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Un CPE québécois en Hongrie
Un CPE québécois en Hongrie

L’expertise du centre de la petite enfance (CPE) le Grand Chapiteau, situé à Granby en Montérégie, voyage jusqu’en Hongrie. L’équipe pédagogique s’apprête à partager sa mise en pratique de l’approche Pikler au symposium de l’association Pikler Loczy qui se tient à Budapest du 4 au 7 avril 2018. Le CPE québécois y présentera son programme d’observation dont bénéficient d’autres CPE.

Depuis 2009, le CPE le Grand Chapiteau a adopté l’approche de la pédiatre hongroise Emmi Pikler. Cette approche préconise le jeu autonome et le développement d’un lien affectif entre l’enfant et les adultes qui en prennent soin.

Le CPE, qui accueille 144 enfants, permet aussi à des enfants avec des besoins particuliers de bénéficier d’un milieu de garde adapté à leurs besoins. La plupart des enfants présentant un handicap ou un trouble du spectre de l’autisme (TSA) intègrent les groupes réguliers. Une intégration rendue possible grâce à une structure de travail adaptée et à la formation continue du personnel, soutient la directrice générale Chantal Pontbriand.

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Adapter l’horaire de travail

Le CPE mise sur un horaire de travail en fonction des besoins des enfants. Les éducatrices travaillent cinq jours par semaine. En CPE, de façon générale, ces dernières sont présentes quatre jours par semaine et les enfants ont alors plus d’une éducatrice dans leur parcours.

Les éducatrices suivent également les enfants tout au long de leur parcours. « On veut faire en sorte qu’un adulte s’engage auprès d’un enfant. Nos adultes suivent l’enfant de la pouponnière jusqu’à l’entrée à la maternelle. Les choses sont réfléchies pour l’enfant, et non pas pour faire plaisir aux adultes », explique Mme Pontbriand.

Lancy Lamy, mère de deux enfants qui fréquentent l’établissement, apprécie grandement cette spécificité qui profite aussi à ses enfants sans besoins particuliers. « Les éducatrices ont le temps de créer un lien d’attachement avec eux. C’est très sécurisant pour les enfants et aussi pour le parent », estime-t-elle.

Une ressource spécialisée

Ce milieu de garde existe depuis 1973. Depuis plus de trente ans, le Grand Chapiteau accueille aussi des enfants vivant avec  un TSA. En 2005, le groupe Tremplin a été mis sur pied. Ce groupe permet à cinq enfants TSA, diagnostiqués ou non, de profiter d’un service de garde adapté. Deux éducatrices encadrent les bambins de ce groupe.

Ces dernières, de même que toutes les éducatrices du CPE, reçoivent la formation SACCADE pour « être capables de faire le pont et de communiquer avec ces enfants », explique Mme Pontbriand. Les mesures mises en place, telles que l’intégration progressive, des pictogrammes et le développement d’une routine de groupe, visent à favoriser leur intégration à un groupe typique. La plupart y arrivent.

C’est le cas de Francis qui, après six mois de fréquentation, a intégré un groupe régulier tout en bénéficiant du soutien d’une éducatrice spécialisée. Sa mère, Annie Marchesseault, témoigne dans une lettre au CPE de l’espoir, l’encouragement et le soutien que le CPE a apporté à sa famille. « Le CPE le Grand Chapiteau est la meilleure chose qui soit arrivée dans nos vies. »


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Une place pour tous

Les enfants admis dans le groupe Tremplin « sont à risque d’exclusion sociale », souligne Ève Raymond, directrice adjointe à la pédagogie. « Ce sont souvent des enfants pour qui les autres milieux n’ont pas été capables de répondre à leurs besoins », précise Chantal Pontbriand. Le soutien à l’enfant et à ses parents se poursuit même après son départ du CPE, confirme madame Pontbriand. Un document de transition est envoyé à la commission scolaire et le CPE partage également les outils mis en place.

Des 144 enfants qui fréquentent le CPE, environ 35 % ont des besoins particuliers. Peu importe leur handicap – physique, intellectuel, trisomie, cécité, surdité – ou besoin particulier – trouble du langage ou de comportement, ces enfants sont intégrés aux groupes réguliers. « On ne ferme jamais la porte », souligne Ève Raymond.

En revanche, le personnel doit s’assurer que les besoins de l’enfant seront comblés. À la suite de l’analyse du dossier de l’enfant, « on va s’assurer que le groupe et l’éducatrice vont être en mesure d’accueillir les défis de l’enfant pour que tout le monde vive une réussite, et que la combinaison soit gagnante », précise Chantal Pontbriand. En d’autres mots, tous sont acceptés, à condition que les ressources soient disponibles et adéquates pour les jeunes.

Limiter les anxiogènes

Catherine Page Maheu a rapidement obtenu une place au CPE pour son garçon qui a un TSA. Son milieu de garde précédent a résilié son contrat de garde à cause des défis que représente la condition de son garçon. Depuis son arrivée au CPE, la maman constate que son garçon « est beaucoup plus calme ». Ce changement se répercute même à la maison. Elle constate que le service offert permet à son fils d’évoluer. Il a d’ailleurs intégré un groupe régulier.

Le motto, c’est de s’adapter aux besoins de l’enfant pour réduire au maximum les situations anxiogènes pour leur permettre de se réaliser à travers le jeu. « On a été plus apte à recevoir des enfants avec des besoins particuliers parce qu’on a stabilisé et enlevé beaucoup d’éléments anxiogènes. Ça fait en sorte que les enfants à besoins particuliers le vivent mieux », explique la directrice générale.

En inspirer d’autres

Au-delà de l’approche qu’il utilise, le CPE montérégien se démarque par son programme d’observation dont bénéficient d’autres CPE. L’équipe du Grand Chapiteau offre gratuitement à différents milieux de garde de venir observer le quotidien des éducatrices et des enfants durant une journée.

« Les gens entendent parler de ce qu’on fait chez nous et sont intéressés de venir voir », dit Chantal Pontbriand.


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