09
Mai
Je suis un papa-bunker
Je suis un papa-bunker

J’ai été papa à 22 ans. Il n’était pas planifié, notre beau Nathan. Mais malgré ce que l’on pouvait croire vu de l’extérieur (avec notre peu d’argent et nos chandails de Blink-182) il était tellement voulu !

Il a eu sa place dès notre première rencontre, puis le monde d’avant ne faisait plus de sens. Or, j’ai dû composer avec nombre de regards, nombre de soupirs de spécialistes qui m’offraient des outils avec le même ton qu’ils auraient employés pour m’annoncer un cancer précoce.

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Je sais qu’il existe des expériences plus compliquées. Des paternités qui débutent à l’adolescence, dans des contextes mille fois pires que le mien, avec absolument personne pour aider. Mais plus je défriche, plus je lis des essais sur la jeune paternité, et plus je trouve des similitudes dans les expériences des jeunes pères, malgré nos différences.

Je dis que je suis un papa-bunker. Il est fréquent que les jeunes pères ferment les portes. Dans un mouvement d’appropriation de notre intimité familiale, nous sommes plusieurs à avoir érigé des barricades difficiles à abattre, même une fois l’onde de choc passée.

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Les attentes des autres

En tant que gars de 22 ans, décider d’avoir un enfant représentait une série de problèmes confrontants non seulement pour moi, mais aussi pour les autres. Je ne peux pas parler pour ma blonde, mais comme jeune homme, j’ai senti qu’on me trouvait fou de me caser aussi jeune.

On a jugé le fait que je n’avais pas d’emploi stable avant la venue de notre fils, que je n’avais pas voyagé, que je n’avais pas de voiture et que les poils sur mon visage me donnait plus l’air de Legolas que d’Aragorn (c’est toujours le cas). Bref, on m’a fait sentir dès le départ que je n’étais pas assez mûr. Nous sommes devenus la cause sociale de bien des gens aux yeux inondés de pitié et d’empathie.

Je comprends, on s’inquiétait, on voulait nous aider. Mais plus souvent qu’autre chose, je vous laisse deviner si ce climat de disqualification nous a aidés…

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Refuser l’étiquette du malheur

Dans le contexte de ma jeune paternité, ma voix devait se faire entendre si je voulais progresser. Un refus des constructions et des attentes (négatives) était obligé, si je voulais m’épanouir. À partir de cette marge où l’on a décidé de me classer, mon esprit critique s’est vraiment éveillé.

Cela m’a aidé à me construire, en mieux. Je n’exagère pas: ça a fait de moi un meilleur amoureux, un meilleur étudiant, un meilleur intervenant auprès des jeunes. Je ne crois pas que ce soit bien différent pour ceux qui ont un enfant à 40 ans. On doit tous laisser place au chaos, ouvrir les yeux pour comprendre, remettre nos habitudes en doute.

À 22 ans, j’avais le choix entre m’écraser au fond du puits des inadéquats, ou refuser d’être condamné. J’ai appris à faire confiance à mes yeux, à être autonome et à décider par moi-même du type de parent que je voulais être. Avoir un enfant quand nous le désirions, cela m’est donc apparu comme une réappropriation radicale de ce qu’une famille signifiait.

Mais voilà, les murailles que j’ai bâties pour protéger ce droit d’être un jeune père, elles sont toujours là. Elle me gardent méfiant et sauvage.

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