04
Juil
Paternité féministe, ça marche comment ?
Paternité féministe, ça marche comment ?

Une fois de temps en temps, je tombe sur un article allumé qui offre des pistes pour élever un garçon féministe. Je n’aurai jamais honte de le dire : c’est une priorité dans mon rôle de père. Tsé, partager cette idée vraiment radicale selon laquelle nous sommes tous égaux ?

Agir

Je dois avouer que je croyais que cette tâche s’effectuerait davantage par les mots.

- partenaire -

Parler, c’est ma zone de confort, la force avec laquelle j’enveloppe mes fils du mieux que je peux. Raisonner ensemble, débattre et faire des blagues, ça fait souvent la job. Mais dans ce cas précis, je me rends compte qu’il existe un décalage entre «se dire féministe» et «vivre féministe».

Ce ne sont pas que mes bonnes paroles et les leçons que je fais à mes fils qui leur apprennent à vivre avec les femmes de manière égalitaire et équitable. Il s’agit plutôt de lorsqu’ils me voient faire le ménage, cuisiner, parler de mes sentiments, passer du temps avec eux pendant que leur mère sort voir des amis, écouter P!nk à tue-tête et leur faire comprendre que c’est « la plus badass du monde entier ». Tout ça pour que leur mère ne soit pas uniquement associée aux soins et à la tendresse. Pour ma part, ne pas être associé uniquement aux jeux et aux punitions.

C’est bien beau tout ça en théorie. Mais bien que j’aie un discours égalitaire avec mes fils, mes rapports réels avec leur mère me rattrapent. Adopter une posture féministe consciente et active me force à revoir mes valeurs et réflexes au-delà des mots.

Mea Culpa

Je ne partage pas assez la charge mentale. Je m’en rends bien compte avec tous les rappels de ma blonde. Aussi, je fais un effort conscient pour céder du pouvoir décisionnel et représenter une autre forme de masculinité. Or, à vouloir bien faire, il s’agit encore une fois de mon propre épanouissement dont il est question. Je n’écoute pas assez ce que ma blonde désire comme rapport égalitaire. Genre : je présume qu’elle préférerait que je fasse plus de tâches liées au ménage plutôt que de décider qu’il serait bien pour ma paternité féministe de lire plus d’histoires au petit cadet.

Ce que je veux dire, c’est qu’à décider seul comment changer, on choisit souvent le confort et les petits changements agréables. Il faut se demander si on veut vraiment aider aux besoins des autres, ou si notre démarche ne répond exclusivement qu’à notre propre bien-être. Sinon, on reste un peu dans la même routine, le même rapport de force.

C’est un peu comme des blancs qui veulent régler un problème lié aux personnes racisées sans les consulter. Ou le problème d’un hétéro qui veut régler le problème d’une personne de la communauté LGBTQ+ sans la consulter. Il manque l’opinion de la personne qui est directement concernée.

Écouter

Ce n’est pas facile de demander ce que l’autre pense. C’est confrontant parce qu’on va se faire dire des choses comme: « ce que tu as dit est sexiste », « je n’ai pas aimé comment tu as agis avec moi tout à l’heure », « je ne trouve pas ça équitable », « tu devrais en faire plus (ou différemment) parce que ça me met dans une mauvaise position ».

Il est choquant d’entendre des choses comme ça, comme parent privilégié par des siècles de pouvoir au père. Mais j’apprends à moins rouler les yeux, à moins diminuer ces apostrophes tout en m’empressant de rejoindre mon trône. J’apprends à moins dire « ben voyons, on se calme », « tu sais bien que je suis pas comme ça ».

J’apprends à dire plus souvent « oups! tu as bien raison », « c’est inacceptable, merci de m’en faire prendre conscience ». Je pense à la fois, dans notre premier appartement, où ma blonde m’a confronté, un peu nerveuse, sur le fait que je ne faisais pratiquement jamais la vaisselle, comme si c’était normal. Après avoir essayé d’expliquer la situation avec une argumentation bidon sur l’équilibre juste entre nos tâches, j’ai juste dû me taire deux secondes et reconnaître : « tu as raison ».

Bref, j’apprends à adopter une posture d’ouverture/d’humilité plutôt qu’une posture d’autopréservation/d’orgueil et d’être sans cesse sur la défensive.

Entretenir un rapport sain

Je me rends compte que cet apprentissage peut très bien se faire devant mes fils. Je crois en fait qu’il est vraiment bénéfique pour eux d’être aux premières loges de mes remises en questions pro-féministes. Il m’apparait évident qu’il situerons mon processus quelque part dans leur propre chronologie de conscientisation.

Et puis tout ça remet en question ma masculinité pour le mieux. Ce n’est pas de la mysandrie ou du male-bashing. Je vois cette réflexion comme exclusivement positive. C’est une ouverture pour apprendre, pour changer. En quelques sorte, reconnaître qu’il y a un problème ouvre une porte vers un meilleur lien avec ma blonde et nos enfants. Écouter vraiment, c’est le contraire de la barbarie.

Je fais un effort conscient de résistance. Je veux que nous passions des moments père-fils, mais ce ne sont pas des moments pour enfin faire des trucs de gars. J’aime qu’ils m’aient vu souvent pleurer sur des maudits films d’animation, qu’ils associent la Reine des Neiges à mes goûts plutôt qu’à ceux de leur mère, et j’aime que leur mère soit une ennemie redoutée à Mario Kart. J’aime cuisiner avec notre aîné, pendant que le cadet joue à chasser des dragons avec sa mère.

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