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Écart filles-garçons : jusque dans le décrochage scolaire
Écart filles-garçons : jusque dans le décrochage scolaire

Au Québec, 11,7 % des jeunes moins de 24 ans quittent l’école avant d’avoir obtenu leur diplôme d’études secondaires. À Montréal, 43 % sont des décrocheuses. Bien que l’abandon scolaire concerne tous les élèves, les conséquences affectent plus profondément la trajectoire des filles que celle des garçons.

C’est ce qui est ressorti d’une journée de discussion organisée par le Réseau Réussite Montréal. Une centaine d’intervenants étaient réunis afin de discuter de pistes de solutions pour réduire le décrochage scolaire chez les filles et favoriser une plus grande égalité entre les genres en persévérance scolaire.

Le genre et l’abandon

Le rapport Les conséquences du décrochage scolaire des filles, publié en 2012 par la Fédération autonome de l’enseignement (FAE) et l’organisme montréalais Relais-Femmes, constate que les élèves qui se conforment davantage aux rôles sociaux associés à leur genre seraient plus susceptibles d’abandon.

Les stéréotypes jouent un rôle prépondérant dans les interactions à l’école, dans le développement des intérêts ainsi que sur le développement global des filles. Les activités sportives et culturelles contribuent à la réussite éducative des filles.

Sur le plan familial, les filles démontrent une plus grande sensibilité que les garçons devant les difficultés vécues par leurs proches. En revanche, elles seraient plus susceptibles que les garçons de manquer de confiance en elles et de ressentir de l’anxiété. Tous ces facteurs peuvent nuire au parcours académique des filles.

Inégalités salariales

Le rapport signale que les décrocheuses occupent des emplois précaires avec un salaire annuel moyen de 16 414 $, comparativement à 24 434 $ pour les hommes sans diplôme. Un écart de plus de 8000 $. Elles risquent donc de se retrouver bénéficiaires de l’aide sociale, de dépendre économiquement d’un conjoint et de vivre sous le seuil de la pauvreté. Encore plus que leurs camarades masculins.

Autre effet du décrochage chez les filles au secondaire : une incidence directe sur la scolarité de leur enfant. «  La sous-scolarisation des mères et leur difficulté à accompagner leur enfant dans leurs études sont en relation », souligne Véronique Dupéré, professeure agrégée en psychoéducation à l’Université de Montréal.

Les origines du décrochage scolaire

Les élèves issus de milieux économiques défavorisés sont plus à risque de décrocher. Selon Statistique Canada, en 2015, 6 % des élèves du secondaire provenant de Westmount, quartier huppé de l’île de Montréal, ont abandonné leurs études contre 40 % de ceux issus du quartier populaire de Pointe-Saint-Charles. Selon Réseau Réussite Montréal, les enfants vivant dans des conditions défavorisées seraient moins outillés et plus susceptibles de rencontrer des difficultés sur les bancs d’école.

L’origine sociale influence la relation des filles envers le milieu scolaire en plus d’être une cause importante dans l’émergence d’autres facteurs pouvant favoriser l’abandon. Parmi ces facteurs, on note l’adversité familiale, la démotivation, le découragement, la toxicomanie et des problèmes de comportement.

Le décrochage : un processus graduel… et impulsif

Véronique Dupéré cite que certains « stresseurs » affectent autant les garçons que les filles. Toutefois, ces derniers n’interpréteraient pas ces facteurs de stress de la même façon. La différence de genre, la capacité à gérer le stress, l’intériorisation d’une problématique, la dépression, le type de personnalité seraient quelques intermédiaires à l’origine de cette différence « Les tendances liées au décrochage scolaire varient selon le temps, le lieu et les influences sociales », affirme la professeure.

Selon elle, le décrochage scolaire constitue un processus graduel qui se déploie sur plusieurs années. Par exemple, durant le parcours académique, un élève présentant des difficultés d’apprentissage, un comportement dérangeant et de mauvaises notes peut être pris en otage dans un cercle vicieux. Dans un tel contexte, l’élève se démotive et l’abandon devient une porte de sortie.

Pour certains jeunes en fin d’adolescence, un événement difficile peut aussi mener à un geste impulsif d’abandon. À cette période du développement, les différences de genres ont tendance à se faire ressentir davantage. Selon Véronique Dupéré, la dépression serait plus fréquente chez les filles. « Un fort sentiment de plaire et le fardeau de préserver l’harmonie dans l’entourage pourraient déclencher des symptômes dépressifs si elles ont le sentiment d’échouer sur cet aspect. »

Selon une publication du gouvernement canadien, trois jeunes femmes sur dix quittent l’école pour des raisons personnelles et familiales, à cause d’une grossesse précoce ou à la suite d’un mariage, mais aussi pour des troubles de consommation, des problèmes familiaux ou de santé.

Chez les garçons, ces derniers auraient plutôt tendance à intérioriser leurs difficultés jusqu’à ce qu’ils se sentent pris au dépourvu avec un lourd sentiment d’incapacité. La performance chez les garçons concernerait leur positionnement au sein de la société. C’est lorsque ce sentiment est miné qu’ils ont l’impression de ne pas répondre aux attentes.

« Toutefois, comme ces tendances ne sont pas exclusives, il est tout à fait plausible qu’une fille ou un garçon puisse ressentir autre chose que ce qui a été observé auprès de certains jeunes. Par exemple, l’autorité des parents, du personnel éducatif ou des policiers peut s’avérer problématique pour certains jeunes », rappelle Véronique Dupéré.

Le système éducatif traditionnel répond-il aux besoins des jeunes?

Les écoles alternatives gagnent en popularité pour répondre aux besoins de tous. Par exemple, l’Ancre des jeunes, une ressource communautaire à Verdun, accueille 16 décrocheurs qui ont décidé de reprendre leurs études en main. L’approche individualisée permet d’accompagner les élèves à leur rythme. En sus des matières académiques de base, les jeunes participent aux ateliers manuels et artistiques ; photo, pyrogravure, couture, art, joaillerie, programmation, sport, ébénisterie, jardinage, etc.

Ce parcours atypique permet aux jeunes de réaliser leur plein potentiel et d’accroître leur confiance en eux. « Pour les décrocheurs, le sentiment d’échec leur est familier. Il est donc crucial qu’ils s’accomplissent dans d’autres domaines que ceux traditionnellement offerts en milieu éducatif », mentionne Nicolas Roy, psychoéducateur.

Comment intervenir?

L’identification cruciale de ces moments difficiles aide à procurer un soutien psychologique et à  désamorcer l’intensité d’une situation. Dans un contexte particulier de crise, la rapidité d’intervention et la prise en charge de l’élève s’avèrent nécessaires. D’où l’importance de la communication ouverte entre les parents, l’élève et le personnel éducatif.

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