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Citoyens du monde: Et si je voulais revenir vivre au Canada ?
Citoyens du monde: Et si je voulais revenir vivre au Canada ?

C’est avec une grande fascination que je suis d’outre-mer de nombreux développements politiques depuis la dernière année. L’élection du premier ministre, il y a un peu plus d’an, a suscité beaucoup d’enthousiasme à l’international.

L’accueil chaleureux des réfugiés syriens a donné un exemple de compassion et d’entraide devant les problèmes d’immigration importants en Europe et aux États-Unis. Plusieurs ont vu l’attitude du Canada comme un modèle à suivre. Un pays qui transpire des valeurs humaines de respect, compassion, égalité, coopération, chaleur, acceptation, espérance.

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Plus récemment, des évènements politiques internationaux comme le Brexit en Grande-Bretagne et l’élection de Trump aux États-Unis, ont apporté beaucoup de tensions et divisions au sein de ces pays. Cela a contribué à ce désir de pays-modèle, où tous ses citoyens sont vus comme étant à part égale, et où on milite pour un monde meilleur. Comme au Canada ! De nombreux amis et membres de notre famille ont dit vouloir envisager sérieusement une migration vers le Canada. Le but est d’embrasser ce mode de vie si convoité et ces valeurs si riches et précieuses.

Tous ces évènements m’ont apportée la grande fierté d’être Canadienne, moi qui vit à l’étranger. Et beaucoup de questionnements, aussi.

Pourquoi pas moi ?

J’ai le désir d’élever mes enfants dans un pays bilingue, près de leur héritage culturel et ma famille à moi. J’ai le désir de donner ce sens de valeurs humaines. La richesse de la nature aux quatre saisons et les grands espaces nous enchantent depuis longtemps. Il y a trois ans, à la suite à des évènements tragiques dans ma famille, ce désir est devenu plus que présent et nos démarches pour venir vivre au Canada se sont amorcées. Des démarches intenses et sérieuses qui ont aussi mis en lumière de nombreux obstacles et impasses.

En bref, l’expertise de mon mari, étant convoité au niveau international, a été sérieusement considérée au gouvernement canadien. Des démarches se sont enclenchées, CV, entrevues, discussions, etc.

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Une montagne d’obstacles

N’étant pas Canadien, mon mari doit demander une résidence permanente ou un permis de travail pour avoir le droit d’habiter au Canada. Malgré un intérêt soutenu pour la candidature de mon mari, son application n’a pu se formaliser en emploi. Une résidence permanente ne donne pas le droit d’obtenir un poste au gouvernement canadien, malheureusement. Seul un citoyen canadien peut accéder à ces postes.

La citoyenneté canadienne peut prendre de trois à quatre ans avant d’être donnée. Donc, un emploi au gouvernement pour subvenir aux besoins financiers de notre famille est hors de question. Pourtant, c’est seulement au sein du gouvernement que l’expertise pointue de mon mari peut s’exprimer.

Et moi ? Avec trois congés de maternité, des études supérieures pour avoir mes qualifications reconnues en Grande-Bretagne et ensuite un doctorat pour obtenir une licence de psychologue, tout cela a fait que l’évolution de ma carrière n’a pas suivi le même rythme que celle de mon mari. Nous ne pourrions pas faire le saut sans son salaire.

Démarches laborieuses

Cela amène des obstacles énormes et des dilemmes de vie et de famille importants. D’ailleurs, il y a trois ans, le gouvernement ontarien reconnaissait ces obstacles en offrant des visas spéciaux pour les conjoints mariés à un(e) Canadien/ne à l’étranger. Le but est d’aider les Canadiens qui ont développé une expertise dans des domaines recherchés hors Canada de pouvoir rentrer au pays.

Les démarches pour faire reconnaître mon doctorat et mon statut de psychologue de la Grande-Bretagne au Québec ou en Ontario ont aussi fait partie de ces recherches. Encore là, ce fut un processus et cheminement laborieux. Ça a confirmé l’évidence : c’est impossible pour notre petite famille de venir vivre au Canada en se basant sur mon salaire et travail seulement.

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Une autre destination

Entre temps, la vie a pris une tournure tout à fait différente et très intéressante. Un visa commandité par un employeur nous a amenés dans un autre pays. Présentement, ce sont les Australiens qui bénéficient de nos habiletés professionnelles et de notre expertise. En retour, nous sommes confiants que nous transmettons une richesse incroyable aux enfants. Celle de pouvoir habiter dans des pays différents, s’adapter aux différents modes de vie.

Nous pouvons apprendre, découvrir, développer de la curiosité par rapport aux cultures, à la géographie, à la socialisation, aux langues et systèmes sociaux, scolaires et politiques. Des expériences de vie incroyables !

Pour ce qui est de revenir au Canada, peut-être cela arrivera-t-il un jour… Tout en reconnaissant qu’il y a de nombreux obstacles à considérer quand on fait l’expérience de la migration internationale. Les systèmes devront s’assouplir un peu. Les obstacles et les impasses devront diminuer pour que nous puissions y penser sérieusement encore une fois…

Ça me semble difficile à croire que c’est si compliqué (voire presque impossible) de pouvoir revenir vivre dans mon propre pays…

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À propos de Pascale Paradis

Originaire du Québec, Pascale a vécu 18 ans en Écosse et en Angleterre. Elle vit maintenant en Australie avec son mari et ses trois enfants. Pascale a complété un baccalauréat (Trois-Rivières), une maîtrise (Cambridge, UK) et un doctorat en psychologie scolaire (Londres, IOE). Transitions, résilience, facteurs de risque et protection, adaptation scolaire, migration, bilinguisme, psychologie positive et organisationnelle dans les milieux scolaires sont des sujets qui suscitent les intérêts de Pascale plus particulièrement.

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