08
Nov
Cours d’éducation sexuelle sur les réseaux sociaux
Cours d’éducation sexuelle sur les réseaux sociaux

Faute d’apprendre la sexualité à l’école, les adolescents québécois ont le réflexe de se tourner vers le Web pour trouver réponse à leurs (nombreuses) questions. Sur les réseaux sociaux, des « cours » d’éducation à la sexualité dans le langage des jeunes voient le jour.

« C’est tu normal que… ? » Bien des adolescents de la génération Y ont trouvé réponse à cette question en classe dans l’ancien cours de Formation personnelle et sociale ou encore dans le livre Full sexuel, de la sexologue Jocelyne Robert. Depuis la dernière décennie, les adolescents, n’ayant plus accès à une éducation sexuelle formelle en classe, ont plutôt le réflexe de chercher des réponses sur le Web.

Pour contrer la désinformation et l’émergence des « articles de sexopop », Émilie Veilleux et Isabelle Arcoite, alors étudiantes en sexologie à l’UQAM, ont lancé à l’automne 2016 leur chaîne YouTube On SEXplique ça. Y dont diffusées des capsules sur une foule de sujets qui touchent l’éducation sexuelle, des agressions sexuelles à l’identité de genre en passant par les infections transmises sexuellement (ITSS).

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À lire aussi : Un jeu pour sensibiliser aux ITSS

« Notre objectif est de fournir aux jeunes des informations fiables pour les guider dans leur découverte de leur identité sexuelle », affirme Émilie Veilleux. À la fin de chaque vidéo, les sexologues dirigent les internautes vers les ressources adaptées aux thèmes abordés.

Le contenu diffusé sur les réseaux sociaux de On SEXplique ça répondent aux critères du ministère de l’Éducation. « On s’est inspirées de la grille du ministère pour bâtir nos capsules », ajoute Émilie Veilleux. Les têtes d’affiche de cette chaîne éducative espèrent ainsi que leurs vidéos seront utilisées en classe.

Outiller les adultes

Un projet-pilote est en cours depuis 2015 dans une poignée d’écoles secondaires du Québec pour réintroduire l’éducation sexuelle à travers l’enseignement des autres matières ou par une variété d’interventions du personnel scolaire. Dans la foulée des dénonciations d’agressions sexuelles, Québec a dit vouloir remettre la formation dans toutes les écoles à la rentrée 2018.

« Nous avons parlé à plusieurs professeurs et je peux vous dire que les enseignants se sentent démunis », soulève Émilie Veilleux, qui effectue présentement un stage dans une école secondaire de la métropole.

La plateforme Unisexéducation répond d’ailleurs à ce besoin. Cette école virtuelle vise à outiller les adultes – enseignants, parents, éducateurs, intervenants – afin qu’ils se sentent en confiance et osent intervenir auprès des jeunes de 0 à 18 ans. « On n’a pas besoin d’être des experts pour faire de l’éducation à la sexualité, croit Marie-Christine Pinel, sexologue et directrice d’Unisexéducation. Il faut par contre avoir un minimum de connaissances. »

Sortir du virtuel : essentiel

Marie-Christine Pinel est ravie de voir émerger ces plateformes éducatives sur le Web qui s’adressent directement aux adolescents. « Mais il y a quand même un manque d’interventions qui peuvent être faites par des adultes proches en qui le jeune a confiance, à qui il peut se référer s’il veut aller plus loin dans sa réflexion », nuance-t-elle.

Comment embrasser, vierge, relation sexuelle : malgré tout, ces mots-clés entrés dans Google mènent bien souvent vers des sites Web non éducatifs… « Le jeune, s’il n’a pas un adulte à côté pour l’accompagner, comment peut-il discerner ce qui est bon pour lui et ce qui ne l’est pas? », questionne Marie-Christine Pinel.

Bien qu’elles croient en leurs classes virtuelles, les sexologues à qui nous avons parlées sont catégoriques : le contenu éducatif qu’on retrouve sur YouTube ne peut être la seule source d’éducation à la sexualité pour nos jeunes. Autrement dit, c’est un bon point de départ pour les inviter à réfléchir et en discuter avec des adultes… dans le monde réel de la maison, de l’école ou de la Maison des Jeunes du quartier.


D’autres ressources virtuelles

Éducation sexuelle en facetime

Les ateliers SexURL proposent aussi des capsules sexo-éducatives. Dans la voiture, sur le balcon ou en facetime, un duo de jeunes sexologues déboulonne les mythes sur la sexualité. Elles répondent aussi aux questions que leur soumettent les ados avec un ton humoristique et dans un langage qu’ils connaissent.

Application pour préados

Les jeunes de 9 à 12 ans ont quant à eux accès à LOOV, une toute nouvelle application d’éducation à la sexualité disponible sur les tablettes électroniques. Cette application est née d’un carnet éducatif du même nom. Notre chroniqueuse Nadia Lévesque nous en parle d’ailleurs ici. Les jeunes utilisateurs sont invités à interagir par l’entremise de vidéos de situations quotidiennes, quiz et de capsules informatives. Une seconde version pour les adolescents de 12 à 14 sera bientôt disponible.

Sexo par textos

Le Portail VIH/sida du Québec offre des échanges virtuels et anonymes. Via Sext’Info, les jeunes peuvent poser leurs questions sur la sexualité par texto (514 400-9301). À l’autre bout du clavier, une équipe de professionnels formés en sexologie. Un service de notification permet aussi d’annoncer de façon anonyme à ses anciens partenaires que l’on est porteur d’une ITSS. Le Portail offre également un traitement gratuit aux personnes infectées.



Pour aller plus loin

Consultez notre dossier : L’éducation sexuelle : trop peu, trop tard ?

Lisez cette chronique de notre éditrice : L’éducation sexuelle à l’ère d’Internet

Découvrez ce qui se fait ailleurs : L’éducation sexuelle en Norvège

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