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Jan
Enfants et écrans : la patate chaude de 2018
Enfants et écrans : la patate chaude de 2018

Publicité cachée, sédentarité, cyberdépendance, suicide… Les écrans et leurs effets secondaires, particulièrement sur les enfants, sont sur toutes les lèvres depuis quelques mois. C’est l’enjeu de l’heure.

La grande dichotomie des écrans

D’un côté, on pointe du doigt les effets nocifs des écrans sur nos jeunes, avec une inquiétude certaine : sédentarité, obésité, trouble du sommeil, développement cognitif affecté, dépendance. Les enfants ont besoin de bouger, d’expérimenter avec des objets en 3D, de socialiser avec des humains en chair et en os.

Selon les plus récentes recommandations (juin 2017) de la Société canadienne de pédiatrie, on devrait bannir le temps d’écrans chez les enfants de moins de 2 ans, le limiter à une heure par jour pour les jeunes de 3 à 5 ans, et à deux heures par jour pour les 5 à 11 ans.

Or, les recommandations sont difficilement applicables à la lettre. Le numérique fait déjà partie intégrante de nos vies. Personnellement, je ne crois pas que j’aurais pu allaiter sans le support constant de mon groupe de mamans au bout de mes doigts. Je ne crois pas que nous aurions pu offrir à nos enfants un repas équilibré sans un petit 20 minutes d’écran le temps de préparer le souper, quand ils étaient plus petits.

Les écrans font aussi partie de l’avenir de nos enfants. La technologie, et leurs enjeux, sera un critère d’embauche dans bon nombre de leurs emplois. Est-ce que bannir complètement les écrans de la vie de nos enfants, les démoniser est vraiment une solution? N’est-ce pas un discours contradictoire que de leur dire jeune que la technologie, c’est mal alors qu’ils devront en apprendre les rouages dans leur quotidien? Ou ce ne sera pas l’effet inverse? Vous savez, cet enfant qui n’a jamais mangé de chips de sa vie et qui découvre ce plaisir coupable sans avoir appris la modération…

Les écrans, pas tout noirs

Ce que j’entends depuis quelques mois, c’est que la techno, c’est mal. Que nos enfants sont de réels zombies devant leurs écrans, sans une once d’empathie ou de volonté de socialisation « en vrai ». Depuis la parution du documentaire Bye, d’Alexandre Taillefer, les jeux vidéo sont aussi pointés du doigt. Mais les écrans ne sont pas tout noirs…

Pensons aux bonshommes qui divertissent les enfants en pyjama et permettent aux parents de faire la « grasse matinée » la fin de semaine. Aux soirées passées collés en famille devant un film. Aux après-midi froids de janvier à jouer à des jeux… Il existe d’ailleurs de nombreuses initiatives qui souhaitent intégrer les technologies de façon constructive dans la vie des enfants, comme Kids Code Jeunesse, Ladies Learning Code, Technovation Montréal, CyberCap, GénieMob, Grandir sans frontières, Square pour nommer que celles-ci. Ces initiatives permettent une rencontre réelle entre jeunes pour construire, concevoir et comprendre la technologie.

Ces programmes permettent de voir la technologie de façon active et positive. « Il faut leur présenter des occasions de se montrer curieux envers les technologies, pour qu’ils puissent devenir des créateurs passionnés plutôt que des consommateurs passifs », mentionne Cassie Rhéaume, agente de développement pour le mouvement montréalais Les filles et le code de Concertation Montréal.

Les écrans constituent également de bons outils d’apprentissages pour nos jeunes! Une ouverture sur le monde incroyable, une possibilité de proximité avec la famille éloignée, une bibliothèque mondiale et gigantesque au bout des doigts.

Je souhaite que mes enfants apprennent la logique de la programmation comme ils apprennent l’anglais. Moins on connaît une chose, plus on la redoute. Ne devrait-on pas outiller nos enfants pour qu’ils comprennent les enjeux de surveillance, de vie privée, d’identité virtuelle? Nous devons apprendre avec eux à devenir critiques plutôt que de laisser les grandes entreprises décider ce qui est bon pour nous.

Là où je suis complètement d’accord avec le discours sur les écrans, c’est notre rôle comme parent. Nous devons les accompagner dans la découverte des technologies. Le civisme, l’éthique et la morale s’apprennent aussi en ligne. Parce qu’on trouve de tout sur internet et qu’on doit leur montrer ce qui est juste, ce qui est fiable. Autant qu’on ne nous laissait pas croire en n’importe quelle baliverne à la télévision quand on était petits! Vous souvenez-vous des biscuits qui font grandir dans Passe-Partout? Moi, oui.

Autodidactes de la parentalité connectée

Nous faisons partie de la première génération de parents à devoir gérer l’identité numérique de nos enfants dès leur naissance (et même avant). À mon avis, démoniser les écrans n’est pas du tout la technique à privilégier… Il faut prendre le temps de réfléchir, d’éduquer nos enfants à la littératie numérique, à la morale et à l’éthique dans ce monde virtuel. Ironique de voir Apple vouloir mettre en place des mesures pour réduire le temps que les jeunes passent sur les écrans. L’entreprise a développé des engins qui sont exactement conçus pour créer une dépendance et une surveillance. C’est à nous les parents que revient la responsabilité de les éduquer sur les concepts de vie privée, d’identité numérique, de fiabilité des sources, disent les experts.

Là où le bât blesse : de nombreux parents, même les plus technos d’entre nous, manquent royalement d’éducation numérique. Je ne doute pas de la capacité des parents de se servir d’une tablette, d’un téléphone ou d’un ordinateur ni d’être actif sur les réseaux sociaux. Mais entretenez-vous de saines habitudes numériques? Connaissez-vous les limites de la vie privée? Êtes-vous sensibilisé aux effets de la surutilisation du temps d’écran, de la dépendance aux réseaux sociaux?

Heureusement, des outils pour aider les parents à baliser l’usage des technologies numériques commencent à voir le jour. On en demanderait plus.

Par-dessus tout, notre rôle de parent est de donner l’exemple. (Et là, j’entends mon conjoint qui me dit : « OUIN!! ») Pas toujours facile, je vous l’accorde. Je plaide coupable : je passe beaucoup de temps sur mon téléphone devant mes enfants. Mais cet outil est aussi ce qui me permet de concilier travail et famille…

Entre les avantages et les inconvénients des technologies et des écrans, je reste au milieu. Incapable de les rejeter comme le diable, mais tout de même avec une méfiance assez prononcée… Ça me fait réfléchir, ça me heurte même de voir certains enfants qui vivent une dépendance aux écrans, aux jeux vidéo. Mais il faut voir que ce n’est pas la majorité.

En écrivant ce texte, je ne souhaite pas vous donner une bonne réponse, une marche à suivre. Mais je suis persuadée que de couper les écrans de façon draconienne n’est pas la solution miracle pour « sauver » nos enfants des griffes du méchant numérique.


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À propos de Mariève Paradis

Éditrice et cofondatrice, Mariève est journaliste indépendante depuis 2005. Elle travaille sur plusieurs plateformes (web, magazines, hebdomadaires, radio et télévision). Elle cumule deux prix en journalisme, la Bourse Fernand-Seguin en vulgarisation scientifique et la Bourse en journalisme des Instituts de recherche en santé du Canada qui lui a permis de faire des reportages au Nunavik et au Groenland en 2012.

Commentaires

  1. camelia comsit boamfa

    Bonjour Madame Paradis, moi de ma part j’étais profond touché par le BYE de Monsieur Tailler, en voici ma réponse.
    Bonjour Monsieur Taillefer, votre témoignage sur la mort de votre fils, m’a bouleversé le sentiment le plus noble que j’ai : l’amour pour mes enfants.
    Avant de commencer, j’aimerais vous mettre au curant que la maîtrise écrite de la langue française laisse à désirer, cette année ca va faire 20 ans que nous habitons Québec ; la langue française nous l’avons apprise pendant le 3 mois de francisation et après en travaillant. J’ai fait ce choix pour garder mes idées tel qui surgisses, pas en leur apportant la correction, qui je suis consciente s’avère nécessaire.
    Monsieur Taillefer, ce reportage m’a amenée à me poser plus de questions sur la place qu’on laisse aux jeux vidéo prendre dans la vie de nos enfants.
    Je suis mère de 2 enfants, Casimir, 10 ans et Mara 2 ans. J’avais le sentiment que le jeu video ne serait pas un bon passe temps, mais jusqu’à la dépendance jusqu’au suicide! Ca fait peur! Un enfant sur 10, c’est énorme et cela ne fait que commencer.
    Dans notre famille, nous essayons le plus possible de garder un équilibre, manger sainement la plus part du temps, faires des activités avoir des bons amis. Je cherche une équilibre face a la technologie aussi, mais je me sens impuissante et dépassée, je sens que Casimir nous échappe entre les doits vers ce monde virtuelle. C’est très difficile de lui faire faire des activités mais avec beaucoup d’effort je réussi, chaque fois que je le fait sortir de la maison c’est une victoire.
    Je vous l’avoue que avant la naissance de Mara je faisais beaucoup d’efforts pour occuper Casimir autrement, maintenant mes effort faut le partager pour le deux.
    Monsieur Taillefer, notre rôle d’adultes et de parents nous oblige qu’on fasse les meilleurs choix pour leur développement global et les guider vers une évolution saine dans la société. Je salue votre geste concernant les mesures que vous avez mis en place contre le suicide et contre la maladie mentale; mais je croix qu’il faut aller chercher plus profondément que cela, aller a la racine de la cyberdépendance. C’est triste et dommageable pour nos enfants, pour nous les parents et implicite pour la société. Quand nous perdons nos enfants, je croix : nous perdons le sens de la vie jusqu’à l’essence de la vie en en soi. Ce qui ce passe sous nos yeux aujourd’hui C’EST GRAVE, C’EST MONSTRUEUX. C’est la mort sans aller à la guerre; c’est une guerre silencieuse et fulgurante qui nous hante sans la voir venir. Elle est hypocrite, elle s’attaque aux plus vulnérables, nos enfants, elle nous enlève un sur 10 de nos enfants, c’est trop, beaucoup trop.
    Je suis consciente que nous ne pouvons pas mener une lutte directe contre cette industrie et faut lui reconnaitre aussi les aspects positifs; mais nous pouvons mener un combat alternatif et ce combat concerne tous les parents.
    Depuis que j’ai eu mes enfants, je me question quotidiennement sur leur éducation, sur leur développement. Nous essayons de leur offrir de nos mieux pour que leur passage soit le plus heureux possible.
    Depuis la naissance de ma fille je me sens dépassée, j’éprouve un sentiment de manquement quelque part, je ne réussi plus à mettre en place tout ce que je connais pour leur éducations. En ayant juste Casimir je me sentais en control. Au début je mis cela sur mon âge, bientôt 44, je me suis dit que je mangue d’énergie ou la performance; jusqu’au jour que j’attendu Boucar Diouf dire : « Chez nous on dit : Ca prend un village pour élever des enfants. » Les roumains disent aussi : « Qui n’as pas des aînés qu’il se les achète ».Et voila ou se trouvais mon sentiment d’impuissance, les grandes parents qui peuvent nous donner de l’aide et de fois un peu de répit. Voila notre manquement social général je dirais, l’interaction des jeunes avec les aînés. Nous avons des aînés qui seront prêts je suis certaine a nous aider dans l’éducation de nos enfants. Nos aînés peuvent apporter aux enfants leur expériences, leur soutien, leur sagesse, leur connaissance et aux parents du répit. L’espace qu’on laisse aux enfants aux jeux nous pourrons le remplir autrement. Dans les écoles, leur locaux sont libre la fin de la semaine. Pourquoi pas ne pas mettre en place un programme de service de garde de la part des aînés ou de programme de jumelage pour aller a la bibliothèque ou simplement la surveillance dans les parcs?
    Nos enfants après l’école c’est rarement qui sont entourés d’autres enfants, ils ont besoin d’échanger avec des enfants de leur âge. Je croix que le jeu vidéo leur donne cette opportunité, d’échanger avec des enfants de même âge. Le jeu sait le gratifier aussi, ce que nous avons oublié, nous avons oublié à les gratifier autrement que de les inciter à la consumation de toute sorte. Voila les messages qu’on le transmet et ils le reçoivent très bien même. Moi personnellement comme adulte je me sens dépassée par la technologie, je me sens dépassée par quoi ils consomment. Nous leur disons que c’est mal saine, ils ne comprennent pas, sont avec leurs amis, ils échangent, ils discutent, ils se sentent valorisé, ils jouent toute simplement, le jeu leur offre la compétions, ils reçoivent des prix c’est tout a fait normal tout a fait naturel, mais pas dans le monde virtuel, et ce cela qui faut leur faire comprendre cela qui faut leur montrer : la différence entre le 2 monde.
    Je pense que la grande majorité des parents se sont posé des questions sur l’impact du jeu video dans la vie de leurs enfants. Cette réalité est trop récente, l’évolution a été trop rapide, nous avons eu nullement droit a une adaptation.
    C’est une lutte qui me concerne directement contre cette nouvelle drogue, le monde virtuel, qui est a la porté de tous, nous l’avons reçu bras ouverts dans nos maisons, sans se poser de questions sur l’impact qui peut avoir sur la vie de nos enfants, sur nos vies. C’est à nous de corriger la situation.
    Nous disposons d’une grande ressource, l’humain en soi, sa créativité, ses idées. Faut trouver comment la faire sortir comment la capter et comment l’utiliser pour la société. Je déplore les systèmes de gouvernances actuelle, n’importe de quel pays, nous devons se faire attendre plus facilement.
    Aujourd’hui nous sommes privilégié de assister a la plus grande révolution humaine, faisons en sorte que ce que va nous rester comme héritage de cette mouvement de masse soit en grande partie positif et constructif.
    Je vous pris de recevoir nos sincères salutations, nos sincères espoirs.
    Camelia Boamfa Comsit, Casimir, Mara et leur papa.

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