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Oct
Culture du viol: J’ai peur pour mes enfants
Culture du viol: J’ai peur pour mes enfants

Ça fait des jours que je ne suis plus tout à fait la même. Je suis agitée, nerveuse, triste, en colère. Comme l’an dernier, quand on parlait des #agressionsnondénoncées.

Le Québec a été plongé dans un trou noir dans les derniers jours. Des femmes agressées à l’Université Laval, une jeune femme qui témoigne d’une agression par un élu. Et de nombreuses personnes qui émettent des opinions, sur les réseaux sociaux et dans les médias.

Comment ne pas être bouleversée, comme mère d’une petite fille, par toutes ces informations, par ces opinions? Dans quel monde ma petite fille sera-t-elle projetée? Un monde où on demande aux jeunes filles de se protéger contre les hommes plutôt que de dire aux hommes de ne pas faire mal aux jeunes filles? Comment l’outiller suffisamment pour faire face à l’impensable?

Comment l’outiller contre ce garçon qui, à douze ans, met sa main dans ses culottes. Cachée dans un boisé près de l’école avec lui, elle pense l’aimer du haut de ses douze années d’existence. Elle veut tellement lui plaire qu’elle se tait lorsqu’il conduit sa main à elle dans ses culottes à lui. Lorsqu’elle s’affirme enfin, il quitte le petit bois pour aller embrasser une autre fille qui pense l’aimer tout autant.

Comment l’outiller contre son premier copain qui souhaite aller plus loin alors qu’elle n’est pas prête? Celui qui va chaque fois un peu trop loin à son goût à elle. Mais elle ne dit rien. Parce qu’elle a déjà entendu quelque part qu’il ne faut pas provoquer les garçons. Elle n’aurait pas dû l’embrasser. Parce que les hommes ont des besoins…

Comment l’outiller contre ces deux garçons qui, dans un party d’adolescents, déboutonnent son chandail et la tripotent alors qu’elle est tellement saoule qu’elle n’arrive pas à bouger, cachée dans un sous-sol d’une maison sans surveillance parentale? Elle fait la morte… parce qu’en fait, elle est morte de peur. Un bruit les fait fuir.

Je ne veux tellement pas qu’il arrive la même chose à ma fille… qu’à moi. Toutes ces situations, je les ai vécues. Banales pour la majorité des gens, je ne veux pas que ma fille les vive! Je m’en suis voulue longtemps de n’avoir pas su m’affirmer. Mais je comprends aussi que les garçons ont un chemin à faire.

À lire aussi: L'éducation comme solution à la culture du viol

Justement, et mon garçon?

J’ai une peur bleue qu’il soit un jour un agresseur. Bien sûr, tous les hommes ne sont pas des agresseurs. Mais comment lui donner toute l’attention et les outils dont il a besoin pour respecter les autres? Et surtout, comment le protéger, lui aussi, de cette culture du viol qui lui dicte ce qu’il devrait faire pour être un homme… un vrai.

Planète F s’est penché à plusieurs reprises sur le sujet de la socialisation stéréotypée des enfants et son impact sur les comportements. On s’est aussi intéressé à l’éducation sexuelle et son rôle dans la prévention des agressions sexuelles.

Je vous propose donc quelques textes, pour amener une réflexion vers des actions qu’on peut faire avec nos enfants. Pour espérer qu’ils grandissent dans une société où ma fille n’aura pas besoin d’avoir peur seule sur la rue. Et où mon garçon pourra faire preuve de respect et d’empathie sans qu’on doute de sa masculinité.

Cette vidéo, Cher Papa, une campagne norvégienne de sensibilisation à la violence faite aux femmes, explique bien comment la culture du viol joue sur les comportements. Des gestes banals, des discussions dans des vestiaires qui ont un impact important.
Sois un homme: des paroles dommageables pour les garçons
Le rôle des parents dans les stéréotypes de genre
Le consentement, ça s’apprend quand?
L’éducation sexuelle… dès le CPE!
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Une manifestation dans les grandes villes du Québec

Mercredi prochain, 26 octobre, une manifestation se tiendra pour envoyer un message clair : c’en est assez de la culture du viol et de la violence faites aux femmes.

La manifestation, d’initiative citoyenne, arrive au moment où une quinzaine de jeunes femmes affirment avoir été agressées dans les résidences de l’Université Laval à Québec. Lors d’une vigie, une jeune femme a aussi dénoncé avoir été victime d’agression sexuelle de la part d’un élu. Cette manifestation arrive aussi au moment où des policiers de la Sûreté du Québec de Val-d’Or lance une poursuite contre Radio-Canada en lien avec la diffusion d’un reportage sur des abus commis à l’endroit de femmes autochtones

À Montréal, un spectacle au Club Soda est aussi organisé après la manifestation.

Montréal : 18h à la Place Émilie-Gamelin
Québec: 19h à la Place de l’Université
Sherbrooke : 18h au Marché de la Gare
Saguenay: 17h30 à l’Université du Québec à Chicoutimi
Gatineau

À propos de Mariève Paradis

Éditrice et cofondatrice, Mariève est journaliste indépendante depuis 2005. Elle travaille sur plusieurs plateformes (web, magazines, hebdomadaires, radio et télévision). Elle cumule deux prix en journalisme, la Bourse Fernand-Seguin en vulgarisation scientifique et la Bourse en journalisme des Instituts de recherche en santé du Canada qui lui a permis de faire des reportages au Nunavik et au Groenland en 2012.

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