08
Oct
Simple ou composé : le nom raconte la famille québécoise
Simple ou composé : le nom raconte la famille québécoise

 

Dites-moi le nom de famille de votre enfant, je vous dirai qui vous êtes ? C’est un peu la conclusion d’une étude menée par la professeure de l’INRS Laurence Charton, et publiée dans le dernier numéro d’Anthropologie et société. Pour elle, le choix des noms et prénoms en dit surtout long sur la perception que l’on a de la famille, notamment.

Planète F: Qu’est-ce qui vous a menée à cette étude ?

Laurence Charton: C’est une collègue qui m’a proposé l’idée. La première loi de transmission des noms ayant été passée en 1981, on voulait voir comment le choix des noms se déroulait pour la génération suivante. Bref, pour la génération du double-nom, quel choix font-ils à leur tour ?

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Planète F: Est-ce qu’on constate qu’il y a moins de noms composés qu’avant ?

LC: De manière purement statistique, oui. Entre les années 1990 et maintenant les double-noms de famille ont diminué de moitié environ. Mais il faut analyser les chiffres avec prudence. D’une part, les effectifs ont été calculés sur toute la population québécoise, mais la population a changé. Par exemple, il y a une part importante de population immigrante qui possède un comportement un peu plus traditionnel par rapport au nom. Par ailleurs, statistiquement il y a peut-être plus de « noms du père », mais ce dernier peut être composé. Quoi qu’il en soit, il faut faire attention à ne pas automatiquement associer nom simple ou nom du père à « retour en arrière ». Ce n’est pas un retour, cela s’inscrit dans un contexte nouveau où les raisons associées à la transmission du nom du père sont plurielles.

Planète F: Que révèle le nom de famille d’un enfant ?

LC: De façon simplifiée, nous avons remarqué trois types de familles. Celles qui se représentent en « bloc », pour lesquels les enfants faisaient intrinsèquement partie de la raison d’être du couple. Pour ces familles, le nom simple du père revient plus souvent qu’autrement. Il y a ensuite les couples qui n’avaient pas de projet d’enfant au départ. Après des années, le désir d’une part ou d’autre survient. Pour ces couples, le nom simple est plus souvent questionné et certains d’entre eux choisissent de transmettre un non double. Le troisième schéma, c’est celui des familles qui considèrent leurs enfants dans leur singularité. Ces derniers peuvent ne pas tous porter le même nom dans une même famille. La notion de chaîne générationnelle semble moins présente.

Autre fait intéressant : ceux qui ne choisissent pas le nom double sous prétexte que c’est trop compliqué pour l’enfant, ne sont généralement pas ceux qui ont eux-mêmes un nom composé. Ceux qui ont un nom composé et qui reviennent au nom simple ne donnent pas vraiment l’argument de la simplicité pour justifier leurs choix : il s’agit plutôt d’histoires de vie, d’émotions, de difficulté à choisir.

Plus encore, l’argument de la simplicité semble ressurgir surtout quand c’est la femme qui a un nom composé. En effet, ce qu’on observe statistiquement c’est que si l’homme a un nom simple et la femme un nom composé, l’enfant portera le plus souvent le nom du père. Le contraire n’est pas aussi vrai…

Planète F: Et le prénom, dans tout ça ?

LC: Ce qui est intéressant, c’est qu’on remarque que le prénom peut également servir à immortaliser une lignée. Certains vont choisir d’utiliser le nom de famille du père, mais faire référence à la famille de la mère dans le prénom usuel ou comme deuxième prénom. Par exemple il y en a qui vont inclure le prénom d’un grands-parents ou carrément inclure le nom de famille de la mère dans le prénom ! Aussi, on remarque que lorsqu’il y a eu une négociation du côté du nom de famille, le choix de prénom se fait plus aisément.

Pour les couples dont le nom de famille n’était pas un dilemme, le processus de choix du prénom peut être plus élaboré. Quoi qu’il en soit, le choix du prénom est souvent initié par la mère, mais c’est fondamentalement un choix de couple.

Le libre choix du nom a donné aux familles des options pour se définir. La façon d’exercer ce choix dans l’ensemble de la population du Québec offre une fenêtre sur la conception de la famille.

 

 

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