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Nov
Faites des enfants, qu’ils disent…
Faites des enfants, qu’ils disent…

Qu’on propose 100 $ ou 1000 $ aux familles, on voit bien que les partis politiques souhaitent courtiser les parents. Les parents font-ils des enfants pour de l’argent?

On pourrait penser que les parents ont besoin d’argent. Que ce soit la première chose qui pourrait les inciter à voter pour un parti ou un autre. Après tout, il faut davantage d’argent aujourd’hui qu’il y a 30 ans pour acheter une maison, même avec des taux d’intérêt de plus de 10 % qu’ont connu nos parents!

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Ianik Marcil, économiste indépendant, explique aussi que le pouvoir d’achat de la majorité des familles n’a pas augmenté depuis plus de 30 ans. « Depuis le milieu des années 1970, le revenu moyen est à peu près stable au Canada pour 60 % des familles de la classe moyenne, c’est-à-dire excluant les 20 % les plus pauvres et les 20 % les plus riches. Ce que ça veut dire en clair, c’est que si on est entré sur le marché du travail à l’âge de 20 ans en 1975, plus de 40 ans plus tard, alors qu’on a plus de 60 ans et qu’on est sur le bord de la retraite, on gagne exactement la même chose que lors de notre premier jour de travail. On n’a donc pas amélioré notre condition de vie. »

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On pourrait donc penser que ce dont les parents ont le plus besoin, c’est de l’argent. Certaines familles ont vu l’annonce de 100 $ par enfant pour payer les fournitures scolaires avec soulagement, parce qu’ils sont étranglés financièrement. Mais une grande proportion des familles est en colère. Et on assiste à une véritable surenchère de chèques aux familles à saveur électoraliste. Le Parti libéral du Québec propose un chèque rétroactif pour couvrir les frais de la rentrée scolaire et des réductions d’impôts par famille. La Coalition Avenir Québec réplique avec une politique nataliste digne des années 80 et souhaite faire revivre le programme de procréation assistée.

Les bébés-bonus de Robert Bourassa

En 1988, le gouvernement libéral de Robert Bourassa instaure une politique nataliste. Le taux de natalité avait atteint son plus bas à 1,37 enfant par famille. On offrait alors un boni de 3000 $ pour un troisième enfant. Mais… les parents feront-ils des enfants pour de l’argent?

Pourquoi on fait des enfants ?

Ce que les gouvernements ciblent mal, c’est la raison pour laquelle on fait des enfants. Ce n’est pas parce qu’il y a un chèque à la naissance que les parents vont se mettre à faire plus d’enfants. C’est lorsqu’ils auront confiance en leur avenir, en l’avenir de leurs enfants, qu’ils penseront à faire un deuxième ou un troisième enfant.

La confiance est un mot que j’utilise souvent. Parce qu’il veut dire beaucoup. C’est croire que notre société a du bon pour nos enfants. C’est aussi croire que nous serons appuyés dans notre parentalité. C’est espérer que ce village pour élever un enfant dont on nous parle sera présent quand nous aurons besoin d’aide…

Pourquoi faire des enfants est politique?

On en parlait dans notre capsule historique sur la fécondité : de tout temps, le taux de natalité est un enjeu politique et économique. Actuellement, le taux de natalité est de 1,6 enfant par famille. Ce n’est pas suffisant pour renouveler la population. Alors qu’on espérait poindre un baby-boom en 2008-2009, il s’est arrêté. Quand on regarde le taux de natalité sur 10 ans, il a augmenté. Mais si on l’observe sur 5 ans, il est en baisse.

Source : Institut de la statistique du Québec

De quoi les parents ont réellement besoin?

C’est ce qu’on essaie de rapporter chez Planète F depuis plus de trois ans. Quelle est la réalité des parents québécois? Quelles sont les difficultés, les choix qu’ils doivent faire pour s’assurer de maintenir une vie familiale agréable et financièrement acceptable?

Ce que les parents ont besoin, c’est du soutien. La famille a changé en 30 ans, mais la société arrive mal à s’adapter à la nouvelle réalité d’une famille aux mille modèles. D’un côté, on nous demande d’être disponibles en tout temps pour nos enfants, de s’impliquer dans leur éducation. De l’autre côté, le marché du travail n’a jamais été aussi exigeant. Les jeunes parents sont tiraillés entre la possibilité de se réaliser au travail et de consacrer du temps à éduquer leurs enfants.

Si on ne s’implique pas assez, on nous dit qu’on dompe nos enfants pour les faire éduquer par d’autres. Si on décide de prendre le temps de s’impliquer, on nous colle l’étiquette de parent-roi ou de parent surprotecteur. Est-ce possible d’accepter que tous les parents ne soient pas pareils ? Que d’avoir une diversité de façon d’être parent est une richesse pour la société plutôt que d’essayer d’imposer un modèle du parent parfait?

Nos moindres faits et gestes sont désormais scrutés par la société entière qui nous demande de produire de bons citoyens, bien élevés, polis, compétents et bien sûr, productifs. S’ils ne pourront pas être aussi productifs que la moyenne, ils se retrouvent sur une voie de garage dès les premières années de vie. Les enfants ne doivent pas déranger l’espace public et les activités de la vie quotidienne. Ils sont dérangeants dans une salle d’attente ou dans un avion, c’est insupportable. On leur propose un écran pour attendre, les enfants sont drogués par la technologie…

Empathie, soutien et compréhension

Pour faire plus d’enfants, les parents ont besoin de soutien. Ils ont besoin de gens qui les écoutent, qui les aident à trouver des solutions à leurs problèmes. Ils veulent une solution adaptée à leur situation et non une recette toute faite sans prendre en compte la spécificité de leur réalité familiale. Ils veulent être inclus dans la recherche d’une solution qui sera adaptée à leurs besoins.

Les parents ont besoin de services pour leurs enfants. Ne pas devoir passer la journée dans une salle d’attente pour diagnostiquer une de ces fameuses bactéries annonciatrices d’antibiotiques. Ne pas devoir chercher un service de garde de qualité comme espérer gagner à la loterie.

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Les parents demandent qu’on les prenne au sérieux lorsqu’ils sont inquiets pour leurs enfants. Ils ont besoin que les services arrivent lorsqu’ils en ont besoin. Pas 2-3 ans plus tard en les laissant dans le néant en attendant que cela arrive.

La détresse liée à l’impuissance d’un parent qui voudrait faire plus pour aider son enfant est grande. Savoir qu’on peut faire plus, qu’on peut faire mieux pour les humains qu’on aime le plus au monde, mais qu’au niveau administratif, on ne peut pas recevoir cette aide, c’est une situation difficile que vivent beaucoup de parents.

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Il ne faudrait pas non plus oublier qu’une partie de la population se sent doublement brimée dans ce discours nataliste. L’infertilité concerne de plus en plus de couples au pays. Selon Statistique Canada, un sur six serait touché par le phénomène. Pour ces couples, la pression de faire plus d’enfants ne fait qu’exarcerber la détresse qu’ils vivent depuis l’abolition du programme gouvernement de procréation assistée.

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Une pointe d’ironie

Je reste toujours un peu cynique d’entendre des hommes d’un certain âge me dire à moi, jeune femme en âge de procréer, que je devrais faire plus d’enfants pour assurer un avenir identitaire. Alors qu’au final, la plupart de ces hommes ont reçu l’appui d’une femme, probablement à la maison ou avec des heures de travail écourtées, qui gérait la maisonnée.

Collectivement, on sous-estime le temps que ça prend élever des enfants. C’est un travail caché, non rémunéré, non valorisé dans la société. On veut que les jeunes fassent plus d’enfants? Qu’on commence par valoriser le travail de prendre soin des enfants! Un travail qui a été, au cours de l’histoire, tenu par des femmes en grande majorité.

Mariève en a discuté en direct à l’émission d’Isabelle Maréchal ce matin.

 

À propos de Mariève Paradis

Éditrice et cofondatrice, Mariève est journaliste indépendante depuis 2005. Elle travaille sur plusieurs plateformes (web, magazines, hebdomadaires, radio et télévision). Elle cumule deux prix en journalisme, la Bourse Fernand-Seguin en vulgarisation scientifique et la Bourse en journalisme des Instituts de recherche en santé du Canada qui lui a permis de faire des reportages au Nunavik et au Groenland en 2012.

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