10
Mai
Lettre ouverte : la communication et le langage à la base de la réussite éducative
Lettre ouverte : la communication et le langage à la base de la réussite éducative

Texte collectif : les signataires* sont membres du Groupe de travail montérégien – Orthophonie et développement du langage.

Les données sur les taux de diplomation révélées dernièrement par l’Institut du Québec suscitent toute une onde de choc.

L’écart spectaculaire qui sépare le Québec de l’Ontario est particulièrement renversant, surtout lorsqu’on considère que les deux provinces investissent, somme toute, des montants similaires per capita en éducation. Alors si l’argent n’est pas le problème, que font nos voisins de mieux que nous pour obtenir de tels résultats ?

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Ce sont des réponses que l’on risque de chercher pendant un moment et qui nécessiteront un examen minutieux des façons de faire des deux provinces. Mais une de celles-ci se trouve peut-être dans l’attention accordée au développement de la communication et du langage chez les tout-petits, qui se reflète dans le ratio d’orthophonistes per capita.

Les orthophonistes, rappelons-le, sont les professionnelles qui évaluent et accompagnent les enfants qui présentent des difficultés de communication ou de langage. Selon les dernières données comparatives disponibles, publiées récemment dans une étude récente de l’orthophoniste Maryse Campeau(1), l’Ontario comptait une orthophoniste pour 4 200 habitants en 2001, tandis qu’au Québec, ce ratio s’établissait à 1 pour 7 000.

Les enfants québécois, comparativement aux enfants ontariens, n’ont donc pas les mêmes chances de pouvoir surmonter leurs difficultés de communication et de langage, ce qui touche environ 10 % d’entre eux. Pourtant, les données probantes sont aujourd’hui très claires : le développement de la communication et du langage est à la base de la réussite éducative et les enfants qui commencent l’école avec une difficulté à cet égard sont plus nombreux à décrocher.

L’Enquête québécoise sur le développement des enfants à la maternelle (EQDEM) dresse le bilan du développement des enfants de 0-5 ans à leur entrée à la maternelle sur cinq domaines : santé et bien-être physique, compétences sociales, maturité affective, développement cognitif et langagier et habiletés de communication et connaissances générales. Le Gouvernement du Québec a fixé comme objectif que 80 % des enfants entrent à la maternelle sans présenter de vulnérabilité sur aucun de ces cinq domaines. Les données de l’EQDEM de 2012 indiquent que nous sommes légèrement sous la barre des 75 %. Les données de l’enquête de 2017 seront connues sous peu.

Bien que les aptitudes langagières soient identifiées comme l’un des cinq domaines de développement mesurés par l’EQDEM, il convient de comprendre qu’un développement optimal de la communication et du langage représente un facteur de protection pour les quatre autres domaines du développement global de l’enfant. Il nous semble impératif, dès lors, de faire une priorité, sinon une obsession, de toutes actions favorisant l’acquisition adéquate des habiletés de communication et de langage dans toutes les stratégies de réussite éducative visant la petite enfance.

Groupe de travail 

En Montérégie, où le problème d’accès aux services d’orthophonie est particulièrement criant, les tables de concertation en petite enfance, avec l’appui financier d’Avenir d’enfants, se sont regroupées pour former le Groupe de travail montérégien – Orthophonie et développement du langage (GTM-ODL), afin de développer des approches innovantes pour améliorer l’accès aux services.

Appuyé sur des données probantes, le concept développé par le GTM-ODL met les enfants et leurs parents au cœur des actions d’un continuum de services concerté en orthophonie communautaire. Ce continuum de services en promotion, en prévention et en intervention unit l’expertise de l’orthophoniste du réseau public et la pratique de l’ensemble des intervenants et des acteurs (services de garde éducatifs, maisons de la famille, organismes communautaires, bibliothèques publiques, etc.) d’un territoire donné. Son objectif est de soutenir le développement de la communication et du langage chez les tout-petits, sur la base d’une mobilisation continue et de la réduction des barrières d’accès aux activités et aux interventions du continuum. Bien souvent, ces activités seront suffisantes pour réduire l’impact des difficultés langagières des enfants sur leur développement global.

Cette mobilisation dans la communauté fait également office de première ligne efficace, puisque les enfants chez qui les difficultés persistent sont référés rapidement à l’orthophoniste du réseau de la santé (CLSC ou hôpital), qui peut ainsi consacrer une part beaucoup plus importante de son temps à l’évaluation et l’accompagnement des enfants qui ont besoin de services spécialisés.

L’agir tôt en matière de réussite éducative est au cœur de la Stratégie 0-8 ans dévoilée par le gouvernement en janvier dernier, qui prétend y investir 1,4 milliard d’ici 2022. Une infime fraction de ce montant – déployée de manière récurrente et ancrée dans les milieux impliqués – permettrait de mettre en place le continuum de services concerté en orthophonie communautaire, pour la mise en œuvre d’interventions précoces en développement de la communication et du langage dans tous les territoires de CLSC du Québec qui ne pratiquent pas déjà ce type d’activités.

Pour peu que les ressources en orthophonie dans les CLSC suivent pour accompagner les communautés et donner les services aux enfants qui en ont vraiment besoin (ce qui répondrait aux objectifs du Plan d’action interministériel de prévention en santé), il devient possible d’imaginer un Québec où tous les enfants ont accès aux services appropriés pour surmonter leurs difficultés de communication et de langage et entrer à l’école en ayant toutes les chances de réussir.

Références

  1. Campeau M. (2017). Une fenêtre d’opportunités pour une meilleure accessibilité aux services d’orthophonie dédiés à l’enfance. Avis professionnel. pp. 16.

*Signataires :

  • Émilie Courteau, orthophoniste
  • Josée Lacroix, directrice générale et coordonnatrice du projet « Parlons-ensemble » – Responsable du projet-vitrine GTM-ODL en Montérégie Centre
  • Annie Leclaire, coordonnatrice du projet « Voir GRAND pour nos petits » – Responsable du projet-vitrine GTM-ODL en Montérégie Est
  • Marie-Julie Mc Neil, organisatrice communautaire aux programmes de santé publique, développement social et développement des communautés. Responsable du projet-vitrine GTM-ODL en Montérégie Ouest
  • Nathalie Walter, chargée de projets pour le GTM-ODL

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