18
Mai
Consommation de drogues et capacité parentale
Consommation de drogues et capacité parentale

Dans ma pratique de médiatrice familiale, il est fréquent que la consommation d’un parent soit mise de l’avant par l’autre parent.

Quelle que soit la substance mise en cause, si l’un des parents évoque une crainte ou avance que la consommation fait obstacle à la garde partagée, cette situation se doit d’être abordée. J’amène les parents à discuter très ouvertement de cette situation puisqu’il est primordial de comprendre les craintes de chacun, mais aussi leurs motivations.

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Questionner les parents

Est-ce que l’autre parent consommait alors qu’ils formaient un couple? Dans la très grande majorité de cas, la réponse est oui. Le parent consommateur est souvent surpris des craintes de son ex-conjoint puisque sa consommation n’a, dans bien des cas, jamais été une source de conflits entre eux. La réponse la plus souvent évoquée est la sécurité des enfants. « Et si mon enfant tombait malade au milieu de la nuit, s’en rendrait-il compte? » « Si mon enfant devait être transporté à l’hôpital, serait-il en mesure de le conduire? »

Il est évident que le fait que le parent qui exprime ces craintes ne soit pas présent pour veiller sur ses enfants comme il l’était autrefois peut créer de l’anxiété. Mais est-ce vraiment la consommation qui est en cause? Du temps de la vie commune, comment était votre ex-conjoint lorsqu’il consommait? Les réponses sont parfois surprenantes.

Effets différents

Il va de soi que les drogues ou les médicaments n’agissent pas de la même façon les uns des autres. Mais elles ont aussi des effets différents d’une personne à l’autre. Certaines personnes vont consommer du cannabis le matin, et aller au bureau faire leur journée de travail.

Pour l’alcool, on peut aisément admettre qu’une douzaine de bières altèrent davantage les capacités d’une personne qu’un verre de vin. Il est souvent moins difficile d’arriver à une entente lorsque l’alcool est en cause parce qu’il existe des balises dans notre société. Un parent peut s’engager à ce qu’il y ait toujours une personne adulte sous la barre des fameux 0.08% lorsque les enfants sont présents.

Mais lorsqu’il s’agit de drogues illicites ou de médicaments en vente libre, il n’est pas aisé de déterminer une limite. Au final, que la substance consommée soit illégale ou non, ce qui importe, c’est de s’assurer de la capacité qu’a l’autre parent de prendre soin des enfants lorsqu’ils sont avec lui.

Le pouvoir de la médiation

En médiation, ce sont les parents qui décident eux-mêmes ce qui est le mieux pour leur famille. Très souvent, les parents arrivent à une entente qui leur permettra tous les deux de continuer à assumer leur rôle parental.

Ils s’engagent parfois à entreprendre une thérapie, à ne pas consommer lors des accès ou devant les enfants, à limiter la quantité ou le type de substance consommée ou à s’assurer de la présence d’un grand-parent. Les solutions en médiation sont multiples, alors que les décisions des tribunaux ont tendance à être plus tranchées.

L’opinion des tribunaux

Les tribunaux sont généralement défavorables à octroyer la garde, même partagée, à un parent qui a un problème de consommation. Dans quelques exceptions, lorsqu’il a été démontré que le parent consommateur était tout à fait fonctionnel ou lorsque les deux parents ont une consommation équivalente, les tribunaux n’en ont pas tenu compte. Toutefois, plus souvent qu’autrement, la consommation est vue d’un mauvais œil par les juges.

Lorsque cette consommation entraîne de la violence ou perturbe sensiblement l’état psychologique d’une personne, il va de soi que les tribunaux n’octroieront pas la garde ou de droits d’accès. S’il est facile pour un parent consommateur de s’engager à ne pas utiliser de drogues devant les enfants, il peut être plus difficile de s’engager à ne pas en consommer du tout durant leurs accès. C’est pourtant souvent ce qu’ordonnent les tribunaux.

Légalisation de la marijuana

L’objectif de légalisation du cannabis par le Gouvernement canadien pourrait avoir un impact à moyen et long termes sur les affaires familiales. La perception publique de cette substance pourrait changer et on pourrait voir de moins en moins de juges la « démoniser » . Ainsi, ils pourraient s’attarder davantage à l’effet de la substance sur la capacité parentale, plutôt qu’à sa légalité.

À propos de Marie-Ève Gagné

Avocate et médiatrice familiale, Marie-Eve Gagné représente ses clients avec des valeurs d'intégrité, de sincérité et d'écoute. Son dynamisme et son efficacité sont mis au profit de ses clients afin que ceux-ci atteignent leurs objectifs au moindre coût possible. Créative et rusée, les solutions les plus innovatrices sont envisagées au bénéfice de ses clients avec lesquels une communication authentique et sans barrière est toujours maintenue.

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