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Comment garder les familles à Montréal?
Comment garder les familles à Montréal?

Depuis quelques années, davantage de familles quittent l’île de Montréal, vers la banlieue notamment, que de familles qui s’y installent. Si Montréal est une réelle pouponnière, c’est au moment où les enfants commencent l’école que l’attrait de la banlieue est plus important pour les familles. Pour tenter de les garder en ville, l’administration de Valérie Plante bonifie le programme de subventions d’accès à la propriété.

Le programme bonifié propose aux premiers acheteurs une subvention jusqu’à 15 000 $ pour l’achat d’une propriété neuve de moins de 450000 $. Les familles doivent avoir au moins un enfant de moins de 18 ans pour être admissibles à ce programme. Pour les familles déjà propriétaires, elles peuvent obtenir aussi jusqu’à 15 000$ si leurs enfants sont âgés de moins de 13 ans à l’achat d’une propriété neuve.

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Pour acheter une propriété existante, c’est une subvention entre 5000 $ et 7000 $ que les jeunes familles pourront obtenir pour une propriété d’un maximum de 630 000 $, incluant les immeubles à revenus.

Un tel programme est-il suffisant pour retenir les familles à Montréal? Au-delà de la promesse électorale tenue, il faut aussi se demander si cette mesure correspond réellement aux besoins des familles. L’argent est-il vraiment le premier frein à l’accès à la propriété? Ne faudrait-il pas regarder les solutions collectives avant de patcher le problème avec des solutions individuelles?
 


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Rares comme… des logements de plus de deux chambres

En 2006, un sondage de la Société d’habitation du Québec disait que le premier critère pour le choix de la résidence des familles est la superficie habitable. Or, dans les nouveaux développements de condos à Montréal, il existe très peu d’unités comprenant plus de deux chambres à coucher.

J’ai d’ailleurs fait l’exercice de trouver une propriété à vendre au centre-ville de plus de deux chambres et de moins de 450 000$… Devinez quoi? Aucun résultat n’est apparu. Ça n’existe pas!

C’est un réel problème pour de nombreux parents qui cherchent même un logement (locatif) pour héberger leur marmaille. Peut-être qu’avant de proposer des mesures financières individuelles, la Ville de Montréal pourrait obliger les promoteurs immobiliers à construire un certain pourcentage d’appartements à plus de deux chambres pour répondre aux besoins des familles!

À la recherche d’un milieu de vie

Au-delà de la superficie habitable, les jeunes familles cherchent également un milieu de vie. Un quartier où il y aura un marché pour les courses, la garderie et l’école à proximité, des parcs entretenus et sécuritaires avec des installations pour les enfants. Le programme annoncé par l’administration Plante souhaite favoriser les familles qui achètent au centre-ville.

C’est pourtant un enjeu majeur de trouver des terrains pour construire des écoles au centre-ville. Déjà plus de 400 élèves n’ont pas d’école dans leur district. C’est le cas de Griffintown, un quartier en pleine expansion, qui ne compte aucune école publique. Selon Le Devoir, la commission scolaire évalue qu’il manque 37 classes dans ce secteur. Plusieurs élèves qui habitent au centre-ville doivent se rendre à l’école en autobus dans les écoles des quartiers limitrophes.

Avant de donner de l’argent individuellement pour retenir quelques familles à Montréal, ne devrions-nous pas faire en sorte que nos enfants puissent avoir accès à une école dans leur quartier? Et des services éducatifs en petite enfance aussi! Pour inciter les jeunes familles à rester en ville, notamment au centre-ville, il faut que les infrastructures sociales de proximité suivent.


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Limiter la spéculation

On a vu le marché immobilier bondir à Toronto et Vancouver dans les dernières années, notamment à cause de la spéculation. Au centre de ces villes, des logements sont vides ou bien en location sur AirBnb de façon continue. Ces appartements prennent de la valeur pour des investisseurs étrangers. Ghislain Larochelle, courtier et coach immobilier, mentionnait en ondes que seulement 2 % des acheteurs à Montréal sont des acheteurs étrangers, selon les données des courtiers immobiliers. Par contre, ces données ne comptabilisent pas les chiffres de ceux qui achètent directement par le promoteur. Faudrait-il mettre en place une taxe pour les étrangers qui achètent de l’immobilier, comme à Toronto et Vancouver?

Qui sont les propriétaires des nouvelles unités qui se construisent à Montréal? Et si ce n’était pas des Montréalais? Et si on pouvait éviter la bulle immobilière spéculative à Montréal en construisant pour répondre aux besoins des familles plutôt que de construire pour enrichir les promoteurs immobiliers?

Et d’ailleurs, le vlogueur Fred Bastien se demandait ce qui empêche les constructeurs de propriété d’augmenter les prix de 5000 ou 7000$ pour empocher une partie de cette subvention destinée aux familles… Un aspect qui inquiète aussi Ghislain Larochelle.

Des loyers abordables pour économiser

Pour espérer accéder à la propriété, ce dont les jeunes familles ont besoin (et les jeunes locataires en général qui étudient ou qui travaillent et espèrent devenir propriétaires), ce sont des loyers abordables pour arriver à économiser pour une mise de fonds.

Amasser 50 000$ pour une mise de fonds peut être très difficile en début de parcours professionnel, surtout si on a des prêts étudiants et un loyer qui dépasse 30 % du revenu familial. C’est pourtant la réalité de nombreuses jeunes familles à Montréal.

Ce que les jeunes veulent

J’ai été touchée par le projet Tours de tables. L’été dernier, on a sondé 300 Montréalais de 6 à 17 ans dans 19 arrondissements pour leur demander ce qu’ils souhaitent pour leur ville.

Ils veulent la modernisation des équipements dans les parcs, plus d’accessibilité pour les personnes à mobilité réduite (et les poussettes), ils veulent moins d’autos, moins de pollution, plus d’espaces verts où courir et jouer librement.

Ils veulent aussi plus de civisme : moins de vols de vélo, moins de caca de chiens sur les trottoirs, moins de mégots de cigarettes et de déchets par terre. Ils veulent plus de commerces de proximité et des façons de tisser davantage de liens intergénérationnels.

Il y aura une autre consultation citoyenne auprès des enfants cet été. En attendant, vous pouvez visiter Radio Arbre, la radio citoyenne issue de ces consultations, qui regroupe tous les commentaires recueillis. Quand on demande aux enfants pourquoi ils veulent vivre à Montréal, on a la réponse sur comment on devrait retenir les familles en ville…

Ce billet a été écrit à la suite du passage de Mariève Paradis à l’émission d’Isabelle Maréchal au 98.5 FM, le lundi 16 avril 2018. Elle était en compagnie du vlogueur Fred Bastien et de Ghislain Larochelle, courtier et coach immobilier.

À propos de Mariève Paradis

Éditrice et cofondatrice, Mariève est journaliste indépendante depuis 2005. Elle travaille sur plusieurs plateformes (web, magazines, hebdomadaires, radio et télévision). Elle cumule deux prix en journalisme, la Bourse Fernand-Seguin en vulgarisation scientifique et la Bourse en journalisme des Instituts de recherche en santé du Canada qui lui a permis de faire des reportages au Nunavik et au Groenland en 2012.

Commentaires

  1. Élène Trudel

    Moi ce qui me déboussole c’est le fait qu’une famille de deux adultes et de deux enfants qui sont dans la classe moyenne (75 000$) ne peuvent même pas se procurer un condo avec 4 chambres lesquels sont bien au dessus de leur moyen! Et c’est encore pire si la famille désire se procurer une maison sur l’île dans un secteur desservit par les métros et les autobus…C’est un non sens…Comment voulez-vous qu’il reste en à Montréal alors?

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