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Garderie privée en milieu familial : une flexibilité pour des parents
Garderie privée en milieu familial : une flexibilité pour des parents

Les éducatrices propriétaires de milieu de garde familial privé ont manifesté dimanche à Sherbrooke, Québec et Ottawa contre le projet de loi 143. Elles craignent la fermeture de milliers de garderies en raison de la diminution des revenus qui en découlerait. Et cela laisserait de nombreuses familles à court de solutions, estiment-elles.

S’il est adopté, ce projet de loi obligerait les garderies privées en milieu familial à réduire le nombre d’enfants dont elles ont la responsabilité pour des raisons de sécurité. Le ratio d’enfants passerait de 6 à 4 enfants, incluant les enfants de moins de 9 ans des éducatrices. Actuellement, les garderies privées en milieu familial peuvent accueillir 6 enfants, les leurs ne faisant pas partie du nombre.

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Nous avons parlé à Alexandra Drolet, propriétaire d’une garderie privée en milieu familial à Sainte-Foy. Avec une formation en droit, cette éducatrice et maman de trois enfants fait partie des femmes à la tête du mouvement contre ce projet de loi.


En quoi le projet de loi 143 affecterait-il les parents?

Si le projet est accepté tel quel, le milieu de garde familial privé va être appelé à s’éteindre. Il n’y en aura plus. Par exemple, dans mon cas, je passerais de 6 enfants à 3 enfants du jour au lendemain, car ma fille de 8 ans compterait dans l’équation. À long terme, nos garderies ne seront plus rentables, et les parents ne peuvent pas débourser davantage non plus. Donc, on est appelés à fermer nos portes. Les parents vont alors se retrouver devant trois choix : les CPE, les garderies privées en installation et les garderies en milieu familial subventionnées.

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Quels sont les avantages pour les parents de faire affaire avec des garderies privées en milieu familial?

Ce qui nous différencie des CPE et des garderies privées en installation, c’est la flexibilité que nous offrons aux parents en ce qui concerne les horaires. Même si j’ai des heures d’ouverture définies, ça arrive que les parents me disent : « Alex, je vais arriver en retard, peux-tu le faire souper, lui donner son bain? » On représente la flexibilité, la stabilité. Bref, on est l’extension de la famille.

D’ailleurs, de nombreux parents m’ont confié avoir souhaité rester à la maison. Ils m’ont demandé : « Peux-tu faire ce que moi j’aurais fait avec mon enfant ? » En d’autres mots, on joue le rôle de deuxième maman. Notre rôle ne s’arrête pas à l’éducation des enfants. C’est de les aimer et de s’occuper d’eux, à la manière d’une maman. Nous avons des façons de faire différentes des CPE ou des garderies en installation sur l’aspect éducatif notamment.

Comment peut-on s’assurer d’avoir des milieux de garde de qualité sans mettre des balises claires et une réglementation obligatoire?

Le gouvernement veut régir les garderies clandestines. Québec vise les usines à bébés, ces endroits où il y a trop d’enfants. Mais je ne vois pas en quoi le projet de loi va changer ça, car, justement les garderies clandestines ne sont pas retraçables…

Pour ma part, je ne suis pas régie par le gouvernement, mais j’émets un relevé 24 à la fin de l’année. C’est-à-dire que je suis retraçable, tout comme le sont les parents et les enfants qui fréquentent mon milieu de garde. Je rencontre donc les mesures légales demandées par Québec.

Bien qu’ils visent à assurer la sécurité des enfants, un objectif louable auquel j’adhère, les moyens du projet de loi ne sont pas adéquats. Réduire le ratio d’enfants des garderies privées en milieu familial n’est pas la bonne façon de faire.

De mauvais milieux dans le privé, je le concède, il y en a. Mais ils existent aussi au public. Des pommes pourries, il y en a dans chaque domaine. Par contre, on ne peut pas pénaliser des milliers de travailleuses parce qu’il y a des garderies clandestines qui exercent ici et là au Québec. Ça n’a pas de bon sens. Ce n’est pas en fermant 5 000, 10 000, 15 000 entreprises privées qu’on règle le problème. Au contraire, on crée de gros problèmes pour les parents. Du jour au lendemain, ils devront trouver une solution de rechange. Et c’est sans compter les conséquences psychologiques et affectives pour les enfants et pour les familles…

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Quelles solutions proposez-vous?

Pour ne parler qu’en mon nom, je propose la mise sur pied d’un registre, qui serait géré par les municipalités. On y déposerait les preuves requises pour assurer la sécurité des enfants. Par exemple, les preuves de formation RCR, les assurances de la maison et la vérification d’absence d’empêchement judiciaire. Tous les milieux de garde doivent détenir ces preuves-là. S’ils ne les ont pas, ils ont raison de fermer. D’ailleurs, les empêchements judiciaires étaient en cause dans de nombreux cas d’abus et de dérives qui ont été soulevés.

Dans le registre devraient aussi figurer les informations sur les parents et les enfants. D’un côté, le gouvernement pourrait nous retracer. De l’autre, les parents pourraient vérifier la légalité de nos services de garde. Je pense que ce serait un bon compromis. On ne pourrait plus dire que les enfants ne sont pas en sécurité à ce moment-là.

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Que pensent les parents de ces actions?

Les parents ne veulent pas perdre leur milieu de garde! Les parents des enfants dont j’ai la responsabilité ont tous envoyé une lettre d’appui au ministre de la Famille, Luc Fortin. Ce qu’il faut comprendre, c’est que les parents font un choix. Ils magasinent leur milieu de garde pour leur enfant en fonction de leurs valeurs, de leurs exigences éducatives, des services offerts, de l’horaire…

Actuellement, il y a du choix et ça va bien. C’est justement là où le bât blesse. Beaucoup de familles ont délaissé le modèle public des CPE à la suite de la modulation des tarifs en fonction du revenu et de la disparition des garderies à 7$.

Est-ce que vous croyez que la fermeture des milieux de garde privés pourraient ramener les enfants dans les CPE?

Les CPE ont perdu beaucoup de clientèle à cause de l’aide financière qui est offerte aux parents. Les parents ont maintenant droit à un remboursement anticipé des frais de garde chaque mois, ce qui les a poussés à magasiner leur milieu de garde. Et plusieurs ont opté pour le milieu de garde privé.

 

Vous souhaitez former une association. Pourquoi? Quels seraient les objectifs de cette association?

On veut créer quelque chose afin d’accompagner les éducatrices qui ont des milieux de garde privés et leur donner des lignes directrices pour être légales et sécuritaires. Il existe déjà une association des garderies privées, mais celle-ci chapeaute les garderies en installation, et non les garderies en milieu familial comme la mienne. On est en train de travailler ensemble pour créer quelque chose.

Nos démarches entreprises en ce sens sont une autre façon de démontrer au gouvernement qu’on est sérieuses, qu’on est prêtes à faire notre bout de chemin. On veut aussi se faire entendre du gouvernement.


À la suite des rassemblements de dimanche, des propriétaires de garderies privées en milieu familial ont pu discuter avec le ministre de la Famille, Luc Fortin. Il a été à l’écoute de leurs revendications, disent-elles. L’Assemblée nationale se penchera sur le projet de loi 143 cette semaine. Québec espère adopter le projet de loi avant Noël.

Pour en savoir plus :

Manifestations contre la réduction du nombre d’enfants dans les garderies

Un projet de loi pourrait coûter près de 5 millions aux garderies en milieu familial

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