19
Déc
Photo : Jessica Samyn
Allaitement en public : entre poésie et photographie
Allaitement en public : entre poésie et photographie

Allaiter répond à un besoin primaire de nourrir un enfant, mais bien des femmes ne se sentent pas à l’aise de le faire dans les lieux publics. Normaliser l’allaitement en public et briser l’isolement des mères : telle est la vocation du recueil Mind your own tits/Occupe-toi des tiens.

Initié par Sabrina Garneau, fondatrice de l’entreprise de vêtements d’allaitement Maman GAGA, ainsi que l’auteure Maude Colin, l’ouvrage rassemble des photographies de femmes allaitant dans différents lieux publics de Montréal. Les clichés sont assortis de textes de poésie. À travers l’art, les instigatrices espèrent faire tomber les malaises qui persistent vis-à-vis l’allaitement en public.

La création de ce livre a donné lieu à des moments touchants, comme le raconte Maude Colin : « On a pu assister à des séances d’allaitement en tandem, avec des jumelles et des enfants d’âges différents. Les enfants se touchent, se regardent. C’est impressionnant! »

- partenaire -
À lire aussi : notre dossier Allaitement : les derniers obstacles
Mind your own tits allaitement public

Photo : Francis Fraioli et Steven Di Iorio

Briser l’isolement maternel

Lorsque sa conjointe lui a d’abord parlé du projet, Hubert Côté ne voyait pas l’importance de poser pour la cause. « L’allaitement répond à un besoin primaire. Pour nous, il n’a jamais été question de se cacher. » Mais le jeune père a tôt fait de constater que son avis sur l’allaitement n’était pas partagé par tous. « Ce recueil-là est utile pour les mamans, pour les convaincre d’oser allaiter en public », dit-il.

Avec ce premier livre, les instigatrices veulent briser l’isolement des mères. « Des femmes qui allaitent évitent de sortir de chez elles parce qu’elles ne se sentent pas à l’aise de donner le sein à leur enfant en public », affirme Sabrina Garneau.

Or, durant la maternité, les activités comme prendre un café avec une amie ou faire des courses sont cruciales pour le bien-être des mères.

« Quand j’ai eu mon garçon, j’avais besoin de sortir de voir mes amis et ma famille, de me créer un nouveau cercle social. C’était ma santé mentale qui était en jeu », se souvient Karel Bélanger. Cette jeune mère monoparentale figure sur la couverture du recueil avec son fils Charli.

Allaitement, source d’intimidation

L’expérience personnelle de Karel Bélanger démontre d’ailleurs la légitimité d’un recueil comme celui-là. Des clichés du projet publiés sur sa page Facebook lui ont valu des remarques désobligeantes de certaines personnes l’invitant notamment à « aller se cacher ». « Du moment qu’on ne se couvre pas, on reçoit des regards réprobateurs », déplore la jeune femme, qui n’en tient toutefois pas rigueur.

Et qui sont les plus sévères envers les mères qui allaitent en public? Les femmes, s’entendent les instigatrices et collaboratrices du recueil. Une réaction suscitée probablement suscitée par la jalousie, avancent-elles.  qui cache peut-être une blessure plus profonde chez certaines femmes qui n’ont pas réussi à allaiter leur bébé…

À lire aussi : Allaitement au Québec : c’est quoi le problème?
Mind your own tits allaitement public

Photo : Tsikimamy Onimbola

Couvrez ce sein, que je ne saurais voir

« Ça n’a pas de sens d’exiger d’une femme qu’elle allaite dans une toilette publique. Est-ce que tu irais manger là? », illustre Maude Colin. Cette dernière dénonce le double discours de la société au sujet du corps de la femme : « C’est correct de voir la poitrine d’une femme dans une publicité de bière, mais ce n’est pas correct qu’une femme allaite en public. »

L’auteure Stéphanie Robillard-Sarganis abonde dans le même sens. « Ce recueil va au-delà de l’allaitement. J’ai prêté ma plume pour les seins qu’on demande de cacher », affirme la jeune féministe et maman de deux enfants.

À lire aussi : Nourrice et amante : plaidoyer pour la réconciliation

Réunissant une centaine de collaborateurs bénévoles, le recueil présente une image diversifiée de l’allaitement, incluant l’allaitement prolongé, plutôt incompris, voire désapprouvé. « Dans la pensée populaire, l’allaitement est associé aux 3 à 6 mois, voire jusqu’à un an tout au plus, constate Sabrina Garnenau, qui allaite toujours son garçon de trois ans. Au-delà du besoin de satiété, l’allaitement comble aussi un besoin socioaffectif entre la mère et l’enfant. »

Tous les profits de la vente du recueil seront remis à La route du lait. Ce programme, chapeauté par Nourri-Source Montréal, rassemble des commerçants qui offrent un espace d’allaitement aux mamans, sans obligation d’achat.

Pour connaître les points de vente : myot.ca


Allaitement : pour aller plus loin…

(Re)voyez notre capsule sur l’histoire de l’allaitement au Québec.

 

 

Également sur Planète F
Effet Trump : augmentation de l’intimidation dans les cours d’école L'élection de Donald Trump a eu d'importantes répercussions dans les cours d'école. L'acte frappe l'imaginaire: une jeune fille de 10 ans qui demande...
Pères surprotecteurs ou intimidateurs? « Peu importe ce que tu fais à ma fille, je vais te le faire en retour ». Cette phrase est accompagnée d’un cliché d’un père, arme au poing, le canon ...
Plus seules que jamais, ces mères à temps plein Il y a quelques années, les jeunes mères n’avaient qu’à sortir discuter avec les voisins lorsqu’elles se sentaient seules à la maison. Briser l’isolem...
Les professeurs sont-ils mal outillés pour contrer l’intimidation? Le sujet ne date pas d’hier. L’intimidation est encore très présente dans les écoles primaires et secondaires. Pourtant, de nombreux professeurs sembl...
Cours prénataux en ligne : Marie Fortier se défend Des cours prénataux ligne offerts gratuitement. Un partenariat contesté avec la compagnie pharmaceutique Duchesnay et la multinationale Nestlé. Planèt...
La banque de lait maternel de retour le 30 juin C'est à la suite d'un reportage de Radio-Canada sur la banque de lait maternel à Calgary cette semaine que Planète F a cru bon faire un suivi auprès d...

Commentaires

Laisser un commentaire