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Les garçons aussi ont le droit de pleurer
Les garçons aussi ont le droit de pleurer

« Les garçons aiment le soccer », « Les hommes sont forts », « Un gars, ça ne pleure pas ! ». Les clichés masculins mènent encore la vie dure aux garçons. La preuve – et les solutions! – dans les histoires pour enfants.

Si les parents encouragent de plus en plus leurs filles à jouer aux camions ou à faire des études en ingénierie, peu nombreux sont ceux qui souhaitent voir leurs fils se déguiser en princesses ou devenir éducateurs en garderie.

La YWCA de Québec a bâti un répertoire de littérature jeunesse dans le but de promouvoir des modèles et des comportements égalitaires. Intitulée Kaléidoscope, la plateforme web propose 250 livres pour enfants de 0 à 12 ans, sans contenu sexiste ou stéréotypé. « Nous avons trouvé des tonnes d’histoires de princesses modernes, mais il y a beaucoup moins de livres qui réinventent ce qu’est un garçon », constate Catherine Plouffe Jetté, agente de développement pour l’institution de Québec.

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Pourquoi une telle disparité dans la littérature jeunesse ? « On cherche à éveiller l’intérêt des garçons pour la lecture en collant au plus près de leurs centres d’intérêt, d’où par exemple les séries autour du hockey », avance Anne-Marie Fortin, responsable des communications chez Communication-Jeunesse. Cet organisme à but non lucratif défend la littérature québécoise et franco-canadienne pour les jeunes.

Catherine Plouffe Jetté abonde dans le même sens : « La société n’accepte pas si bien que les héros soient sensibles, montrent leurs émotions, et s’approprient des attributs féminins. »

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Pour dépasser l’archétype de la virilité

De l’enfance à l’âge adulte, nous forgeons notre identité en fonction des modèles qui gravitent autour de nous. Alors, quels exemples de héros diversifiés donner à nos enfants pour défaire les clichés de la masculinité ? Nous avons entre autres puisé dans le répertoire de Kaléidoscope et dans la bibliothèque de Communication-Jeunesse pour trouver des histoires de garçons qui rompent avec ces stéréotypes.

S’affranchir des normes vestimentaires

« Les garçons ne portent pas de robe », affirme la petite Rebecca dans Boris Brindamour et la robe orange. Pourtant, ce que Boris préfère, c’est se déguiser avec la robe orange « qui lui rappelle les tigres, le soleil et les cheveux de sa maman ». Le héros se trouve d’abord confronté aux moqueries de ses camarades, avant que l’envie de jouer tous ensemble ne prenne finalement le dessus sur les normes de genre instaurées par les adultes.

Choisir librement ses jouets

Encore aujourd’hui, un garçon qui joue à la poupée est susceptible de s’attirer les regards réprobateurs de son entourage. Dans La poupée d’Auguste, le héros se heurte au refus de son père, qui préfère le voir s’amuser avec « des jeux de garçon ». C’est la grand-mère qui achète finalement la poupée espérée, expliquant qu’elle le préparera à devenir un bon papa.

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Faire ce qu’on aime

Oui, on peut avoir envie de danser le ballet quand on est un gars ! Dans Plus léger que l’air, non seulement, Junior, surnommé Bouboule, souffre d’embonpoint, mais en plus il rêve de tutus roses. Une thématique qui trouve un écho dans Billy Elliott, le film où Billy, 11 ans, se découvre une vocation pour la danse dans l’Angleterre minière en crise des années 80.

Prendre soin des autres

Bien sûr, les dessins animés font souvent la part belle aux stéréotypes. Steven Universe, la première série animée créée par une femme, Rebecca Sugar, et diffusée sur Cartoon Network, se révèle particulièrement progressiste. Elle a pour thème principal la famille et comme personnage central Steven. Ce jeune garçon hérite de pouvoirs de protection et de guérison, tandis que les personnages féminins, eux, sont dotés de pouvoirs d’attaque.

Être sensible

 Si le véritable courage, ce n’était pas de faire usage de ses muscles, mais plutôt d’assumer sa vulnérabilité ? C’est ce que nous apprend Louis, 11 ans, lorsqu’il imagine sa déclaration d’amour à Billie, dans le magnifique album Louis parmi les spectres.

Être soi-même

Finalement, l’important c’est d’oser être soi ! C’est le message du livre Tu peux, gratuitement téléchargeable sur Internet. L’auteure québécoise Élise Gravel y déconstruit avec humour les stéréotypes de genre : « C’est un petit truc très simple qui va droit au but : vous y trouverez des filles qui pètent, des garçons sensibles, des filles drôles et des garçons qui prennent soin des tout-petits. »

 

Généraliser la transgression des rôles sociaux

Peut-on imaginer qu’un jour l’organisation de la société sur la distinction filles-garçons devienne obsolète ? Dans le roman futuriste Alex l’extraterrestre, quand le héros débarque dans une classe d’école primaire, ses camarades n’ont de cesse de déterminer si c’est un garçon ou une fille. Mais l’élève, doué tant pour le sport que pour les matières académiques, semble ne pas comprendre leurs questions…

Retour à la réalité de 2017. Pour Catherine Plouffe Jetté, il y a encore beaucoup de chemin à faire autour des stéréotypes masculins. « La difficulté à trouver des ressources est réelle. Et pour plusieurs, ce n’est sans doute même pas un enjeu ! C’est la transgression des rôles sociaux dans son ensemble qui doit être normalisée. » La promotion de nouveaux modèles masculins commence avec les livres et les films que nous partageons avec nos enfants. Elle s’inscrit dans une évolution de société sur le long terme, et va de pair avec le partage des tâches ou celui du congé parental.

 

Bibliographie et filmographie

Boris Brindamour et la robe orange, écrit par Christine Baldacchino et illustré par Isabelle Malenfant, Bayard Canada, 2015. (6-9 ans)

La poupée d’Auguste, écrit par Charlotte Zolotow et Clothilde Delacroix, Talents Hauts, 2012. (4-9 ans)

Plus léger que l’air, écrit par Simon Boulerice et illustré par Agathe Bray-Bourret, Québec Amérique, 2015. (6-10 ans)

Billy Elliott réalisé par Stephen Daldry, 2000.

Steven Universe, créée par Rebecca Sugar sur Cartoon Network.

Louis parmi les spectres, écrit par Fanny Britt et illustré par Isabelle Arsenault, Éditions la Pastèque, 2016. (12-17 ans)

Tu peux, par Élise Gravel, en ligne, 2015. (0-6 ans).

Alex l’extraterrestre, écrit par Emmanuel Trédez et illustré par Élodie Balandras, Talents Hauts, 2011. (9-12 ans)

 

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