30
Jan
J’avais si peur… de moi
J’avais si peur… de moi

Mon premier enfant est arrivé dans ma vie comme un feu d’artifice : intense, grisant, rempli de couleurs et d’étonnement. J’étais sur un nuage, je planais, comme droguée par tant d’amour.

Mon garçon, comme bien des bébés, n’a jamais aimé dormir ailleurs que sur moi et parfois sur son père. Les premières semaines, je n’ai pas de souvenirs d’avoir dormi plus de deux heures d’affilées. C’était dur, mais je n’arrivais pas à me l’avouer.

Mon mari et moi avons tous les deux expérimenté des hallucinations. On était tellement épuisés, qu’on se réveillait en panique, imaginant notre bébé écrasé dans le lit. Il dormait pourtant paisiblement dans sa bassinette, juste à côté de nous. C’était épeurant… et tabou. Nous aurions peut-être dû commencer à nous interroger sur notre santé mentale…

- partenaire -

Une prison intérieure

Les mots « fatigue » et « épuisement » ont pris un nouveau sens pour nous. Les mois passaient, je dormais très peu et j’ai commencé à avoir peur. J’ai quand même repris mes études doctorales alors que mon bébé avait sept mois. Simon avait sa toute première charge de cours au même moment. C’était trop, mais on n’avait pas le choix.

Et puis, c’est devenu plus difficile. J’avais déjà expérimenté cette vision étrange : et si je lançais mon ordinateur sur les rails du métro? Puis, je me suis mis à voir cette même vision angoissante… avec mon bébé.

Les pensées sont devenues obsédantes. Et si j’échappais mon enfant sans m’en rendre compte? Dans ma tête, j’étais agressive, j’avais peur des objets qui m’entouraient, des couteaux, des ciseaux. J’avais surtout peur de moi, de cette vision atroce de la personne que j’imaginais. C’était une roue infinie, troublante, inquiétante. Les mois passaient dans cette prison qu’était ma tête. Je n’en pouvais plus.

Des mots sur mes maux

Puis, je suis tombée sur le texte portant sur la dépression post-partum de mon amie Sara Houle. Elle expliquait qu’elle avait eu des « des obsessions morbides », appelées aussi phobies d’impulsion. J’ai enfin pu mettre des mots sur mon mal-être, et surtout j’ai pu en parler avec elle et comprendre que je n’étais pas seule. Assez rapidement, mes pensées se sont doucement dissipées et j’ai voulu partager avec d’autres personnes ce tabou sur le blogue que je rédigeais avec mon mari. L’écriture a été une bouée de sauvetage.

La peur… encore

Je mentirais si je disais que je n’avais pas peur de revivre la même chose avec mon deuxième enfant. Malgré un accouchement difficile, j’étais beaucoup plus préparée parce que plusieurs personnes m’avaient confiées avoir vécu la même chose.

Toutefois, avec le recul, mon angoisse s’est transposée dans la peur des maladies. Chaque bouton, chaque petit rhume me faisait imaginer le pire… Mon garçon s’est lentement mis à mieux dormir et on a retrouvé un rythme de vie plus régulier. J’ai repris confiance, mais j’ai pris conscience de ma fragilité.

L’importance d’en parler

Peu à peu, je constate que d’autres parents acceptent aussi d’en parler. L’Obs a publié le texte choc « Phobies d’impulsion des mères : « Elle se voyait jeter son bébé contre le mur » », mentionné dans notre revue de l’actualité sur la Planète Famille. Après lecture, j’ai ressenti le besoin d’en parler, moi aussi…

Il ne faut pas hésiter à en parler à un professionnel si le besoin se fait sentir.

Ressources

Phobies-Zero

Ligne-Parents

1-866-APPELLE

À lire aussi : Dossier sur la santé mentale des parents

À propos de Marie-Christine Pitre

Marie-Christine Pitre est adjointe à la direction pour Famille.media. Son bagage en histoire de l'art ainsi qu'en psychologie périnatale lui permet de voir la famille sous l'angle de l'histoire humaine des parents. Elle est avide de réflexions et de questionnements sur la parentalité depuis qu'elle est devenue mère il y a 5 ans.

Commentaires

Laisser un commentaire