06
Sep
Regretter d’être mère, un aveu compliqué
Regretter d’être mère, un aveu compliqué

La maternité comme accomplissement en tant que femme est une image encore bien répandue dans le monde. Pourtant, ce n’est pas une source de bonheur pour toutes. En 2011, l’actrice française Anémone créait l’indignation en confiant qu’elle aurait été plus heureuse si elle n’avait pas eu d’enfant. Si elle expliquait ce sentiment par son désir de se consacrer davantage à sa carrière, beaucoup de raisons peuvent expliquer qu’une femme en vienne à regretter d’être mère.

Une première précision s’impose. Regretter d’être mère ne veut pas dire qu’on n’aime pas ses enfants. Des femmes regrettent amèrement leur maternité mais cela ne les empêche pas de chérir leur progéniture. C’est ce que montre par exemple le témoignage de Tammy  : «  Je ne pense pas que ça en valait la peine. Ne vous méprenez pas, j’aime mes enfants. Mais le coût est terrible, sur le plan mental, émotionnel et physique. ». Autant  d’éléments qui prennent parfois le pas sur la supposée joie accompagnant la naissance d’un enfant.

Plusieurs raisons peuvent expliquer pourquoi ces femmes ont des enfants et le regrettent. Mauvaise préparation, sous-estimation de la réalité maternelle, pression sociale… Pour beaucoup, la femme est destinée à enfanter et s’éloigner de cette voie est inconcevable. Pour Carrie, c’est sa belle-mère qui l’a poussée à garder le bébé, malgré sa volonté d’avorter. Elle avait 22 ans et des études à poursuivre, mais elle s’est retrouvée emprisonnée dans une maternité qu’elle ne désirait pas.

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Un sentiment présent partout

La sociologue israélienne Orna Donath est devenue une référence sur ce sujet sensible. À 16 ans, elle savait déjà qu’elle ne voulait pas d’enfant. Cette décision n’a jamais changé au fil des années. En 2015, elle rédige une thèse à partir de 23 entrevues avec des femmes israéliennes qui regrettent d’être devenues mères. Or, son étude a trouvé un écho bien plus important et elle a reçu des témoignages venant du monde entier. Elle a approfondi ses recherches, qui ont donné lieu à un livre, Regretting Motherhood, sorti l’année dernière. Un hashtag du même nom a même été créé sur Twitter et il est toujours utilisé à l’heure actuelle. Il existe également une page Facebook, I Regret Having Children, depuis 2012, où sont publiés des témoignages anonymes.


La sociologue donne ainsi plusieurs clefs sur ce sentiment, qui déconcerte beaucoup de personnes. « Parce qu’on le leur suggère, certaines femmes imaginent qu’elles aimeront être mère « par la suite ». Et l’enfant paraît. Et rien ne change. ». Il est souvent difficile d’imaginer qu’une femme puisse ne pas vouloir être mère. Dans toutes les religions, la femme est destinée à enfanter, ce qui explique que cette conception est encore présente partout. Si une femme conteste cette idée, elle est vue comme un danger. Elle est marginalisée. Orna Donath compare ce rejet à l’homophobie, les deux trouvant leurs arguments fondamentaux dans le besoin de survie de l’humanité. Puisque l’Homme doit prospérer, il doit se reproduire et ne peut donc concevoir que certains s’y refusent.

Le discours d’Orna Donath n’est pas de refuser l’idée de la maternité pour toutes ou de la catégoriser comme un obstacle par défaut, qui empêcherait toute femme de s’épanouir. L’important, c’est d’accepter la pluralité d’identités chez les femmes : « Du moment que tout le monde ne doit pas rentrer dans le rang, au risque de ne pas être considérée comme une « vraie femme » si elles ne deviennent pas mères, alors pourquoi pas ? ».

La maternité, encore un frein au travail

Un facteur que l’on retrouve souvent dans ces témoignages, c’est que la maternité a empêché beaucoup de femmes d’avoir l’avenir professionnel auquel elles aspiraient. Cela explique pourquoi l’étude d’Orna Donath a eu un tel retentissement en Allemagne, où il est encore difficile de composer entre vie familiale et professionnelle. L’étude de YouGov montre qu’une Allemande sur cinq regrette d’être devenue mère et que 44% affirment que la maternité a un effet négatif sur leur vie professionnelle.

Pourtant, les femmes en Allemagne disposent d’un congé maternité de trois ans, mais seules celles qui ont une stabilité professionnelle peuvent en bénéficier. Or, à la fin de leurs études, elles peinent encore à trouver un travail permanent. Et si le congé maternité est a priori si généreux, c’est qu’il est difficile de trouver des garderies pour les enfants âgés de moins de trois ans.

Sans compter la pression sociale que subissent les Allemandes. Il y a plusieurs exigences auxquelles doivent se plier les mères, faute de quoi, les jugements négatifs se mettent à fuser. Allaiter pendant six mois, faire dormir le bébé pour le rassurer et confectionner un immense gâteau impressionnant pour la fête de l’école, dans les grandes lignes. « En Allemagne, la conception de la maternité est celle d’un sacrifice total de soi », explique Barbara Vinken, auteure d’un ouvrage sur le mythe de la mère allemande.

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Et les pères alors ?

Ils ne sont pas moins nombreux à affirmer regretter leur paternité, mais leur parole est plus libérée, plus facile à accepter pour la société. « Les pères ont le droit d’avoir des identités à multiples facettes, et sont même félicités quand ils sont des parents engagés. », dénonce Susan Rohwer, une blogueuse, à l’occasion de la fête des mères. En résumé, être père est vu comme un bonus, et non pas une nécessité biologique pour la survie de l’espèce.

On demande d’ailleurs rarement à un père avec un poste important comment il arrive à concilier la famille et le travail. Alors qu’une femme dans un poste de pouvoir, comme Sheryl Sandberg ou Marissa Mayer, se fait demander comment elle peut concilier maternité et travail. Au point qu’Anne-Marie Slaughter, la première femme directrice de la politique de planification au Département d’Etat, se soit fait une raison. Elle écrit un article intitulé « Why Women Still Can’t Have It All », les femmes ne peuvent toujours pas tout avoir.

Autre facteur qui explique pourquoi le sujet est moins controversé pour les hommes : la grande majorité des types de contraception concerne les femmes. Orna Donath explique que si la société a aussi beaucoup de mal à entendre ces femmes qui souffrent d’être mères, c’est qu’elles sont désormais responsables du contrôle de leur fécondité. Avec ce droit, s’est ajouté un devoir, qui pousse à penser que si une femme a fait le choix de devenir mère, elle ne peut pas ouvertement le regretter.

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