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Juin
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« Lire avec fiston » : conjuguer la lecture au masculin
« Lire avec fiston » : conjuguer la lecture au masculin

Concilier livres et figures masculines pour favoriser la lecture chez les garçons, c’est le projet de Lire avec fiston, qui fête ses 10 ans cette année.

Depuis 2008, ce projet de littératie familiale vise à faire lire les garçons de 8 à 10 ans par la création de trios masculins : un enfant, un étudiant en enseignement et un représentant familial (père, oncle, grand-père, beau-père…). L’enseignant vient à la maison ou dans un espace en dehors de l’école (bibliothèque, librairie, espace communautaire) avec un sac de livres aux genres littéraires diversifiés.

L’objectif est de renverser l’idée qui voudrait que les petits garçons n’aiment pas lire, en instaurant des modèles masculins de lecture.

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Lire, un « truc de fille »?

« On a constaté que les garçons associent la lecture à une activité féminine : la mère, la sœur, mais aussi l’enseignante et donc l’école », explique  Isabelle Carignan, et chercheuse à l’Université TÉLUQ en didactique du français. Cette dernière a cofondé le projet avec France Beauregard, enseignante-chercheuse à l’Université de Sherbrooke.

« Selon l’âge, les garçons aiment se retrouver entre « gars » et sont très stressés par rapport aux attentes qu’on a à leur égard, poursuit Isabelle Carignan. De ce fait, ils aiment moins lire, car la lecture est associée à l’évaluation. » Les garçons privilégieraient alors l’action et verraient plutôt la lecture comme une activité scolaire.


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Lire avec fiston… loin de l’école

Pour changer cette perspective, sortir du milieu scolaire était essentiel. L’objectif : retrouver du plaisir dans la lecture, afin qu’elle (re)devienne une expérience positive chez les garçons. Le projet s’adresse surtout aux élèves désintéressés par la lecture ou ayant des difficultés d’apprentissage, et encourage l’implication des hommes de la famille.

En effet, le trio de lecture est exclusivement masculin : « Une étude (Cartwright et Marshall, 2001) montre que lorsque le père joue un rôle actif, les garçons ont un intérêt plus grand pour la lecture », soutient Isabelle Carignan. Par ce projet, les jeunes garçons peuvent s’identifier à deux figures masculines en lecture : un membre de la famille (souvent le père), mais également un futur enseignant, pour que les élèves puissent voir que les hommes aussi peuvent s’intéresser à l’enseignement.

Le choix de livres lus par le trio provient des intérêts de l’enfant, et se veut diversifié : romans, livres imagés, mais également recettes, revues sur la nature, bandes dessinées, atlas, etc. L’important est de n’interdire aucun genre de livre afin de briser les idées conçues sur ce qui doit être de la « vraie lecture ».

« Le fiston était le chef de chacune des rencontres, il avait le pouvoir de décision sur les lectures, arrêter la lecture à tout moment et changer de livre pour y revenir plus tard ou non », explique Serge, étudiant en enseignement et participant à l’édition 2016.

« La lecture utilitaire (les atlas, magazines, bandes dessinées…) c’est de la vraie lecture ! »

– Isabelle Carignan, directrice du projet Lire avec fiston.

 

Pour Loïc Chevalier, père de Sean et participant de l’édition 2017 à Châteauguay, Lire avec fiston a été l’occasion d’ouvrir son fils à d’autres styles de lecture : « Sean n’était pas très partant au départ, mais Alexandre, l’enseignant, s’est vraiment adapté pour lui proposer des livres liés à ce qu’il aimait. »


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Dix ans après le premier trio, quels résultats?

À son lancement, le projet comptait 3 trios en 2008. En 2017, il en comptait 8 au Québec et 4 en Ontario, et a même fait des petits en Pennsylvanie en 2011.

Lire avec fiston se déroule en plusieurs étapes : après une rencontre plénière avec les parents et les enfants ainsi que la détermination des trios, chaque groupe se rencontre six fois, selon des périodes déterminées. Le fonctionnement est libre, et les enseignants s’adaptent aux désirs de la famille quant au type de lecture et à sa mise en œuvre à travers des activités (promenade, documentaire, chant, danse, arts plastiques…). Enfin, une dernière rencontre en plénière a lieu dans un cadre festif afin de recueillir les impressions de chacun.

« Ce qui est important, ce n’est pas juste la lecture : c’est la relation qui est créée au sein du trio. Si la relation n’est pas positive, ça ne fonctionne pas. »

– Isabelle Carignan, enseignante-chercheuse en didactique du français.

La chercheuse a constaté plusieurs effets positifs : l’évolution de la représentation des élèves, des parents et des enseignants, la création d’une véritable complicité entre les membres, l’amélioration des relations pères-fils et la diminution des besoins d’orthopédagogie et des difficultés de comportements chez les enfants concernés.

Les participants au projet ont remarqué, eux aussi, des différences. « Sean a envie de lire, et le projet l’a ouvert à d’autres styles. À la maison, les romans sont en train de remplacer les bandes dessinées », souligne Loïc, papa de la cohorte 2017. Quant à Serge, enseignant pour le projet en 2016 mais également papa, l’expérience a initié une réflexion sur la lecture avec ses enfants : « J’avais l’habitude de leur raconter des histoires que j’imaginais, mais j’ai commencé à leur lire des livres dans le même esprit que ceux du projet. Mes enfants et moi apprécions ces moments privilégiés. »

Lire avec fiston promet de continuer de former des « trios testostérones », comme les appelle Isabelle Carignan, et ainsi de renforcer la lecture auprès des jeunes garçons et de leurs familles. « N’importe qui peut décider de mettre sur pied Lire avec fiston. Notre but est que le projet touche le maximum de personnes possibles, car nous savons très bien, après 10 ans, à quel point les retombées sont positives, et ce, à plusieurs niveaux », conclut la chercheuse.


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