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Sep
Capsules historiques 3 – Les droits des femmes
Capsules historiques 3 – Les droits des femmes

L’écoute du film britannique Les Suffragettes de Sarah Gavron (2015) a éveillé en Mariève et moi des questionnements sur la place du droit de vote au Canada. Dans ce film, la militante Emma Watts, alors incarcérée, perd la garde de ses enfants, mis en adoption par son mari qui ne peut s’occuper seul des enfants. Est-ce que les femmes et leurs familles franco-catholiques avaient vécu des conséquences de leurs engagements militants pour les droits des femmes, notamment le droit de vote ? Comment expliquer cette date aussi tardive pour le Québec (1940), mais antérieure à la France (1944) ?

C’est par un hasard incroyable que nous avons pu avoir des réponses à nos questions. Je connaissais déjà le travail d’illustration d’Annick Gaudreault. Elle avait réalisé une série présentant Thaïs Lacoste-Frémont, Éva Circé-Côté et Idola Saint-Jean. Un jour, elle a annoncé sur sa page Facebook que la petite-fille de Thaïs Lacoste-Frémont l’avait contactée. Nous avons pu discuter avec Michèle Frémont, qui nous a également informé que sa cousine, Denyse Côté, professeure à l’Université du Québec en Outaouais, pourrait nous parler de cette histoire.

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Mouvement suffragiste limité

Grâce à ces rencontres, nous avons compris que notre perception était biaisée par l’imaginaire militant présent dans les médias. Selon Élections Québec, « le mouvement suffragiste québécois est essentiellement urbain et l’œuvre d’une minorité de femmes avant-gardistes pour l’époque ».

C’est en 1922 que le Comité provincial pour le suffrage féminin (CPSF) voit le jour. Les membres de cette organisation sont pour la plupart issus de la Montreal Suffrage Association et de la Fédération nationale Saint-Jean-Baptiste. Les militantes anglophones et francophones s’unissent donc pour la même cause. Au début, le Comité est coprésidé par Mme Marie Gérin-Lajoie et Mme Walter Lyman. Une scission intervient au sein du groupe en 1927. Dès lors, deux femmes prennent la tête du mouvement suffragiste, Idola Saint-Jean, avec l’Alliance canadienne pour le vote des femmes du Québec, et Thérèse Casgrain avec le Comité du suffrage provincial, qui devient, en 1929, la Ligue des droits de la femme.

Les lentes transformations sociales, notamment la revendication des droits des femmes, se sont aussi réalisées dans un contexte de politiques conservatrices. Thaïs Lacoste-Frémont a contribué à ces changements. C’est ce qui a été discuté lors de la rencontre avec Michèle Frémont et Denyse Côté. Nous avons ainsi réalisé que son engagement ne ciblait pas seulement l’accessibilité au droit de vote des femmes, mais à l’ensemble des droits fondamentaux des femmes, en particulier l’accès à l’éducation et la pleine citoyenneté.

Des luttes encore nécessaires

À l’heure actuelle, il est difficile de s’imaginer tout le chemin parcouru. Pourtant, ces changements sont relativement récents. Imaginez, le document « La constante progression des femmes » produit par le Conseil du statut de la femme en 2013 précise l’ampleur de ces transformations sociales. Ce n’est qu’en 1929 que les femmes ont obtenu le statut de « personne ». C’est seulement en 1964 que la députée Marie-Claire Kirkland a fait passer la « Loi sur la capacité juridique de la femme mariée ».

Ces avancées sur la « constante progression » des droits des femmes me poussent à m’interroger face aux débats actuels sur l’appellation « femme » du Conseil. Tout comme Rima Elkouri dans la chronique « Ce mot qui commence par F… »  et les différentes intervenantes des articles « Opinions dossier Conseil du statut de la femme » paru dans La Presse+, je m’interroge sur cette notion d’égalité hommes-femmes « presque acquise ». Comme le précise Rachel Chagnon dans la lettre adressée à la présidente du Conseil de la femme, « Pas d’égalité de droit sans l’égalité de fait : retour sur le sens d’un nom », du Huffington Post, le Conseil a été fondé en 1973. Il n’a que 44 ans, ce qui est bien peu pour tout ce qui reste à entreprendre comme luttes.

À défaut de partager l’avis de l’actuelle présidente Louise Cordeau, le mot de Julie Miville-Dechêne, ex-présidente, en 2013 me semble encore brûlant d’actualité :

« Les Québécoises ont fait des avancées remarquables, mais l’égalité de fait, dans tous les domaines, n’est pas encore une réalité. Nous souhaitons que femmes et hommes de toutes les générations se mobilisent. Le progrès tangible vers l’égalité entre les sexes doit devenir une valeur commune et partagée par la population. » (en ligne)

Est-ce que les quatre années qui viennent de passer ont été suffisantes pour atteindre « l’égalité de fait, dans tous les domaines » ? Peut-on dire que cette « constante progression » devrait être freinée au moment même où les femmes ont enfin la chance de s’exprimer publiquement? Le rôle équitable des hommes et des femmes au sein des familles ne pourrait-il pas être justement un vecteur de changement pour les générations futures?

Bibliographie

Assemblée nationale du Québec, Exposition virtuelle « Aux urnes citoyennes! ». En ligne.

Chagnon. Rachel. 2017. « Pas d’égalité de droit sans l’égalité de fait : retour sur le sens d’un nom ». Huffington Post. 19 septembre 2017. En ligne.

Conseil du statut de la femme. 2013. « La constante progression des femmes ». Gouvernement du Québec.

Collectif. 2017. « Opinions Conseil du statut de la femme ». La Presse+. 19 septembre 2017. En ligne.

Darsigny, Maryse. 1990. « L’Épopée du Suffrage féminin ». Université du Québec à Montréal.

Darsigny Maryse. 1994. Ces femmes qui ont bâti Montréal. Montréal, Remue-Ménage.

Duchesne, André. 2017. « Les Montréalaises et le vote des femmes ». La Presse+, 5 février 2017. En ligne.

Elkouri. Rima. 2017. « Ce mot qui commence par F… ». La Presse+, 19 septembre 2017. En ligne.

Gavron, Sarah (réal.). 2015. Les Suffragettes. Ruby Film-Pathé-Film 4.

Le directeur général des élections 2017. « Droits de vote et d’éligibilité des Québécoises ». Élections Québec. En ligne.

Girard, Denise. 2012. Thaïs : la voix de la lutte des femmes 1886-1963. Québec, Septentrion.

Nadeau, Jean-François. 2012. « Livre Thaïs : la voix de la lutte des femmes 1886-1963, Denise, Girard ». Le Devoir. En ligne.

Scallon-Chouinard, Pascal. 2016. « Entrevue avec Magda Fahrni », Histoire engagée. 29 août 2016. En ligne.

À propos de Marie-Christine Pitre

Marie-Christine Pitre est adjointe à la direction pour Famille.media. Son bagage en histoire de l'art ainsi qu'en psychologie périnatale lui permet de voir la famille sous l'angle de l'histoire humaine des parents. Elle est avide de réflexions et de questionnements sur la parentalité depuis qu'elle est devenue mère il y a 5 ans.

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