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Juil
Les droits du fœtus – un pavé dans la marre aux opinions…
Les droits du fœtus – un pavé dans la marre aux opinions…

Un cas de violence conjugale remet de l’avant les droits du fœtus. Une mère enceinte de huit mois se fait poignarder par son conjoint. La mère survit. Le fœtus de huit mois de gestation meurt. Et tout le monde a son opinion…

On s’indigne (avec raison) quand une femme enceinte est poignardée et son bébé meurt. Deux vies fauchées en même temps. Parce que même si elle n’est pas morte, pour cette femme, le fœtus au sens de la loi, c’est son bébé. Il a peut-être déjà un nom, et même un surnom. Elle lui parle, elle lui chante des berceuses, elle joue avec ses petits pieds qui donnent des coups, qui l’empêche de dormir, qui lui donne envie de faire pipi à 3 h du matin, qui lui donne faim à toute heure du jour et de la nuit. Les enfants lui donnent des bisous et des caresses sur le ventre de maman. Pour elle, le fœtus qu’elle porte, à huit mois de grossesse, est déjà son enfant qu’elle attend impatiemment.

Le drame ultime de l’enfant à naitre, encore innocent et sans défense. Notre devoir n’est-il pas de protéger les plus vulnérables de la société ?

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On voudrait donc trouver justice pour ce fœtus de huit mois de gestation. On voudrait que son meurtrier paye doublement pour l’acte commis. Or, au Canada, le fœtus doit avoir vécu complètement sorti du ventre de sa mère pour être considéré comme une personne et donc avoir des droits. Même un battement de cœur hors du corps de la mère garantit à ce bébé le statut de personne. C’est d’ailleurs ce qui arrivera dans le cas présent.

Entre la morale et l’éthique

L’enjeu éthique reste entier. Dans une situation où un fœtus vit des violences qui compromettent sa vie, on a tendance à maudire cette loi canadienne, à la trouver injuste pour ce pauvre bébé presque à terme, viable hors du ventre de sa maman. On souhaite qu’il ait pu respirer, que son petit cœur ait pu battre, même une demi-seconde… On veut qu’il soit une personne. On veut se battre pour lui. Lui rendre justice.

Or, le Canada a mis cette ligne légale pour une raison. Pour éviter de criminaliser les parents qui souhaitent recourir à l’avortement, même tardif. Pour permettre aux femmes de décider pour leur corps.

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Extrapolons…

Et si on changeait la loi… Pour permettre aux fœtus d’avoir des droits au moment de la viabilité hors du corps de la mère, par exemple. Dans certains hôpitaux du Québec, les équipes médicales font de réels miracles. Des fœtus nés à 23 semaines de gestation sont sauvés. Ils grandissent et deviennent des enfants pleins d’entrain qui font la crise de bacon au centre d’achat comme tous les autres.

23 semaines. C’est à peine le délai pour obtenir un avortement après l’échographie morphologique (qui se fait entre 19 et 22 semaines de grossesse). Cette échographie est cruciale pour savoir si le bébé est viable. On pourrait (si on se base sur la viabilité du fœtus) accuser de meurtre les parents qui souhaitent terminer la grossesse d’un fœtus qui présenterait des anomalies si sévères qu’il n’en survivrait pas. On pourrait aussi accuser de meurtre des parents qui apprennent la grossesse tardivement et qui ne souhaitent pas poursuivre la grossesse. On pourrait aussi obliger une mère à poursuivre une grossesse afin qu’elle accouche d’un bébé mort-né, comme c’est arrivé récemment en Irlande du Nord.

Pouvons-nous vraiment obliger une femme à mener une grossesse à terme alors que le bébé n’est pas viable ? Pouvons-nous vraiment obliger une femme à poursuivre une grossesse qu’elle ne veut pas ? Alors, on la trace où la ligne ?

Les lois ont des limites. Ce sont des cadres. Il faut aussi le jugement du cas par cas. Pour avoir la sensibilité de chaque situation. Pour y arriver, il faut des cas qui font jurisprudence.

Entre la vie et la mort… la ligne est mince

Je me souviens de la peine collective qu’on a eue dans mon groupe de mamans favori. C’était juste avant Noël, alors que nous avions toutes nos échographies morphologiques en même temps. On se racontait comment l’échographie se déroulait. On se racontait comment le bébé était parfait : 10 petits orteils, son petit pouce dans la bouche, ses doigts accrochés sur le cordon, les jambes toutes écarquillées ou au contraire tout discret… Un moment fort en émotions pour beaucoup de parents.

Et là, au milieu de l’excitation et des félicitations… une brique est tombée dans le groupe. Le bébé d’une des nôtres avait une malformation au cerveau. Il ne survivrait pas.

S’enclenchait alors les démarches d’avortement. Elle ne voulait pas mener sa grossesse à terme. Elle en était incapable. Elle pleurait beaucoup. Elle voulait arrêter de voir son ventre s’arrondir. Chaque jour, elle sentait son petit bébé bouger. Chaque jour était un jour de douleur de plus. Chaque jour était une journée de grossesse de trop. Elle a dû attendre plus d’une semaine avant d’avoir l’avortement. À plus de 21 semaines de grossesse.

À peine quelques semaines plus tard, fin janvier, à 23 semaines et six jours, le premier des bébés de notre groupe arrivait en catastrophe. Travail démarré trop tôt. Un petit bébé branché de partout, entre la vie et la mort.

Entre la vie et la mort, entre la naissance prématurée et l’avortement tardif… la nature se chevauche.

*** Dans le dossier de l’Observatoire des tout-petits sur la maltraitance, on constate que 26,5% des tout-petits ont été exposé à de la violence conjugale en 2012. C’est un enfant sur 4! Le drame ici n’est-il pas celui de la violence conjugale qui explose dans les couples québécois? 

À propos de Mariève Paradis

Éditrice et cofondatrice, Mariève est journaliste indépendante depuis 2005. Elle travaille sur plusieurs plateformes (web, magazines, hebdomadaires, radio et télévision). Elle cumule deux prix en journalisme, la Bourse Fernand-Seguin en vulgarisation scientifique et la Bourse en journalisme des Instituts de recherche en santé du Canada qui lui a permis de faire des reportages au Nunavik et au Groenland en 2012.

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