres, c’est plus au niveau relationnel, ou encore diversifier les activités », explique le travailleur social. La lutte au décrochage scolaire fait également partie intégrante du programme, tout comme le soutien motivationnel.

À lire aussi: Les adeptes de jeux vidéo se professionnalisent

Identifier les causes

L’archétype du joueur en ligne évoque le plus souvent un homme, plus ou moins solitaire, qui a transformé son sous-sol en antre de gaming. La réalité est plus complexe. « Le phénomène est souvent associé à des problèmes en santé mentale. Anxiété, dépression, phobie sociale… Plusieurs études établissent une corrélation de 30 à 40% des cas où la cyberdépendance est liée à un Trouble du déficit de l’attention (TDA), avec ou sans hyperactivité (TDAH) », note Gino Simard.

Les jeux vidéo sont une source de stimulation extrêmement intéressante pour les hyperactifs. Particulièrement les MMO, jeux en ligne où les joueurs interagissent ensemble dans un monde virtuel. Les fameux League of Legends et World of Warcraft entrent dans cette catégorie. « On y perd la notion du temps. Et comme il y a toujours quelque chose à y faire, c’est très difficile de décrocher », observe le travailleur social.

Même son de cloche du côté d’Annie, qui a constaté que son fils arrivait à être extrêmement concentré dans ses jeux vidéo, malgré son TDA. « Ça le stimule, ça le valorise énormément. La majeure partie de ses amis jouent aussi, mais il a coupé les ponts avec ses amis de l’extérieur. »

Ce fut l’un des signaux d’alarme : la coupure progressive d’avec le monde extérieur. « Gabriel a arrêté de faire du sport, lui qui était très actif. Il a perdu tout équilibre de vie », déplore Annie. C’est aussi là que Gino Simard pose la limite : si le jeune n’est plus capable de fonctionner, d’accomplir ce à quoi on pourrait s’attendre de lui, c’est que la situation dégénère. « Ce n’est pas une question d’heures. On peut jouer des heures sans être dépendant. Mais si ça empiète sur les autres sphères de la vie, c’est un problème. »

Trouver l’équilibre

Il n’y a pas de marche à suivre universelle pour encadrer le jeu vidéo chez les enfants ou les ados. Il y a tout de même quelques pistes de solutions qui peuvent éclairer,  à commencer par le dialogue. « On peut s’attendre à de l’opposition, mais c’est important de s’intéresser à ce que le jeune fait, de comprendre sans juger. Si on est inquiet, on explique pourquoi, sans faire porter le blâme à son ado », conseille Gino Simard. Il suggère également d’éviter que le jeune s’isole, par exemple en retirant les jeux électroniques de la chambre.

À lire aussi: Dix raisons de jouer ou non aux jeux vidéo

« On peut établir des règles de vivre-ensemble, des plages horaires de jeu à respecter. C’est important de trouver des stratégies ensemble, d’être empathique », poursuit-il. Les jeux vidéo demeurent le principal loisir de nombreux individus, et ça n’est pas forcément malsain. C’est parfois une grande source de valorisation et même de développement social. Mais pour que ça fonctionne, il faut trouver un équilibre, et cela passe d’abord par la communication.

Encadrer le jeu vidéo

Également sur Planète F
Passer les Fêtes à la maison… sans la famille élargie Le tourbillon des fêtes : souper par-ci, dîner par-là, échanges de cadeaux, réveillon.... Ce n’est pas toujours de tout repos. Et si on fêtait Noël en...
Famille sans enfant Une famille sans enfant, est-elle une « vraie » famille? Un article publié dans 20minutes en France parle de ces femmes qui ne veulent pas d'enfant...
À chacun son logement Chaque famille a ses priorités et ses obligations en terme d’habitation. Certaines familles préfèrent être locataires, alors que d’autres envisagent d...
L’inacceptable vulnérabilité Quatre Québécois sur cinq trouvent inacceptable le nombre d'enfants vulnérables qui débutent la maternelle. C’est la grande conclusion que tire l’Obse...
La voiture, un espace familial Trajets quotidiens, départ en vacances, dans l'habitacle particulier de la voiture, les familles sont réunies pour un temps plus ou moins long. Dans c...
Comment se déplacent les familles ? Le Partenariat de recherche Familles en mouvance de l’INRS organisait une journée de réflexion sur la mobilité des familles. Comment se déplacent les ...

Commentaires

Laisser un commentaire